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Buzzov•en - To A Frown

Chronique

Buzzov•en To A Frown
Si Eyehategod représente aux yeux du plus grand nombre la quintessence du Sludge dans ce qu’il a de plus crade, de plus désespéré et de plus excessif, m’est avis que l’on pourrait tout aussi bien coller Buzzov•en sur cette première marche du podium. Il suffit de jeter un coup d’oeil à cette illustration maladive et malaisante (même si depuis peu j’y vois un Jean-Luc Mélanchon décharné et en couche culotte ce qui à vrai dire n’en est pas moins malaisant) signée Harvey Bennett Stafford (The Melvins, Unsane, The Germ, Zeni Geva...) pour tout de suite comprendre que l’on ne va pas spécialement se marrer en compagnie de nos quatre lurons habitués de la cuillère, de la seringue et du garrot...

Formé en 1990 à Charlotte en Caroline du Nord, le groupe enchaîne tout d’abord les démos (Buttrash, Stereonucleosis Comes To Your House), EPs (Hate Box, Wound) et autres changements d’effectifs avant de franchir en mars 1993 l’étape du premier album. Un disque intitulé To The Frown, paru sur le label californien Allied Recordings (foyer de groupes tout aussi recommandables tels qu’Assück, Neurosis, Nomeansno, J Church ou Glazed Baby) et enregistré au Razor's Edge Recording Studio sous la houlette du célèbre producteur Billy Anderson (Swans, Neurosis, Brutal Truth, Sleep, Fantômas, The Melvins...). Au programme de ce premier longue durée affiché à près de cinquante minutes (dont quelques unes néanmoins dispensables), dix titres de Sludge poisseux encore un tantinet bancals et à la fibre Punk / Thrash sous-jacente.

Trois ans après la sortie du premier album d’Eyehategod et alors que celui-ci s’apprête à dévoiler au monde entier l’excellent Take As Needed For Pain qui les propulsera au rang de tôlier d’un genre qui, hérité et du Doom et du Punk des années 70 et 80, n’en demandait probablement pas tant, Buzzov•en fait évidemment figure de gentil retardataire au même titre que d’autres formations telles que Grief, Dystopia ou bien encore Noothgrush arrivées elles aussi au début des années 90. Un retard à l’allumage loin de leur avoir porté préjudice puisque le groupe signera dès 1994 un contrat avec Roadrunner Records pour la sortie de son deuxième album sur lequel j’aurai plaisir à me pencher très prochainement. Néanmoins, là n’est pas encore le sujet...

Comme évoqué un petit peu plus haut, To The Frown est un disque qui se cherche encore un petit peu. L’essentiel est déjà en place (impossible une fois de plus de ne pas tracer un parallèle avec Eyehategod) mais on sent encore pointer chez Buzzov•en (tout comme sur In The Name Of Suffering à vrai dire) un tout petit manque de maturité que ce soit dans certains riffs ou bien dans certaines constructions encore un peu simplistes et donc un peu vertes. Rien de rédhibitoire dans ce constat puisque To The Frown est un premier album tout à fait solide qui aujourd’hui encore tient d’ailleurs très bien la route mais forcément si on le compare aux excellents Sore (1994) et ...At A Loss (1998) qui ont suivi, ses quelques tout petits défauts n’en sont que plus flagrants.
En attendant, on retrouve à l’écoute de ces quarante-sept minutes tous les marqueurs qui définissent (en tout cas dans les grandes lignes) le Sludge depuis le début des années 90. Production volontairement débraillée et cradingue, basse métallique et saturée diablement expressive, larsens qu’on laisse siffler et riffs qu’on laisse trainer comme pour mieux signifier que l’on se fout bien évidemment de tout, samples plus ou moins obscurs mettant l’accent sur des ambiances nihilistes, oppressantes et totalement désabusées, leads et autres solos approximatifs pour encore plus de "je-m’en-foutisme" Punk, chant maladif et arraché (même s’il l’est un peu moins ici que sur les albums qui suivront) et enfin un heureux mélange de riffs et autres séquences plombées et tourmentées et en guise de contrepoints de passages bien plus Punk et furieux. Le tout est parfait par des effluves de bières éventées, de tabac froid, de vomi et d’héroïne chauffée jusqu’à ébullition qui, même si on ne peut évidemment pas les sentir, s’immiscent néanmoins sans aucune difficulté dans chaque recoin de notre imagination.

