Supplices - De l'Infâme Et Du Trépas
Chronique
Supplices De l'Infâme Et Du Trépas
Malgré un peu plus d’une décennie d’existence au compteur la formation basée à Montpellier est restée jusqu’à aujourd’hui désespérément dans l’ombre au sein de la redoutable scène Black hexagonale, la faute principalement à une discographie plus que réduite et un long silence avant de revenir aux affaires en ce début d’année. Car après avoir publié un premier opus intéressant en 2019 (« Alogie Funèbre ») le quintet aura mis sept ans à lui donner un successeur, une longue durée seulement agrémentée par la publication d’un titre inédit (et réenregistré pour l’occasion sur ce long-format) publié il y a presque quatre années de cela, et qui venait nous rappeler qu’il était toujours actif. Aujourd’hui signée chez Chapitre XIII la bande nous offre donc un second chapitre très intéressant où se mêle autant la thématique médiévale et folklorique de cette époque, que le sens de la mort et la religion au sein de la société actuelle comme ancienne… tout cela via des morceaux homogènes et en général assez longs, qui laissent bien le temps aux textes et aux musiques de prendre toute leur ampleur où se mêlent atmosphères profondes, brutalité exacerbée et mélancolie assumée.
Si l’on peut trouver une certaine ressemblance du côté instrumental à ce que faisait AU CHAMP DES MORTS et SOUPIR ASTRAL (dommage d’ailleurs que l’activité de ces deux-là soit au point mort) de par une production froide, clinique et puissante ainsi qu’un relatif modernisme dans le ressenti général… pour le reste SUPPLICES propose ici quelque chose de relativement personnel qui fait plaisir à entendre et qui a de quoi largement combler les attentes d’un public exigeant toujours en recherche de nouveautés intéressantes. Car avec « Marasme et Résipiscence » qui ouvre les hostilités on va être mis immédiatement dans le bain vu qu’ici les gars vont nous sortir tout leur panel de jeu rythmique, créant ainsi une grande profondeur globale tant la densité y est importante vu que ça oscille entre mid-tempo rampant, lenteur extrême, violentes accélérations et tabassage de rigueur… tout cela porté par un chant écorché absolument obsédant sur fond de froideur intégrale et d’ambiances mélancoliques assumées. Jouant sur une certaine réverb’ et quelques arpèges aériens et gelés en guise de cassures cette plage dévoile donc autant les harmonies blanches et grisonnantes, que l’affûtage et le deuil d’une couleur noire encre. C’est donc profond et surtout ne tombe jamais à côté malgré la durée importante (ce qui sera une constante par la suite) et une écriture ambitieuse qui a heureusement la bonne idée de ne jamais aller trop loin, vu que la technique globale se montre fluide et sans excès… la preuve ensuite avec l’excellente doublette « Rex Franciæ » / « Thanatophobia » à l’exécution plus directe mais pas pour autant simplifiée. Car si l’on trouve plus de place à la vitesse pure ça n’en oublie pas de ralentir régulièrement et même d’ajouter des passages épiques sur fond d’entrain en médium, afin d’amener un supplément guerrier à l’ensemble qui ne faiblit jamais… et voit toujours l’apparition de moments doux et opportuns pour se recueillir et s’emmener dans une ambiance automnale triste et remplie de spleen où la nostalgie s’installe de plus en plus fortement. Et histoire de finir parfaitement cette première partie le court « L’enfer de Dante » va montrer une facette plus coupante et frontale, qui mise sur le grand écart imposant où après un démarrage lent et rampant au rendu nocturne total va laisser place à un débridage en règle où ça va être joué à fond la caisse et porté par du riffing coupant et un lead plaintif discret mais redoutable, qui renforce le sentiment mortifère qui nous enveloppe depuis le départ. Prouvant donc qu’il sait être aussi efficace quand il raccourcit son propos le combo livre donc une copie impeccable avant l’arrivée du court interlude instrumental « Réduit aux Bas-Fonds », où là encore la rugosité est de mise tant ça va à toute berzingue via un rendu classique et sans concessions, où la fureur et la neige servent d’éléments fédérateurs.
