Malgré la sortie en 2016 d’un premier EP particulièrement prometteur intitulé
Transmutation Of Wounds, Martröð avait doucement mais sûrement fini par glisser dans une forme d’oubli collectif... Néanmoins, qui dit absence ne dit pas nécessairement inactivité ou même cessation d’activité. Après de drastiques remaniements d’effectifs opérés entre 2016 et 2021 et concrétisés par les départs successifs de MkM (chant), Wrest (guitare), Dagur Gíslason (basse) et Gionata Potenti (batterie), le groupe s’est naturellement recentré autour de ses deux principaux géniteurs à savoir Hafsteinn Viðar Lyngdal (Vörnir, Wormlust, Osgraef, ex-Sól Án Varma...) et Alexander Poole (Häxanu, Ichors Glaive, Kveldstimer, Lunar Sorcery...). Pas mal occupés ailleurs, notamment monsieur Poole avec ses innombrables projets dont on a pas mal parlé ici, ce n’est que neuf ans plus tard que Martröð fera son grand retour, cette fois-ci sous la forme d’un simple duo mais non sans l’aide de quelques musiciens de sessions naturellement très efficaces dans l’exercice de leurs fonctions (Magnús Halldór Pálsson à la basse et Jack Blackburn à la batterie).
Ce retour pour le moins inattendu remonte à décembre dernier avec la sortie chez Debemur Morti Productions d’un premier album intitulé
Draumsýnir Eldsins (ou "visions de feu" en français). Pour illustrer de façon flamboyante ce disque tout aussi brûlant, nos deux hommes ont fait appel à Kristína Þrá Gerhardsdóttir, artiste islandaise vraisemblablement peu habituée à travailler avec des groupes de Black Metal (en tout cas d’après Metal Archives et sa page Instagram). Le résultat se veut à la fois sobre et plutôt efficace tout en étant assez éloigné des canons du genre. Bref, de quoi attiser la curiosité de tous ceux qui n’auraient encore jamais croisé le chemin de cette entité trop longtemps restée confinée.
Pour cette reprise d’activité qui survient donc après quasiment dix ans d’absence, Martröð n’a pas eu les yeux plus gros que le ventre. Quatre titres seulement ponctuent en effet ce premier album pour une durée d’environ trente-six minutes. Cela peut paraître peu mais cela nous fait tout de même quatre compositions de plus de huit minutes chacune. De quoi satisfaire sa faim et ne pas sortir de là frustré par un disque trop vite torché.
Servi par une production froide et clinique définitivement très islandaise que l’on doit au Vénézuélien Simón Da Silva (Cosmic Putrefaction, Defacement, Pestilength, Selbst, Svartrit, Wormed...),
Draumsýnir Eldsins est un album qui dès les premiers instants impose une certaine présence grâce à ses compositions mais également grâce à ses ambiances cauchemardesques (si comme moi vous pensez à Skáphe ou à Leviathan à l’écoute de ce Black Metal pour le moins torturé, laissez-moi alors vous serrer la main). Le duo qui a eu tout le loisir de peaufiner sa copie nous revient en effet avec une formule toujours très dense, complexe et tourmentée mais certainement un poil plus aboutie. À travers ces titres au long court qui s’étirent là encore sur plusieurs minutes, le duo fait ainsi montre de tout le talent qu’on lui connaissait déjà en prenant soin de s’imposer avec force, panache mais aussi nuance. En effet, malgré la durée de chacun de ces quatre morceaux, la cadence sur ce premier album est globalement assez soutenue avec nombre de passages menés tête dans le guidon à coups de blasts punitifs, de double pédale conquérante et de riffs chaotico-cosmico-hallucinés et dissonants. Un rythme rendu un petit peu plus intense encore grâce à des changements de plans réguliers ainsi que des accélérations / décélérations impromptues qui donnent effectivement à la musique du duo un côté un petit peu plus nerveux et insaisissable.
Naturellement, là encore eu égard à la durée de chacune de ces quatre compositions, Martröð ne s’est pas contenté sur ce premier album de foncer pied au plancher pendant une grosse demi-heure sans rien apporter d’autre que du blast, des riffs oppressants tricotés à toute berzingue et quelques dissonances afin de parfaire le tout… Ces compositions sont en effet l’occasion pour le duo d’opter également pour une approche plus tempérée. Des baisses de régime consenties tout au long de ces trente-six minutes afin de mettre l’accent sur le caractère cauchemardesque, vicieux et sournois de certaines compositions comme par exemple sur "Sköpunin" à 1:49 et 4:51 ou sur les premières notes "Líkaminn" ainsi qu’à compter de 3:47 mais aussi dans l’idée d’apporter une petite lueur d’espoir grâce à des mélodies un tantinet plus lumineuses et éthérées comme c’est le cas par exemple sur "Sköpunin" avec ses voix d’évangiles dispensées en fin de parcours, "Tíminn" ou bien encore sur les premiers instants de "Dauðinn". Bien que l’on puisse les entendre ailleurs que sur ces dites séquences, les arrangements dispensés par la formation sur ce
Draumsýnir Eldsins prennent évidemment une dimension toute particulière lors de ces passages plus en retenu. Claviers, synthétiseurs, violon, percussions, voix féminines... Autant d’instruments qui de manière toujours subtile apportent une profondeur supplémentaire au Black Metal de Martröð sans jamais porter atteinte à l’efficacité de sa formule.
Alors qu’on ne l’attendait absolument plus, le duo américano-islandais a donc livré en fin d’année dernière un premier album tout à fait redoutable. Suffocant, oppressant, cauchemardesque, infernal mais aussi lumineux et habilement contrasté par quelques séquences plus aériennes et lumineuses,
Draumsýnir Eldsins s’impose sans forcer comme l’une des réussites de 2025 en plus de constituer évidemment une excellente surprise. Certes, la formule très inspirée par des groupes tels que Skáphe et Leviathan peut paraître aujourd’hui éculée mais le savoir-faire de nos deux protagonistes suffit à faire la différence et à faire de ce premier longue durée un disque parfaitement maitrisé où efficacité et atmosphères prenantes se mêlent avec brio pour un résultat hautement convaincant.
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