Comme quelques-uns de mes confrères (poignée de main à Coreandco), j’ai eu moi aussi très envie de rendre hommage au regretté Lou Koller, chanteur des excellents Sick Of It All qui depuis environ deux ans se battait avec beaucoup de coeur et de courage contre un cancer qui aura finalement eu raison de lui le 24 juillet dernier... Non, je ne le connaissais pas personnellement mais celui-ci m’a toujours renvoyé l’image d’un musicien souriant et particulièrement abordable avec lequel on pouvait facilement s’imaginer devenir pote… Un gars à l'esprit et à l'attitude toujours positifs qui, comme tant d'autres que moi, nous aura accompagnés plus ou moins directement durant de nombreuses années...
Formé en 1986 dans le Queens, l’un des cinq "borroughs" de New York City, Sick Of It All s’est très rapidement imposé comme l’un des fers de lance de la scène hardcore new-yorkaise. Autour des frangins Koller (Peter et Lou), le groupe va ainsi réunir à ses côtés durant sa longue carrière quelques musiciens tout aussi estimés, notamment Armand Majidi (Rest In Pieces, Straight Ahead...) et Craig Setari (Youth Of Today, Agnostic Front, Cro-Mags, Straight Ahead...) qui feront d’ailleurs l’essentiel de leur carrière avec les deux frangins. Un parcours exemplaire fait évidemment de hauts et de bas mais qui, entre cette incroyable longévité (ils ne sont pas nombreux les groupes de Hardcore avec quarante ans de carrière derrière eux) et ces mouvements d’effectifs finalement assez peu nombreux, témoigne d’un environnement serein et apaisé finalement à l’image d’un Lou Koller animé par ce sourire et cette hargne qui ne l’ont jamais quitté.
Si à titre personnel, j’ai toujours préféré la seconde vague new-yorkaise (celle biberonnée à grands coups d’influences Thrash voire Death Metal pour certains), Sick Of It All a pourtant très tôt participé à mon apprentissage du Hardcore. Il aura suffi d’un clip diffusé sur M6 tard le jeudi soir, celui de "Step Down" pour tomber sous le charme de ces Américains qui en l’espace de trois minutes auront appris à danser le Hardcore à toute une jeunesse avide de s’exprimer en concert (et dans leur chambre) à travers des gestes par forcément toujours très assurés mais cependant sincères d’énergie et de passion. Évidemment loin d’avoir du haut de mes quatorze ou quinze ans les moyens financiers d’assouvir toutes mes envies de disques, je remercie encore le regretté Dom de Stock 13 (du groupe Terminal Buzz Bomb), seul magasin rennais pourvoyeur de Doc Martens et autres artefacts Rock en tout genre, d’avoir gentiment laissé le temps d’un après-midi son exemplaire CD qui trainait alors à la boutique à un adolescent qu’il ne connaissait ni d’Eve ni d’Adam pour que celui-ci rentre chez lui en faire une copie cassette. Oui, avant Internet, il fallait parfois ruser et sortir un peu de sa zone de confort pour espérer mettre la main sur certains albums.
Sorti en 1994 sur East West Records,
Scratch The Surface est le premier album des New-Yorkais à paraître sur une major. Une signature qui évidemment ne fera pas que des heureux parmi les premiers initiés qui verront dans cette collaboration une trahison à certaines des principales valeurs pourtant portées par le genre. Sauf que se faisant, les Américains sont parvenus à toucher un public beaucoup plus large et ainsi mettre tout un tas de nouveaux auditeurs sur le droit chemin... Aussi ne comptez pas certainement sur moi pour leur jeter la pierre d’autant que ce fameux clip diffusé à l’époque sur M6 est évidemment lui aussi le fruit de cette arrivée sur une major...
Motivés à l’idée de contredire leurs proches qui voyaient alors en ce deal une menace sur le son et sur l’identité de Sick Of It All, les quatre New-Yorkais ont eu à coeur de sortir un album particulièrement sombre et abrasif. Enregistré au Normandy Sound Studio qui aura vu passer toute la scène Hardcore new-yorkaise (Leeway, Killing Time, Cro-Mags, Judge, Rest In Pieces, Agnostic Front, Shelter, Crown Of Thornz, Merauder...), ce troisième album se démarque assez nettement de ses deux prédécesseurs, d’abord en termes de production (enregistré par Tom Soares et Don Fury, l’album sera ensuite mixé par Billy Anderson) avec un son définitivement plus épais et moins Punk. Ensuite en termes d’écriture avec des compositions parfois moins directes et aux influences Thrash un petit peu plus prononcées. Enfin en termes d’ambiances puisqu’effectivement il se dégage de ces quatorze compositions quelque chose de plus brut, sombre et pessimiste qui colle alors parfaitement à l’air du temps (peut-être pas de manière aussi marquée que sur un
Set If Off de Madball mais néanmoins dans l’esprit).
Si ce troisième album conserve bien évidemment l’ADN de ce Hardcore première école et qu’il ne constitue en aucun cas une rupture franche avec le reste de la discographie passée ou à venir des Américains puisque l’on va en effet retrouver tout au long de ces trente-cinq minutes cette énergie et cette intensité qui caractérisent le Hardcore de Sick Of It All avec une fois de plus tout un tas de titres courts et rapides menés au son d’une batterie particulièrement volontaire distribuant quantité de rythmiques entrainantes et de riffs Punk rudimentaires mais néanmoins toujours très efficaces, on peut néanmoins y entendre également des titres généralement plus lourds et/ou mélodiques qui sortent quelque peu de l’ordinaire d’un Sick Of It All à la formule jusque-là cousue de fil blanc. De "Consume" à "Maladjusted" en passant par "Scratch The Surface", "Force My Hand", "Return To Reality" ou bien encore l’entame hyper mélodique de "Cease Fire", on sent que ce troisième album n’a pas été écrit et composé de la même manière que ses deux ainés. À vrai dire, si Peter Koller était jusque-là le seul compositeur, on constate à travers les notes de l’album que
Scratch The Surface est né d’un travail collectif, chaque musicien y allant de ses diverses contributions sans pour autant que cela bouleverse profondément ce qu’est et ce que représente Sick Of It All.
Album hyper dynamique avec quantité de titres Punk / Hardcore menés avec cette énergie et cette intensité qui ont fait la renommé des premières sorties des New-Yorkais,
Scratch The Surface, sans être un album foncièrement à part dans la discographie des Américains, n’en constitue pas moins un disque un petit peu différent et de ses prédécesseurs et des nombreux albums qui suivront et qui à nouveau retrouveront une fibre Punk et mélodique plus prononcée. En attendant, de cette production plus abrasive à la place de cette basse qui ne manque pas une occasion de s’affirmer (Craig Setari, arrivé peu avant l’écriture de ce troisième album, aura su aisément trouver sa place) en passant par ces ambiances définitivement plus pessimistes, ces quelques compositions qui tranchent avec cette approche plus frontale on tient avec
Scratch The Surface ce qui est pour moi (et semble-t-il pour beaucoup) le meilleur album des New-Yorkais. Un disque iconique et fédérateur qui n’a pas révolutionné la face du Hardcore mais qui aura su trouver le chemin de bon nombre de platines à travers le monde entier. Un disque mené d’une main de maitre par un Lou Koller toujours aussi juste et inspiré dans ses paroles (injustice, solitude, capitalisme débridé, unité, dépression...) et qui, même s’il n’est plus parmi nous aujourd’hui, continuera de laisser son empreinte sur la scène Hardcore. Rest easy...
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