À l’expiration des années 90, une fois passé mon fugace engouement pour la vague
nu, il y eut deux albums qui se tirèrent la bourre pour emporter la première place dans mon petit cœur d’artichaut :
Calculating Infinity en 1999 et, un an plus tôt, cet énorme glaviot
brutalcore qu’est
Argue. Je n’ai toujours pas réussi à les départager.
Tout juste armés du single
Selfish Blues sorti en 1997 chez le jeune label
Snuff Records, qui abritera également le très bon
Knut, les Suisses de
NOSTROMO déposent une galette qui, je pense, a permis de revoir complètement du moins en Europe les canons du
mathcore /
chaotique hardcore instaurés par les Américains de
CONVERGE (
Petitioning the Empty Sky),
DEADGUY,
COALESCE,
CAVE IN , etc. Les Genévois font table rase des influences
punk hardcore, voire mélodiques, traditionnelles qui ont toujours sous-tendu les œuvres en provenance de l’Oncle Sam pour au contraire se tourner vers la furie du
grindcore.
La discographie du quatuor ne dit d’ailleurs pas le contraire : une reprise de « Twist the Knife » (
NAPALM DEATH) sur l’EP
Eyesore, un split en compagnie des Français de
BLOCKHEADS ainsi qu’une
cover de leur « Unwillingly and Slow » sur
Ecce Lex, enfin une interprétation de « Corrosion » de l’illustre
NASUM pour l’EP
Uraeus. Même les parcours au sein de
MUMAKIL démontrent que les influences des musiciens sont plutôt à rechercher dans les scènes extrêmes européennes que de l’autre côté de l’Atlantique car la petite touche supplémentaire que les Helvètes vont apporter à leurs compositions provient directement de
MESHUGGAH pour le côté millimétré, hachoir rythmique, tout le monde qui cogne au même moment sur le même clou (ta tête). Bon, mélange tout ça dans la gamelle d’un pitbull affamé et tu obtiens une image approximative du contenu de ces trente minutes.
Dès les premières écoutes, j’ai été soufflé et rarement un disque m’a procuré un tel sentiment de cohésion mais, surtout, de nouveauté. D’abord, le chant de
Javier P. : le mec ne décolère jamais, se laissant à peine le temps de reprendre son souffle pour atteindre des pics de rage sidérants (« Jagged » ; « Next Step » ; « The Third »), l’ensemble de sa performance restant ma préférée de toute la carrière avec
Eyesore (oui,
Ecce Lex également tellement il s’y montre féroce). Je pense qu’il y a eu certains soirs où, au casque, le mec parvenait à me foutre des crises d’anxiété. Un mot sur le bassiste
Taverne ? Il n’est certes intervenu que sur ce LP (la suite de sa vie se faisant au sein de
KNUT puis
MUMAKIL) mais il a imposé sa marque avec un son de gros bâtard ultra précis (les introductions de « Jagged » ou « Next Step »), totalement fusionné à la double grosse caisse. Clairement, il donne une impulsion ainsi qu’une assise rythmique dantesque. Tant que j’en suis à parler de la batterie, qu’est-ce qu’il nous met dans la gueule le père
Maik G. ! Au-delà du fait qu’il tartine tout du long et que c’est un monstre lorsqu’il s’agit de marteler les esprits (« The Third »), c’est surtout par la subtilité dont il est capable, la fluidité de son jeu pour un touché presque
jazz (les premières mesures de « Relent » puis « Selfish Blues ») qu’il impressionne et propulse les compositions de
NOSTROMO à un niveau supérieur. En la matière, j’aurais tendance à rapprocher son travail de ce qu’avait pu jouer
Brann Dailor sur le
In the Eyes of God de
TODAY IS THE DAY. Systématiquement en mouvement, jamais là où on l’attendrait. Enfin,
Jérôme P. finit d’enterrer la concurrence avec des riffs venus d’ailleurs :
master chef de la rythmique couperet (« Lost Inside » ; « Inmate »), des plans typiquement
grind (« Xenomorphic ») et / ou outrageusement techniques (« Delight » ; « Selfish Blues »), ils sont rares les moments où il s’autorise un instant de répit, à peine quelques accords lâchés pour se remémorer que c’est bien un disque de
hardcore que nous sommes en train d’écouter, aussi
blitzkrieg soit-il.
Quelque part, ce
Argue, c’est un peu le
Reign in Blood du
metalcore (le vrai, le seul, l’unique). Rarement une formation est parvenue à écrire un disque avec aussi peu de déchets, intense du début à la fin, ultra complexe et pourtant très facilement mémorisable, c’est à peine si j’ai eu besoin de réécouter le LP pour rédiger l’article. Dès les premières notes, tout m’est revenu en tête : les breaks, les sprints, les montées de fièvre, l’acharnement à te frapper en contre-temps, même les lignes vocales alors qu’on ne peut pas dire qu’elles soient particulièrement subtiles dans leur violence permanente («
fuck you all, fuck you off, got my problems, just mind yours »), le régal ne se dément toujours pas alors que presque trois décennies sont depuis écoulées, le signe des albums qui comptent, qui marquent, qu’on n’oublie pas.
Une dernière anecdote, la chronique d’
Eyesore ayant déjà été faite (grande est ma frustration) : sur cet EP, outre la qualité exceptionnelle des trois premiers morceaux (« Epitomize » ; « Avoid the Truth » ; « Collapse ») qui comptent parmi ce que
NOSTROMO a écrit de meilleur, vous avez noté comme écrit plus haut qu’il y a une reprise de
NAPALM DEATH. Mais ce que le chroniqueur de l’époque ne vous a pas raconté, c’est que si vous laissez traîner le dernier morceau « Lost Inside » vous pourrez entendre en
hidden track une version a cappella de « Twist the Knife » et ça c’est franchement génial ! Les mecs font tout à la voix : les guitares, la batterie, tout, ça tue ! Pow Wow peut aller se rhabiller.
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