Incubus - Incubus
Chronique
Incubus Incubus (Démo)
Évidemment tout le monde connait Incubus. Enfin le Incubus californien révélé lors de l’émergence de la première vague Nu Metal dans la seconde moitié des années 90. Vous connaissez probablement aussi le Incubus de Louisiane devenu par la suite Opprobrium puisque Keyser vous en a parlé ici à l’occasion d’une chronique enthousiaste restée néanmoins orpheline. Mais connaissez-vous le Incubus originaire de Géorgie ? Si ce n’est pas le cas sachez que personne ne vous en tiendra rigueur mais il serait néanmoins utile de profiter de cette chronique afin de corriger enfin cette erreur.
Formé en 1986 à Atlanta autour de Sterling Scarborough (chant, basse), Steve Shoemaker (guitare), Joe Shelly (guitare) et Rich Fuscia (batterie), Incubus ne fera tout d’abord que caresser l’idée d’exister puisque sous cette première configuration rien de concret ne sera en effet dévoilé. Appelé en renfort en Floride afin de rejoindre les rangs de Morbid Angel, Sterling Scarborough choisira quelques mois plus tard de relancer la machine avec l’aide d’un certain Mike Browning une fois les deux hommes soustraits à leurs responsabilités au sein de Morbid Angel. Rapidement rejoint par un certain Gino Marino (futur Nocturnus, Nocturnus AD et After Death), le trio entrera au London Music Studio de Tampa pendant trois jours afin de coucher sur bande ce qui constitue encore aujourd’hui sa seule et unique sortie. Une démonstration éponyme parue en 1987 au seul format cassette et qui dans le cadre de certaines rééditions parues par la suite s’est parfois vue rebaptisée God Died On His Knees.
Composée de trois morceaux pour seulement onze minutes, cette unique démo autoproduite est celle d’un groupe qui comme beaucoup d’autres formations de cette époque a dû composer avec les seuls moyens du bord. Aussi trois jours à passer en studio est un temps relativement court, surtout lorsque vous rencontrez des problèmes techniques vous obligeant à revoir un agenda déjà serré et que vous ne maitrisez pas spécialement l’exercice du haut de vos vingt piges... Bien que remasterisés depuis, on sent donc encore aujourd’hui à l’écoute de ces trois titres que les conditions de l’époque n’étaient pas spécialement optimales. Mais peu importe, c’est aussi ce qui fait le charme de ces toutes premières sorties Death Metal. L’urgence et les approximations d’une musique aux formes encore relativement floues interprétée par des musiciens animés d’un ardent désir de pousser les choses dans leurs plus profonds et leurs plus obscurs retranchements... Raaaaaa !
1987 oblige, le Death Metal d’Incubus est donc encore très largement influencé par la scène Thrash la plus virulente. Néanmoins, après quelques mois passés au sein d’un Morbid Angel encore balbutiant, Sterling Scarborough et Mike Browning ont naturellement abordé la composition de cette unique démo avec quelques idées bien précises en tête. Mues par la même intensité, c’est poignée dans l’angle et couteau entre les dents que nos trois hommes ont eux aussi décidé d’aborder leur interprétation du genre. Une cadence infernale et particulièrement soutenue marquée par des riffs tricotés évidemment à toute berzingue, des solos chaotiques et frénétiques à faire saigner les tympans, une batterie explosive et particulièrement volontaire (bien qu’un tantinet en retrait dans le mix) et pour parfaire le tout un chant mitraillette bien plus arraché que growlé. Tout est évidemment loin d’être parfait à commencer par cette production déséquilibrée et ce chant au placement parfois hasardeux mais l’esprit, lui, est bien là. Ainsi au même titre que des groupes tels que Possessed, Mantas, Death, Necrovore ou Morbid Angel, on imagine que la découverte de ces quelques titres il y a bientôt quarante ans a dû faire l’effet là aussi d’un véritable électrochoc pour les auditeurs de l’époque.
Onze minutes et vingt-sept secondes particulièrement haletantes qui voient tout de même Incubus lever le pied en quelques occasions (les premières seconde de "God Died On His Knees" puis de nouveau aux alentours de 2:17, "Engulfed In Unspeakable Horror" à 2:22). De brefs appels d’air qui font évidemment du bien et permettent comme toujours d’apporter un soupçon de contrastes à une formule autrement plus bas du front.
Animés par les mêmes démons que tous ces groupes évoqués précédemment, Incubus livre avec ces trois titres bruyants et intenses une unique démonstration qui s’inscrit elle aussi dans ces sorties jusqu’au-boutistes ayant permis de façonner le genre à une époque hautement fondatrice. Et si celui-ci n’est évidemment pas aussi connu ou réputé qu’un Possessed, qu’un Death ou qu’un Morbid Angel pour des raisons évidentes de longévité et de discographie bien moins conséquente, Incubus n’en reste pas moins un groupe important dans l’histoire du Death Metal (américain) qui méritait de trouver ici sa place et qui au passage me permet de faire un petit clin d’oeil au regretté Mike Browning malheureusement décédé il y a quelques jours...
| | AxGxB 3 Août 2026 - 476 lectures |
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