chargement...

haut de page
Remontez pour accéder au menu
501 visiteurs :: Invité  » se connecter  » s'enregistrer

Vertige - Chute-Libre

Chronique

Vertige Chute-Libre
La question est habituellement « Est-ce que ? ». Avec Marie, alias Brouillard, elle devient plutôt « Comment est-ce que ? ». Car lorsque l’on attend un album d’un groupe que l’on apprécie, on se demande s’il sera à la hauteur de nos espérances. Avec J’AI SI FROID, BROUILLARD ou désormais VERTIGE, le doute n’existe plus : nous savons que ce sera le cas. Reste une inconnue essentielle, presque vertigineuse : de quelle manière allons-nous être happés, touchés, bouleversés par sa musique ? Alors, qui pouvait imaginer qu’avec ce deuxième album, nous aurions droit à du cor, à des violons, à du piano, à du banjo ? Qui s’attendait à entendre notre artiste solitaire marmonner, déclamer, hurler, scander avec une telle palette d’expressions ? Quelqu’un avait-il anticipé des accointances avec les autres écorchés de la scène musicale française que sont Saez et Orelsan ?

Mais avant tout, Chute-libre, ce sont 8 nouvelles compositions qui prolongent, sans tricher, les sensations réellement vécues par Marie. Ici, aucune posture : chaque note, chaque parole, chaque son est un cri d’un cœur qui doute de tout, constamment tiraillé entre ses propres élans et les injonctions de son cerveau. N’est-ce pas, d’ailleurs, ce qui a fait la force du premier opus ? Cet écho qui résonnait chez chaque auditeur, cette impression troublante de mettre des mots sur des cris que l’on croyait indicibles. Le mal-être, le besoin de liberté, les chaînes d’une société ou d’un entourage qui ne nous comprennent pas, et ne cherchent même pas à le faire. Et puis, toujours, cette question fatidique : ne sommes-nous pas, au fond, les premiers artisans de notre malheur ? Est-ce que ce ne serait pas nous qui clochons ?

Chute-libre aborde ces thématiques avec une sincérité brute, presque à vif. Marie n’a aucun filtre et s’expose entièrement. Des faiblesses ? Elle en est traversée, et ne cherche jamais à les masquer. Elle ne le peut pas. Alors elle lâche tout ce qui alourdit son être. Cela commence par « Je glisse », où sa voix marmonne d’abord seule, puis se voit rejointe par une guitare acoustique et des chœurs légers et éthérés, avant qu’un black metal glacial ne s’impose et n’étire une tristesse infinie sur ses trois dernières minutes. L’entrée en matière est saisissante. Et pourtant, certains passages iront encore plus loin, comme le final de « Du rouge sur le blanc ». Long de 12 minutes, le morceau expose d’abord un visage combatif pendant ses neuf premières minutes, comme si Marie reprenait le contrôle, comme si elle trouvait enfin la force d’affronter tout ce qui lui entrave la route, comme si plus rien ne pouvait la faire flancher. Puis tout s’effondre. Toute la rage, toute la fureur de vaincre s’évanouit. Apaisement ? Renoncement ? Sans doute un peu des deux. Pendant trois minutes, la tempête de neige cesse, et il ne reste plus que du blanc, partout, pur, presque irréel, profondément libérateur… C’est, à mes yeux, le moment le plus bouleversant de ces 69 minutes.

Pourtant, « J’écris ton nom » s’impose également comme un sommet. Le poème de Paul Éluard, écrit en 1942, ode à la liberté, est ici revisité, modernisé, et surtout mis en musique avec une intensité désespérée. Le banjo, inattendu, agit comme une véritable touche finale, parfaitement maîtrisée, et fait oublier sans peine l’essai plus mitigé de TAAKE sur « Myr » (Noregs vaapen). Dans la continuité, « Le vide trouve un chemin » fait tout autant mouche, tout comme « Plus jamais ! », même s’ils s’inscrivent davantage dans les codes déjà posés par VERTIGE. À l’inverse, « Ballade » surprend par sa douceur, Marie y célébrant la promenade, la nature et ses vertus salvatrices. Mais c’est surtout « Désaturation » qui marque : d’abord apaisé, presque fragile, le morceau bascule progressivement vers une forme de « Suicide social » d’Orelsan, revisité à travers le prisme du mal-être. La preuve avec ces quelques lignes finales :

« Je suis pas misanthrope par nature
J’ai juste été déçue si souvent
Qu’à force d’en subir les piqures
J’ai développé une allergie aux gens
Pour retarder la prochaine morsure
Je me préserve en m’éloignant
Mais j’me rapproche de l’ultime coup de dent
Celui où on part avec le smur
Et dont on ressort les pieds devant. »

Un texte long, imparfait sans doute, mais justement puissant parce qu’il assume pleinement sa franchise et ses failles.