Comme dit plus haut, tout cela n’était déjà pas très frais en 1993 mais il y a une chose chez Buzzov•en qui lui a toujours permis de se différencier des autres (en tout cas à l’époque avant que ne s’engouffrent dans cette brèche de nombreuses autres formations) c’est ce goût particulièrement prononcé pour les séquences aliénantes et répétitives s’étirant généralement sur plusieurs minutes. Si Sore mettra encore un petit peu plus l’accent sur ce trait de caractère singulier, le groupe de Charlotte l’exprime ici d’une manière déjà tout à fait convaincante grâce notamment à l’excellent "Weeding" (et dans une moindre mesure "Drained" habilement sublimé par ce sample claustrophobique et terrifiant tiré de Full Metal Jacket). Un titre affreux plombé sur sa première partie par un riff sombre que Kirk Lloyd Fisher n’a de cesse de répéter, une basse menaçante qui gronde et groove au second-plan, un sample cinématographique inquiétant et par des vocalises douloureuses que ce dernier éructe avec force et conviction et sur sa deuxième partie de près de dix minutes par des boucles synthétiques, minimalistes et ultra-répétitives à rendre complètement zinzin n’importe quelle personne saine d’esprit… Oui, ces presque dix minutes pourront aisément être zappées (surtout dispensées de la sorte en toute fin de parcours) car elles n’apportent finalement pas grand chose mais elles collent bien à l’ambiance générale de ce premier album et à ce Sludge définitivement collant et dérangé proposé par un Buzzov•en d’ores et déjà très convaincant.

Le décor ainsi planté, inutile de vous faire un dessin plus détaillé sur ce qui vous attend à l’écoute de ce premier album. D’autant plus que si vous êtes friands de ce style vous n’avez très certainement pas attendu trente-trois ans et cette chronique pour le moins tardive pour vous intéresser au cas de ces Américains rapidement devenus incontournables dans le milieu. S’il n’est donc pas pas exempt de petits défauts, To The Frown n’en reste pas moins, encore aujourd’hui, un premier album tout à fait convaincant dans une genre sensé symboliser la crasse et la défaite par tous les riffs... Une chose que fait très bien Buzzov•en et cela sans jamais forcer. Bref, oubliez Méluche et concentrez-vous plutôt sur la maigreur et la maladie qui suintent de ce personnage très certainement un brin dérangé car c’est en substance tout ce que promet l’écoute de ces quarante-sept minutes brutes de chez brutes. Une musique pour les oubliés de l’Amérique et les autres ailleurs, pour les laissées-pour-compte, ceux qui souffrent au quotidien et n’auront jamais rien pour s’en sortir si ce n’est plonger dans les excès, quels qu’ils soient...

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Buzzov•en
notes
Chroniqueur : 7.5/10
Lecteurs : (2)  8.25/10
Webzines :   -

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Buzzov•en
Buzzov•en
Sludge - 1990 - Etats-Unis
  

tracklist
01.   Untitled  (00:06)
02.   To A Frown  (03:28)
03.   Shove  (02:12)
04.   Drained  (05:22)
05.   Forget It  (02:30)
06.   Frayed  (03:38)
07.   Splinter My Eye  (02:04)
08.   Wound  (04:07)
09.   Toe Fry  (02:39)
10.   Aching Improv #9  (03:42)
11.   Weeding  (17:48)

Durée : 47:36

line up
parution
9 Mars 1993

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