My Dying Bride - A Mortal Binding
Chronique
My Dying Bride A Mortal Binding
Comme à l’accoutumée, tu sais que je sais combien tu es érudit et qu’il n’est jamais nécessaire de te faire la leçon, surtout à l’heure de parler d’un des fondateurs / roi / pierre angulaire du doom death pluvieux. Fort de 15 albums longue durée et d’une tripotée d’autres formats, My Dying Bride revient en force avec ce très beau A Mortal Binding. Très beau – quoi de plus normal pour une formation dont le talent n’est plus à démontrer depuis longtemps – mais pas nécessairement incontournable.
My Dying Bride est une formation vénérable mais comme pour beaucoup d’autres, j’ai tendance à penser que le meilleur est derrière elle, que l’essence du style qu’il a contribué à créer a déjà accouché des chefs d’œuvre indispensables du style, la suite n’étant que redite. C’est le sentiment qui domine chez moi aujourd’hui avec cet album. Le My Dying Bride de A Mortal Binding n’est plus celui de The Angel and The Dark River. Le mélange inimitable de vieux goth’ et de death détrempé a fait son temps. Comme sur The Ghost of Orion, des longueurs apparaissent, des phrasés un peu mous, sans dynamique, des petites choses çà et là qui éreintent un peu les émotions que le groupe charriait habituellement.
Ne nous trompons pas de cible. A Mortal Binding plonge ses racines dans les origines du groupe, dans ces 90’ d’où a émergé le style lui-même. Mais le son est déjà différent, plus propre, plus clinique ; Her Dominion par exemple claque presque comme un morceau death en laissant pas mal les émotions de côté même si les arrangements plus aériens, notamment à la guitare, enrobent le tout d’une couche plus « sensible ». De la même façon, Thornwyck Hymn repose sur des accords saccadés plutôt brutaux, moins propices à la nostalgie habituellement charriée par le style, sans compter la voix légèrement trafiquée de Stainthorpe qui, à mon goût, fonctionne parfois mal sur ce type de morceau (comme sur le départ de Unthroned Creed). En somme une production très directe, plutôt propre enlève une partie du charme d’antan aux titres du combo anglais. Certes, les violons, les arrangements langoureux sont toujours de la partie, dans leur rôle de pont central, de relance des morceaux, mais de nouveau, le manque de dynamisme combiné à la perte de sensibilité ôte une partie de la magie d’avant.
My Dying Bride n’a pas renoncé à ce qui faisait aussi sa marque de fabrique, soit des titres relativement alambiqués, plutôt complexes ou à tiroirs. Les arrangements au violon, on l’a dit, sont toujours présents et les guitares tissent également leur toile en arabesques mélodiques. The 2nd of Three Bells, Thornwyck Hymn ou encore Unthroned Creed avancent au gré d’entrelacs de lead aériens, de mélodies sombres et mélancoliques mais qui expriment aussi une certaine puissance, une forme de désespoir détaché et décalé. Le son, cette fois-ci, aide par l’ampleur qu’il donne aux compositions et les structures révèlent le vrai My Dying Bride, celui qui est né dans le brouillard londonien, au fond d’une impasse humide. Les cassures assurent le tempo et confèrent une ambiance spectrale à ces morceaux.
Mais ces moments sont finalement trop rares. Même sur la pièce maitresse The Apocalyptist, la magie a disparu au profit de redites moins pertinentes. Le voile spectral s’est envolé, le brouillard s’est dissipé et la pluie battante s’est arrêtée au profit d’un ciel voilé moins menaçant, moins romantique, très clairement moins mélancolique. The Apocalyptist est ainsi davantage porté par la colère que par le désespoir. Le death a remplacé subrepticement le doom. L’agression et la colère se sont substituées aux sentiments, jusque dans la voix de Stainthorpe (pas extraordinaire non plus dans le growl). C’est bien regrettable à mon goût.
Quant à la fin de l’album, les deux derniers longs morceaux sont finalement presque les meilleurs, les plus représentatifs du combo londonien. A Starving Heart est ample et rappelle réellement les débuts du groupe, surtout son ouverture et l’emphase magnifique qui le porte, comme la basse ronde en arrière-plan. La voix retrouve son lustre d’antan, le doom sa place véritable dans la structure. Crushed Embers est sur le même modèle.
Il est simplement regrettable d’attendre la fin de l’album pour montrer l’étendue de son talent. Un album en demi-teinte donc qui laissera sans aucun doute les amateurs du groupe et de doom death en général sur leur faim.
| | Raziel 11 Novembre 2025 - 531 lectures |
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