LE DIABLE. Judicieuse appellation ? Nous pourrions penser que les formations de
black metal à porter ce nom seraient légion et pourtant non. Mis à part
LE DIABLE BLANC également référencé par
Metal Archives, c’est
peanuts. Par curiosité je recherche avec le mot « Satan » : 258 résultats, simples et composés confondus. Il faut dire qu’en France lorsqu’on parle du Cornu, les images de « La Salsa du démon » ne sont jamais très loin alors que nos campagnes furent un terreau fertile pour la sorcellerie. Ceux qui seraient intéressés par le sujet peuvent séance tenante se procurer l’étude de
Claude Seignolle, « Les Évangiles du diable », ouvrage complet (du moins en 1998) de la présence du Mal en milieu rural.
Mais ce n’est pas de cela que veut nous parler la formation à travers ce premier album sobrement intitulé
Le Diable – I. Ici, point de folklore. À l’image de cette illustration lugubre, la musique proposée par le nouveau bouc du label
Ordo Catharsis ne vise qu’à l’expression brute d’une violence totalement extériorisée, sans filtre, sans retenue, à la limite de l’impudique. Le positionnement est clair : « Pas de message. Aucun sens. Dansez avec le diable. Niquez-vous. » À moins que cette dernière injonction soit une version modernisée d’« aimez-vous les uns les autres » (bordel), nous ne verrons dans ce Credo que l’expression de la renonciation de l’esprit à toute forme de pensée cohérente alors que se dessine en arrière-plan la libération des corps par la danse et le sexe, autre façon d’interpréter ce « niquez-vous ». Pourtant, cette absence de valeurs, quelles qu’elles soient, sera peut-être ce qui desservira le disque. Je m’explique.
Sur la forme, les sept compositions expulsent un
black cru, libre, frôlant la désorganisation dans la dimension parfois bordélique des guitares (« Venti Mali ») et qui n’est pas sans m’évoquer les travaux jusqu’au-boutiste de
THE ARRIVAL OF SATAN. Je retrouve cette même volonté de tout foutre en l’air, d’utiliser l’obscurité comme matière première de la création, d’exprimer un dégoût profond de l’homme civilisé. Ici, on veut aller vite, jusqu’à l’absurde (le final de « Porci »), râcler les cordes vocales au verre pilé, cracher du sang, une improvisation sonore de la terreur que provoquerait une vraie rencontre avec le diable : la chiasse, le cœur qui s’emballe, battements frénétiques de « Corvus » dans la cage thoracique. Tout cela est bel et bon.
Pourtant, au-delà de la réception immédiate qui tend à tétaniser l’auditeur mis face à un mur d’agression, l’absence de fond fait un peu tourner l’album en rond car, guidé par aucune idéologie, aucun idéal, le hurlement devient vain (comme Jésus qui a essayé de changer l’eau, en vain), il manque à la violence de la geste musicale une philosophie tout aussi radicale qui, selon moi, amènerait la formation à un autre niveau de grandeur. Cela étant, je suis moi-même conscient de la limite de mes commentaires. En effet, si ce refus dogmatique de communiquer afin de laisser la totalité de l’espace au
BM le plus sauvage dont soient capables les musiciens (ou le musicien d’ailleurs, soupçonnant qu’il s’agisse d’un nouveau projet d’
Aarunda) pourrait être vu comme un reliquat de crise d’adolescence où l’on décrète sans discernement que tout le monde peut bien aller se faire enculer, un résultat identique pourrait être atteint en effectuant un cheminement inverse : c’est parce que le compositeur est allé au bout de sa démarche intellectuelle qu’il en voit l’inanité, cherchant alors à redescendre au stade de l’animalité, la primitivité des compositions militant pour cette recherche de la négation de la pensée, du raisonnement, de ce qui nous constitue en tant qu’humain.
Ce qui est certain, c’est que les amateurs de
DOSKA ou de
PUTAIN DE TRISTESSE ne seront pas forcément à la fête, alors qu’en relisant les paroles de ce dernier, « J’ai traversé les portes de l’enfer lentement sans m’en apercevoir », je commence à mieux comprendre la démarche artistique cachée derrière
LE DIABLE. Cri d’horreur ou d’agonie, détresse morale, bras tendu et main ne saisissant que du vide, mental laminé, corps fatigué, n’est-ce pas là une forme d’aboutissement langagier dans le champ lexical parfois caricatural du
black metal ? En définitive, je prends l’œuvre telle qu’elle s’offre, dans sa pureté souillée, réfractaire à tout, inconsolable, plongée dans une misère insondable.
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