chargement...

haut de page
Remontez pour accéder au menu
268 visiteurs :: Invité  » se connecter  » s'enregistrer
1MF Recordz » Sten Govers »

Vertige - Chute-Libre

Chronique

Vertige Chute-Libre
La question est habituellement « Est-ce que ? ». Avec Marie, alias Brouillard, elle devient plutôt « Comment est-ce que ? ». Car lorsque l’on attend un album d’un groupe que l’on apprécie, on se demande s’il sera à la hauteur de nos espérances. Avec J’AI SI FROID, BROUILLARD ou désormais VERTIGE, le doute n’existe plus : nous savons que ce sera le cas. Reste une inconnue essentielle, presque vertigineuse : de quelle manière allons-nous être happés, touchés, bouleversés par sa musique ? Alors, qui pouvait imaginer qu’avec ce deuxième album, nous aurions droit à du cor, à des violons, à du piano, à du banjo ? Qui s’attendait à entendre notre artiste solitaire marmonner, déclamer, hurler, scander avec une telle palette d’expressions ? Quelqu’un avait-il anticipé des accointances avec les autres écorchés de la scène musicale française que sont Saez et Orelsan ?

Mais avant tout, Chute-libre, ce sont 8 nouvelles compositions qui prolongent, sans tricher, les sensations réellement vécues par Marie. Ici, aucune posture : chaque note, chaque parole, chaque son est un cri d’un cœur qui doute de tout, constamment tiraillé entre ses propres élans et les injonctions de son cerveau. N’est-ce pas, d’ailleurs, ce qui a fait la force du premier opus ? Cet écho qui résonnait chez chaque auditeur, cette impression troublante de mettre des mots sur des cris que l’on croyait indicibles. Le mal-être, le besoin de liberté, les chaînes d’une société ou d’un entourage qui ne nous comprennent pas, et ne cherchent même pas à le faire. Et puis, toujours, cette question fatidique : ne sommes-nous pas, au fond, les premiers artisans de notre malheur ? Est-ce que ce ne serait pas nous qui clochons ?

Chute-libre aborde ces thématiques avec une sincérité brute, presque à vif. Marie n’a aucun filtre et s’expose entièrement. Des faiblesses ? Elle en est traversée, et ne cherche jamais à les masquer. Elle ne le peut pas. Alors elle lâche tout ce qui alourdit son être. Cela commence par « Je glisse », où sa voix marmonne d’abord seule, puis se voit rejointe par une guitare acoustique et des chœurs légers et éthérés, avant qu’un black metal glacial ne s’impose et n’étire une tristesse infinie sur ses trois dernières minutes. L’entrée en matière est saisissante. Et pourtant, certains passages iront encore plus loin, comme le final de « Du rouge sur le blanc ». Long de 12 minutes, le morceau expose d’abord un visage combatif pendant ses neuf premières minutes, comme si Marie reprenait le contrôle, comme si elle trouvait enfin la force d’affronter tout ce qui lui entrave la route, comme si plus rien ne pouvait la faire flancher. Puis tout s’effondre. Toute la rage, toute la fureur de vaincre s’évanouit. Apaisement ? Renoncement ? Sans doute un peu des deux. Pendant trois minutes, la tempête de neige cesse, et il ne reste plus que du blanc, partout, pur, presque irréel, profondément libérateur… C’est, à mes yeux, le moment le plus bouleversant de ces 69 minutes.

Pourtant, « J’écris ton nom » s’impose également comme un sommet. Le poème de Paul Éluard, écrit en 1942, ode à la liberté, est ici revisité, modernisé, et surtout mis en musique avec une intensité désespérée. Le banjo, inattendu, agit comme une véritable touche finale, parfaitement maîtrisée, et fait oublier sans peine l’essai plus mitigé de TAAKE sur « Myr » (Noregs vaapen). Dans la continuité, « Le vide trouve un chemin » fait tout autant mouche, tout comme « Plus jamais ! », même s’ils s’inscrivent davantage dans les codes déjà posés par VERTIGE. À l’inverse, « Ballade » surprend par sa douceur, Marie y célébrant la promenade, la nature et ses vertus salvatrices. Mais c’est surtout « Désaturation » qui marque : d’abord apaisé, presque fragile, le morceau bascule progressivement vers une forme de « Suicide social » d’Orelsan, revisité à travers le prisme du mal-être. La preuve avec ces quelques lignes finales :

« Je suis pas misanthrope par nature
J’ai juste été déçue si souvent
Qu’à force d’en subir les piqures
J’ai développé une allergie aux gens
Pour retarder la prochaine morsure
Je me préserve en m’éloignant
Mais j’me rapproche de l’ultime coup de dent
Celui où on part avec le smur
Et dont on ressort les pieds devant. »

Un texte long, imparfait sans doute, mais justement puissant parce qu’il assume pleinement sa franchise et ses failles.

