Nous pouvons évidemment ne pas apprécier
John Zorn, ni en tant que musicien, ni en tant que compositeur. Parce qu’il joue sur trop de tableaux en parallèle, parce que son génie insupporte du fait du manque de lisibilité de nombre de ses œuvres, certes, cependant pour moi le fait qu’il ait reçu dès 1985 les éloges d’
Ennio Morricone pour l’album
The Big Gundown se transforme en l’équivalent d’un
pass VIP éternellement valable pour pénétrer mes tympans sensibles. On peut aussi apprécier
John Zorn uniquement pour une infime partie de son travail sans pour autant adhérer à l’ensemble, de même qu’il est également envisageable qu’au sein d’un même projet, en l’occurrence
NAKED CITY, nous balancions tout à la poubelle pour ne retenir qu’une seule performance. Et « c’est ok » comme disent les personnes détestables méritant l’immédiate stérilisation. Les méfaits de la novlangue en action…
Bref, me concernant je suis un peu moins radical concernant la discographie du saxophoniste mais, afin de rester à peu près dans la (large) ligne éditoriale de
Thrashocore, je vais commencer par m’intéresser à
Leng Tch’e, album le plus à même de séduire les férus de
sludge stoner, option torture psychologique non négociable. Enfin… Je dis cela uniquement afin d’agiter une appétissante sucette qui attirera certainement les petites filles dans la camionnette à souvenirs traumatisants. Parce que cela donne quoi concrètement lorsque tu demandes à des musiciens tels que
Joey Baron (batterie),
Bill Frisell (guitare),
Fred Frith (basse),
Wayne Horwitz (clavier),
Yamatsuka Eye (chant,
BOREDOMS pour ceux qui connaissent) et bien entendu
Zorn de malmener un
sludge drone dont la thématique s’inspire d’une technique médiévale de torture chinoise ?
Bah mon con cela engendre un seul titre de trente minutes qui te calcine littéralement le fondement. Putain mec le bordel est sorti en 1992 !
EYEHATEGOD exposait à peine au monde sa première couche sale
In the Name of Suffering et il n’avait pas encore commis
Take as Needed for Pain ! Le genre n’en était qu’à ses prémisses, les géniteurs crachaient leurs semences originelles (genre
CROWBAR, les débuts sont en 1991 avec
Obedience Thru Suffering) mais ici nous sommes déjà sur des dizaines et des dizaines d’années d’évolutions musicales plus tard ! C’est là où il est très fort cet enfoiré de
John Z. : il descelle une nouvelle tendance, il se l’approprie, il la conceptualise en un truc totalement fascinant parce que
Leng Tch’e s’avère définitivement fascinant, c’est un euphémisme, puis une fois qu’il a foutu toute une scène à l’amende il repart nonchalamment vers ses bizarreries expérimentales. Le LP suivant fut
Radio, ceux qui suivent l’histoire ont pleinement conscience de l’écart stylistique existant entre les deux sorties à un an d’intervalle à peine, indépendamment du fait que le disque soit un monument de jazz contemporain. Mais là…. Les vocalises de
Yamatsuka Eye font tellement mal, procurent tellement de souffrance auditive, le tempo est délivré de façon tellement pesante et pourtant complexe, nous sommes à des années-lumière du
drone super chiant où rien ne se passe en dehors des variations de vrombissements.
Hic et nunc les rares silences eux-mêmes sont incompréhensibles, habités d’une tension qui te fout les nerfs réellement à vifs, avec ce fada de
Zorn qui t’hystérise systématiquement tout le discours avec son saxophone alto démoniaque.
Quant aux autres acteurs alors, que font-ils ? Ils se tirent sur la nouille ? Le batteur, le bassiste, le guitariste, le claviériste, ils avaient l’air d’être de bons gars à la base, des tronches de premiers de la classe forts en mathématiques… Pourquoi cette transformation en pervers sadiques terrifiants ? Pourquoi plus la composition se déroule plus j’ai envie de me crever les tympans et d’en finir avec la vie ? Quelle angoisse… Non mais à côté
Arc d’
AGORAPHOBIC NOSEBLEED fait figure de triste musique de chambre,
MONARCH! d’un petit-déjeuner printanier au Jardin du Luxembourg en galante compagnie ! Pourtant j’ai certainement commencé de la pire des façons en achetant
Absinthe (je l’avais commandé à l’
Harmonia Mundi de Bayonne à cause ou grâce au magasine
Rage) mais
Leng Tch’e, c’est l’enfer du devoir dans toute sa splendeur aliénante. Encore aujourd’hui nous aurons des difficultés à dénicher un truc qui fasse aussi mal, qui soit aussi dérangeant, bruyant, malsain, fondamentalement nocif et pourtant dieu sait qu’il y en a eu des écraseurs de cervelle depuis…
PRIMITIVE MAN ? Pourquoi pas mais là encore on ne fait qu’effleurer la démence absolue de ce disque malveillant parce qu’il est fort
John Zorn, il se révèle surhumain dans sa capacité à sentir les tendances et à immédiatement les avilir. Aujourd’hui comme hier le disque reste fou, parce que joué par des musiciens d’exception, totalement à contre-emploi et donc encore plus géniaux que lorsqu’on les attend sur du
jazz ou de la musique contemporaine… Une nouvelle fois la marque de fabrique de
Zorn, une aura qui permet de faire exécuter n’importe quoi à des types pourtant déjà au-delà du talentueux pour au final régurgiter trente minutes d’une musique intelligente, douloureuse de mille façons, perturbante, à jamais fascinante. Oui, c’est un dix, pas par snobisme, pas par respect, par crainte.
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