J’allais conclure ainsi cette chronique, mais il manque encore un élément : Saez. Pourquoi cette référence ? Parce que l’on retrouve, par instants, cette plume et ce verbe, cette colère dirigée contre une société défaillante. Ce n’est jamais constant, mais suffisamment présent pour s’imposer à l’esprit.

VERTIGE n’est pas un « Est-ce que ? », mais un « Comment est-ce que ? ». Et ce sont précisément ces œuvres-là dont nous avons besoin aujourd’hui : celles qui nous rappellent que l’on n’écoute pas ce style pour simplement entendre, mais pour ressentir, s’arrêter, et éprouver.

DONNEZ VOTRE AVIS

Vous devez être enregistré(e) et connecté(e) pour participer.

AJOUTER UN COMMENTAIRE

 
Vous devez être enregistré(e) et connecté(e) pour participer.
Vertige
Black Metal
2026 - Transcendance
notes
Chroniqueur : 9/10
Lecteurs :   -
Webzines :   -

plus d'infos sur
Vertige
Vertige
Black Metal - 2021 - France
  

tracklist
01.   Je glisse
02.   Aliénation
03.   Du rouge sur le blanc
04.   Désaturation
05.   Plus jamais !
06.   J'écris ton nom
07.   Ballade
08.   Le vide trouve un chemin

Durée : 69:37

parution
3 Avril 2026

voir aussi
Vertige
Vertige
Aux solitaires !

2022 - Transcendance
  

Essayez aussi
Deus Mortem
Deus Mortem
Thanatos

2024 - Profane Spirit Productions
  
Misþyrming
Misþyrming
Með Hamri

2022 - Norma Evangelium Diaboli
  
Sad
Sad
Misty Breath of Ancient Forests

2020 - Purity Through Fire
  
Iku-Turso
Iku-Turso
Ikuinen kirous

2023 - Purity Through Fire
  
Nuit Macabre
Nuit Macabre
Chapitre III - Odeur de mort

2022 - Acid Vicious / Black Shadow Legions
  

Machine Head
Bloodstone & Diamonds
Lire la chronique
La photo mystère du 1 Octobre 2026
Jouer à la Photo mystère
Critical Defiance
Rivers Of Blood
Lire la chronique
Death Feast Open Air 2026
Annotations Of An Autopsy +...
Lire le live report
The Bleeding
Godless Communion
Lire la chronique
Miscreance
Reminiscence
Lire la chronique
Harlott
Exsequiis
Lire la chronique
La photo mystère du 16 Septembre 2026
Jouer à la Photo mystère
Phantom Corporation / Catbreath
Commando / Die By The Claw ...
Lire la chronique
Crashdeath
Loverbone
Lire la chronique
Entretien avec CAGE FIGHT
Lire le podcast
Entretien avec DEATH DECLINE
Lire le podcast
Motocultor 2026 - Live Report
Lire le dossier
Exumer
Death Mask Messiah
Lire la chronique
Interview avec HEART ATTACK
Lire le podcast
La photo mystère du 1 Septembre 2026
Jouer à la Photo mystère
Ninth Realm
Damnation's Veil
Lire la chronique
Mucky Pup
Lemonade
Lire la chronique
D.R.I.
4 Of A Kind
Lire la chronique
Orph
Dead (EP)
Lire la chronique
Maidenhead
Maximum Clonage
Lire la chronique
La photo mystère du 16 Août 2026
Jouer à la Photo mystère
Warthrash
No Light Shall Remain
Lire la chronique
Uncontrolled
…No Hope (EP)
Lire la chronique
Forced Entry
Uncertain Future
Lire la chronique
La photo mystère du 1 Août 2026
Jouer à la Photo mystère
Eradikated
Wiring Of Violence
Lire la chronique
La photo mystère du 16 Juillet 2026
Jouer à la Photo mystère
D.R.I.
Crossover
Lire la chronique
Abuser
Blood Marks
Lire la chronique
Carnivore A.D.
Transmutation (EP)
Lire la chronique