J’allais conclure ainsi cette chronique, mais il manque encore un élément : Saez. Pourquoi cette référence ? Parce que l’on retrouve, par instants, cette plume et ce verbe, cette colère dirigée contre une société défaillante. Ce n’est jamais constant, mais suffisamment présent pour s’imposer à l’esprit.

VERTIGE n’est pas un « Est-ce que ? », mais un « Comment est-ce que ? ». Et ce sont précisément ces œuvres-là dont nous avons besoin aujourd’hui : celles qui nous rappellent que l’on n’écoute pas ce style pour simplement entendre, mais pour ressentir, s’arrêter, et éprouver.

DONNEZ VOTRE AVIS

Vous devez être enregistré(e) et connecté(e) pour participer.

AJOUTER UN COMMENTAIRE

 
Vous devez être enregistré(e) et connecté(e) pour participer.
Vertige
Black Metal
2026 - Transcendance
notes
Chroniqueur : 9/10
Lecteurs :   -
Webzines :   -

plus d'infos sur
Vertige
Vertige
Black Metal - 2021 - France
  

tracklist
01.   Je glisse
02.   Aliénation
03.   Du rouge sur le blanc
04.   Désaturation
05.   Plus jamais !
06.   J'écris ton nom
07.   Ballade
08.   Le vide trouve un chemin

Durée : 69:37

parution
3 Avril 2026

voir aussi
Vertige
Vertige
Aux solitaires !

2022 - Transcendance
  

Essayez aussi
Black Sorcery
Black Sorcery
Plummeting Into The Hour Of The Wolf (EP)

2024 - Eternal Death
  
Okkultum Magnificentia
Okkultum Magnificentia
Okkultum Magnificentia

2022 - Drakkar Productions
  
Dominance
Dominance
Slaughter Of Human Offerings In The New Age Of Pan

2023 - Putrid Cult
  
Barathrum
Barathrum
Überkill

2024 - Hammer Of Hate Records
  
Ancient
Ancient
Svartalvheim

1994 - Listenable Records
  

Voight Kampff
More Human Than Human
Lire la chronique
Metal Noz 3 - Live Report
Lire le podcast
Entombed
Crawl (EP)
Lire la chronique
Türböwitch
Under Haunted Skies
Lire la chronique
Exodus
Goliath
Lire la chronique
Cro-Mags
Alpha Omega
Lire la chronique
Slyther
Chronicles of Despair
Lire la chronique
La photo mystère du 1 Mai 2026
Jouer à la Photo mystère
D.R.I.
Violent Pacification (EP)
Lire la chronique
Nukem
The Grave Remains
Lire la chronique
Aborcja
Do krzyża abarotem
Lire la chronique
Vomitory
In Death Throes
Lire la chronique
La photo mystère du 15 Avril 2026
Jouer à la Photo mystère
Paradox
Heresy
Lire la chronique
Sunovrat
Kuluk
Lire la chronique
La photo mystère du 1 Avril 2026
Jouer à la Photo mystère
Perpetual Warfare
The Age of War
Lire la chronique
La photo mystère du 16 Mars 2026
Jouer à la Photo mystère
10 ans de vidéo SAKRIFISS / Le top 50 des groupes marquants
Lire le podcast
Cryptic Shift
Overspace & Supertime
Lire la chronique
Deathraiser
Forged In Hatred
Lire la chronique
R.I.P. Soldier
The True Soldiers Never Die
Lire la chronique
Cro-Mags
Best Wishes
Lire la chronique
Venthiax
Rites Of Ra (EP)
Lire la chronique
Archaic
The Endgame Protocol
Lire la chronique
La photo mystère du 1 Mars 2026
Jouer à la Photo mystère
Slakter
Infernal Exekution Reign
Lire la chronique
Norwalk
Psycho Mirror
Lire la chronique
Megadeth
Megadeth
Lire la chronique
None So Live - Cyrptopsy / 200 Stab Wounds / Inferi / Corpse Pile
Lire le podcast
Breizh Death Metal Party 2 Live Report
Lire le podcast