Ces deux points vont d’ailleurs se retrouver dès les notes d’introduction de « Cercueil de pierre » qui va débuter tranquillement de par des accents Doom fortement prononcés, avant que la suite ne s’emballe au fur et à mesure via entre autres de l’intermédiaire mené de façon épique où le vent et le manteau blanc hivernal nous emmènent vers des contrées lointaines et nordiques. Pourtant bénéficiant déjà de l’énergie et d’un dynamisme porté à son paroxysme cette plage va ensuite littéralement exploser pour aller jusqu’aux blasts les plus furieux, offrant donc une composition redoutablement taillée pour la scène, dont la pression ne cesse de croître et amenant avec elle le meilleur du son de Norvège. D’ailleurs « Terres de Larmes » qui arrive dans la foulée (et qui porte très bien son nom) va continuer à nous plonger dans les sols gelés de Laponie et du cercle polaire, de par ses arpèges coupants et son ressenti éthéré où débarque un solo presque larmoyant au milieu des variations des éléments naturels, montant donc progressivement en colère vu qu’après avoir débuté tranquillement la suite va laisser éclater toute sa rage sur l’explosion finale… montrant donc deux visions antagonistes en totale osmose et s’imbriquant très bien l’une dans l’autre.
Amenant donc une tristesse amplifiée et une brume étouffante ce point d’orgue est le dernier sursaut d’un être possédé et mal en point à cheval entre volonté de prolonger la vie et celle de se laisser happer par les ténèbres, ce que la longue conclusion (neuf minutes tout de même !) va finir de nous expliquer. Intitulée « De l’Infâme et du Trépas » elle reprend ici de façon plus pointue tout ce qui a été entendu en amont, nous faisant ainsi passer par toutes les émotions où la frustration côtoie le recueillement sans pour autant pousser la rapidité trop loin, car les rendus atmosphériques y sont plus marqués et compensent donc le relatif bridage… tout en voyant un break tribal apparaître comme pour mieux faire perdre tous nos repères sensoriels, au bout d’une écoute pas de tout repos mais finalement assez agréable vu que ça ne demande pas un effort de concentration trop important.
Et même si on aurait parfois aimé un soupçon de folie supplémentaire on ne fera pas la fine bouche devant ce résultat homogène et cohérent de bout en bout où l’ambition se ressent à de nombreuses reprises, tout en restant dans les clous de façon propre et impeccable. On sent donc un gros potentiel de la part de l’entité qui est loin encore d’avoir révélé tous ses secrets même si les progrès ici entendus sont immenses par rapport à sa précédent livraison, preuve donc que les Héraultais continuent d’avancer et de progresser doucement mais sûrement à chacune de leur sortie en commun. En attendant donc un successeur qui sera à coup sûr encore abouti on appréciera cette magnifique prestation tout en savoir-faire qui occupera les esprits pendant un bon moment, vu qu’on aura régulièrement l’envie d’y revenir afin de saisir et (re)découvrir de nouvelles subtilités qui avaient échappé précédemment à ceux qui prendront la peine de poser une écoute attentive dessus. La marque des grands donc et on peut désormais dire que les Sudistes sont désormais dans le haut du panier national, creusant leur sillon envers et contre tout… au-delà des modes et des clichés, et ça leur est bien égal. Ils ont donc totalement raison là-dessus et on ne peut que les encourager à continuer dans cette voie pleine de promesses car comme l’a dit Danton le 2 septembre 1792 devant l’Assemblée Nationale il fallait "De l'audace, encore de l'audace, toujours de l'audace"… ce dont ils ne manquent aucunement, et heureusement d’ailleurs car on sait bien que l’avenir sourit aux audacieux !
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