QRIXKUOR.
Malgré un nom à coucher dehors et des sorties toutes plus exigeantes les unes que les autres, le groupe anglais a su se tailler une très solide réputation parmi les amateurs de Death Metal suffocant n’ayant pas peur de sortir des sentiers battus. Devenu un simple duo il y a maintenant un petit peu plus de trois ans avec la sortie du EP
Zoetrope, Qrixkuor est depuis resté fidèle à cette configuration épurée et cela sans rien y changer. S et D sont donc toujours les seuls maîtres à bord et en découvrant ce nouvel album, il ne fait pas l’ombre d’un doute que nos deux protagonistes ont trouvé l’équilibre qui leur convenait.
Bien que Qrixkuor se soit formé il y a près de quinze ans,
The Womb Of The World n’est pourtant que le deuxième album des Anglais. Un disque paru en novembre dernier chez Invictus Productions et Dark Descent Records et dont l’enregistrement, le mixage et le mastering se sont fait une fois de plus dans l’enceinte du Priory Recording Studios sous la directive de Greg Chandler (Esoteric, Lychgate, Self Hypnosis...). Là aussi très satisfait de leur précédente collaboration, le duo a une fois encore sollicité les talents de l’artiste argentin Santiago Caruso (Ordeals, Pentagram Chile, StarGazer, Serpent Of Old, Wode...) afin de réaliser l’illustration de ce nouveau longue-durée. Peut-être moins grandiose que celle réalisée pour
Zoetrope, son oeuvre n’en est pas moins marquée par de fortes évocations à commencer par la chute de l’humanité suggérée par ces corps amputés et ces têtes comme celles des statues qui tombent vers l’abîme de leur destruction.
Revenu à des formats moins effrayants (malgré un dernier titre affiché à près de dix-sept minutes), le duo n’a pas pour autant choisi de simplifier son propos ou de le rendre plus accessible. Il ne s’est pas non plus contenté d’appliquer la même recette au point de paraître redondant. Non, nos deux hommes ont plutôt cherché le moyen de rester fidèles à leur Death Metal tout en le faisant sensiblement évoluer afin d’y apporter un peu de fraîcheur sans pour autant complètement bouleverser ce qui jusque-là avait fait son succès, au moins d’estime. Pour y parvenir, Qrixkuor n’a pas eu à chercher bien loin puisque l’on doit ce vent de nouveauté au seul talent de S, musicien émérite et accompli qui a choisi d’intégrer à son Death Metal de nombreuses orchestrations classiques afin de lui offrir une portée à la fois beaucoup plus grandiose mais aussi beaucoup plus tragique et terrifiante. Loin d’être discrets, succincts et anecdotiques, ces inserts présentés sous formes de cordes décadentes, de touches de pianos baroques et de vocalises féminines lointaines et dramatiques sont intégrés souvent à plusieurs reprises et de manière tout à fait évidente à chacune de ces quatre nouvelles compositions. Si sur le papier ces ajouts peuvent paraitre encombrants, le fait est qu’ils ne tombent jamais comme un cheveu sur la soupe et qu’ils sont amenés de manière tout à fait intelligente afin de renforcer les effets tragiques, grandioses et terrifiants souhaités par le duo (plutôt que de supplanter les autres instruments). Alors c’est vrai, user de sonorités classiques dans le cadre d’une musique qui en est très éloignée n’a effectivement rien de nouveau mais ça l’est pour les Anglais de Qrixkuor. Et surtout, ces nombreux moments fonctionnent vraiment très bien et ne gâchent ni n’alourdissent en rien la formule du duo restée au demeurant identique.
Outre ces nombreuses orchestrations, l’autre petite touche de fraicheur apportée sur ce nouvel album est la présence de Melissa Gray d’Adorior sur le titre "And You Shall Know Perdition As Your Shrine". Plus qu’un simple featuring se limitant à quelques mots offerts ici et là, la chanteuse va accompagner le duo sur une bonne partie de ces huit minutes et trente-et-une secondes. Ainsi, outre ce timbre facilement reconnaissable, cette dernière apporte également une touche de noirceur et de folie supplémentaire sur laquelle on ne crachera pas.
Comme évoqué plus haut, la formule déroulée ici par S et D n’est en rien différente de celle utilisée pour
Poison Palinopsia et
Zoetrope. On retrouve ainsi le même genre de compositions au long court s’articulant autour de séquences punitives menées tête dans le guidon à coups de blasts implacables et de riffs denses et suffocants avec en guise de contrepoint des passages sombres, tendus et beaucoup plus atmosphériques qui puent la fin du monde. Des passages toujours en mouvement afin de faire vivre ces pièces exigeantes et tenir ainsi l’auditeur alerte malgré des formats peu orthodoxes, des structures intangibles auxquelles il est difficile de se raccrocher, des changements de rythmes soudains, des répétitions entêtantes... Qrixkuor s’impose ainsi de plus en plus comme la réponse anglaise à Teitanblood (ce qui sautait déjà aux oreilles auparavant) mais en prenant soin désormais et comme on l’a vu plus haut d’apporter à sa recette des twists extrêmement bien sentis dans le but d’insuffler une dimension supplémentaire à ses oeuvres infernales et par la même occasion se démarquer quelque peu de la concurrence qui de Portal à Mitochondrion en passant par Antediluvian ou bien encore Teitanblood n’a pas attendu son reste pour elle aussi tirer son épingle du jeu.
Moins effrayant que son prédécesseur si on ne se fie qu’aux seuls chiffres annoncés,
The Womb Of The World est pourtant à ce jour la sortie la plus terrifiante proposée par Qrixkuor. Un album qui par ses sonorités classiques entretient une dimension bien plus grandiose et tragique que par le passé sans pour autant sacrifier à l’efficacité de compositions toujours aussi intenses, punitives et redoutables. Comme toujours avec Qrixkuor, n’espèrerez pas pénétrer l’univers des Anglais sans un minimum d’effort de votre part mais étrangement, j’ai trouvé ces quatre titres assez faciles d’accès. Non, il ne s’agit pas de siffloter un refrain à tue-tête ni même reprendre un riff resté coincé dans un coin de notre tête mais il est vrai que dans le genre on a quand même connu un poil plus hermétique. Dans tous les cas,
The Womb Of The World est un sacré disque, du genre à trouver son chemin sur les toutes dernières marches des podiums de fin d’année. Incontournable pour qui aime être physiquement et psychologiquement malmené.
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