Ascend - Ample Fire Within
Chronique
Ascend Ample Fire Within
Quand on parle des projets de Greg Anderson et Stephen O’Malley, on évoque souvent en premier Sunn O))). Les amateurs de torture bifurquent alors sur Khanate, Burning Witch, éventuellement Thorr’s Hammer, Teeth of Lions Rule the Divine ou Gravetemple. Les doomsters ajouteront Goatsnake. Les binoclards à chemise à carreaux signaleront l’existence de Engine Kids et de pléthore d’autres formations qui s’éloignent du metal.
Et puis, il y a ceux qui se souviennent de Ascend, formé par Greg Anderson et Gentry Densley de Eagle Twin avec une constellation d’invités donnant de leur personne sur l’unique album Ample Fire Within. Ceux-là, ils aiment particulièrement jouer les petits malins : on les voit venir rapidement, avec leur air ailleurs, leurs cheveux hirsutes, plus proches de ceux d’hippies échappés de la secte de Charles Manson que ceux bien entretenus des metalleux.
Ils commencent par parler de Monoliths & Dimensions, décrétant qu’il est le meilleur album de Sunn O))), celui où le duo trouve son équilibre entre abstraction et plaisir musical brut, pile-poil entre la galerie d’art dérangé et l’ésotérisme black metal de Black One. Une fois qu’ils ont eu l’approbation de l’assemblée – facile, avec un tel consensus –, les voilà qu’ils parlent d’un secret bien gardé, un disque oublié, souvent relégué au second plan mais qui est un trésor. Trop tard ! Nous voilà pris dans le piège de Ascend, son drone / doom aussi majestueux qu’intimiste, son blues qui hypnotise aussi bien que la lourdeur de pierre de ses élévations de ton, ses voix qui grognent, acclament et rocaillent. Ample Fire Within est une histoire de terre et de sang, d’atmosphère aussi crue qu’un soleil irradiant des montagnes arides et aussi enfiévrée qu’une acclamation.
Ce tour de force ne vient évidemment pas de nulle part. Ascend accumule savamment, use de toutes ses capacités et de celles de ses invités pour enchanter. Les compositions ont beau fonctionner par cycle, une base tournant souvent en continue sans grand chambardement, son trot tranquille n’est qu’un moyen de laisser dérouler ses humeurs changeantes, empilant au fur et à mesure pour mieux figurer le coup de couteau annonçant la fin du rituel. Ainsi, « V.O.G. » commence par des bruits de chaines laissant imaginer des esclaves prêts à aller au bagne avant de faire rugir des guitares pleines de menace doom, une lead égrenant un solo de Kim Thayil (Soundgarden) guidé par la transe, des voix contant une histoire de temps oubliés, de revanche prochaine. Une façon de jouer le drone / doom comme une musique ancienne, du fond des âges, aussi essentielle que le sang circulant dans nos veines.
Les emprunts à la culture américaine (comme les samples de chants traditionnels natifs américains ouvrant « Her Horse Is Thunder ») augmentent cette impression de folklore vécu dans ce qu’il peut avoir de plus meurtrier et âpre. L’orgue de Steve Moore s’invitant sur les deux derniers morceaux ainsi que les incantations d’Attila Csihar finissent de faire de Ample Fire Within une œuvre à-part, à la fois radicale dans sa manière de créer un drone / doom aux structures basées sur la répétition et une originalité aussi bien de forme que de fond, embrassant l’histoire américaine dans ce qu’elle a de plus viscéral comme héritage. Plus accessible que les disques de Sunn O))), il ne pêche que par une gourmandise qui peut rebuter, notamment dans sa version vinyle qui ajoute les titres « Desert Cry » (reprise du pianiste jazz McCoy Tyner) et « Fenrir Ondi Ahman » à un ensemble déjà bien chargé. Des titres excellents en eux-mêmes – particulièrement « Desert Cry » – mais qui font demander grâce si on décide de donner à Ascend toute son attention.
Une attention qu’il mérite pleinement, tant son drone / doom mâtiné de blues, un trombone s’invitant même plusieurs fois (cf. « Divine » et « The Obelisk of Kolob »), est d’une richesse et d’une accessibilité étonnantes, où les compositions se révèlent aussi prenantes que jouissives (le grand final de « Dark Matter » en apothéose). Comme quoi, il faut parfois écouter les petits malins.
| | Ikea 14 Avril 2026 - 193 lectures |
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