Ils sont de retour et, honnêtement, je ne m’y attendais pas. Moloch avait eu beau me marquer avec
A Bad Place, je ne voyais en lui qu’un de ces nombreux portés disparus des musiques lentes et lourdes, doom et sludge ayant en partage cette capacité à avoir des groupes signant un coup d’éclat avant de s’arrêter en silence. Mais non, le groupe anglais existe encore, sortant ce troisième longue-durée en presque vingt ans d’existence – marque de goût pour le travail affiné au possible et non fainéantise comme on le verra plus loin – peu de temps après l’annonce d’une tournée européenne avec les Louisianais de Slowhole (dont je vous ai parlé
ici). Tournée qui, évidemment, évite la France…
Pas de chance pour nous tant ces deux groupes, injustement méconnus, ramènent une vision du sludge de plus en plus rare, nihiliste, politique, hargneuse et radicale à chaque instant. La pochette tirée de
La Tribu, drame ukrainien traitant de l'institutionnalisation et de la criminalité dans un internat pour adolescents sourds, film réputé éprouvant, annonce l’ambiance de ces quarante-trois minutes :
Bend. Break. Kneel. Crawl. – autre programme assumé, tant la volonté de mettre à terre est là – racontera l’épreuve et la torture, renouant avec l’absence d’accélération de son prédécesseur, le
Griefien
A Bad Place. Pour autant, la répétitivité évite la redondance chez ses experts ayant ciselé chaque morceau, un sens de l’accroche dans le pataud se faisant sentir à maintes reprises, soit par des rythmiques frôlant l’obsession industrielle (« Bleeding Through The Interrogation » ; « Slowly Chewing Umbilical ») soit par des petites touches cold où les origines anglaises de la formation apparaissent, voix éteintes et guitares esseulées posant un décor froid et bétonné de la perfide Albion (« In Chrysalis »).
Mais ce n’est pas le seul point sur lequel Moloch fait voir ses racines. Bien que pas aussi simiesque qu’
Iron Monkey – tous deux de Nottingham – ni aussi chargé que
Charger, il possède un côté hooligan donnant à ses riffs écroulés des allures de bataille aussi intérieure qu’extérieure. Zéro accélération et pourtant cent pour cent baston : les Anglais jouent parfois sur un temps court et percutant cette énergie urgente qui est au cœur du sludge (« The Bunker »), matraquant sans jamais confondre vitesse et force. Mais ce sont définitivement les titres longs en bouche les meilleurs, chacun présentant une facette différente de l’horreur, le désespoir de « In Chrysalis » (et son introductif « I feel sick, I’m not part of life, it’s not going to work for me… this is all my continuing punishment… I feel flat, nothing… »), la mécanique « Slowly Chewing Umbilical » ou le final « Mother Medusa », touchant du doigt des atmosphères blackened plus mélodiques mais pas moins fatidiques.
Moloch renoue donc avec l’excellence, son cahier des charges n’étant pas ici un défaut mais une qualité, de ce chant acerbe typique à cette production idéale, lourde, organique, juste ce qu’il faut de clinique pour laisser parler la part mécanique des Anglais. Même lors de certaines baisses, il parvient à surprendre par son application à explorer le spectre du sludge le plus extrême, allant voir du côté de la paix du mort d’un
Primitive Man sur « 16.03.13 ».
On sait pourquoi on écoute ce type de sludge, et on sait ce qu’on y recherche. Moloch parlera à celles et ceux qui ont, au moins une fois dans leur vie, imaginé avec un peu trop de force ce que cela ferait de dévier de l’autre côté de la route en voiture en en croisant une autre, de retourner cette perceuse allumée contre soi, de sauter de cette rambarde. Cette pulsion que l’on n’assouvit jamais et qui pourtant pourrait libérer de cette apathie généralisée, violence cathartique mais contre soi. A ces personnes,
Bend. Break. Kneel. Crawl. est plus qu’indiqué : comme elles, son sludge est avant tout une histoire de survivant.
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