Skaphos - The Descent
Chronique
Skaphos The Descent
Bien qu’encore relativement méconnu SKAPHOS n’est pourtant pas né de la dernière pluie, car ça fait bientôt une décennie qu’il évolue dans la sphère de l’underground national en proposant un Black/Death intéressant et mâtiné d’influences provenant aussi bien de Howard Phillips Lovecraft que des mythes et légendes dont on affuble les fonds marins et les abysses. Ayant bénéficié du soutien de Transcending Obscurity pour son « Cult Of Uzura » publié l’an dernier (et qui a eu pas mal d’échos positifs) c’est désormais sous la bannière des Acteurs de l’Ombre que le quatuor sort aujourd’hui « The Descent », un quatrième album qui n’est pas vraiment une nouveauté en soi. En effet les huit morceaux ici présents figuraient initialement sur les deux premiers opus du groupe (« Bathyscaphe » et « Thooï »), sortis à l’époque en autoproduction et passés relativement inaperçus… et pour l’occasion ses auteurs en ont profité pour reprendre quatre compositions de chacun de ces deux chapitres pour les retravailler complètement, et ainsi offrir un rendu plus mature et en rapport avec leur vision musicale actuelle
Résultat de tout ça on est plongé dans un univers à cheval entre les enfers d’Hadès et les éléments aquatiques où vivent Poséidon et Neptune, et s’il est de bon ton d’offrir à ces derniers un peu d’alcool pour bénéficier de leurs bonnes grâces afin d’avoir un voyage réussi cela a été visiblement fait en amont… vu que ce disque est rempli de bonnes qualités, à la fois brutal et riche en atmosphères aussi bien venteuses que sulfureuses (aidées en cela par la production très moderne). La preuve avec d’entrée l’impeccable et varié « Nese End » qui va jouer sur les facettes antagonistes du combo, entre tabassage exacerbé et relents plus mélancoliques d’où émerge une relative tristesse liée à un énième disparu en mer. Profondément sombre et mystérieuse cette plage offre aussi quelques passages bien remuants dévoilant un rendu inquiétant où l’on sent que l’enfer n’est pas forcément chaud et brûlant, mais aussi obscur et humide vu que l’on se sent couler vers le fond sans espoir de remonter à la surface. D’ailleurs si cette ouverture montrait déjà une vision bien virulente par moments « Okean » va pousser plus loin cette offrande, en y ajoutant plus d’obscurité et des accents tribaux tel un sacrifice pour calmer les tempêtes, car ça n’hésite pas à ralentir pour mieux ensuite relancer une machine où les riffs affûtés côtoient une batterie guerrière plus directe et vicieuse… un schéma sobre et virulent qui va aussi être présent sur les tout aussi redoutables « Ube » et « The Brine Seal », assez ressemblants les uns des autres mais sans pour autant se répéter.
Et si ici ça jouait le grand écart aux deux visions radicales les choses vont aussi être plus denses, via tout d’abord l’incantatoire et lumineux « Mireborn » qui va mettre la force combattante en retrait au profit d’un rendu rampant particulièrement hypnotique, vu que malgré quelques accélérations ça va rester assez bridé et basé sur un modèle qui tourne en boucle… mais sans pour autant être redondant. Car bénéficiant en prime de quelques relents tribaux et de nappes éthérées le rendu général absolument impeccable nous fait ressentir le calme après les déferlantes, et l’on se rend compte que les offrandes données en amont aux dieux ont été bénéfiques… même si évidemment tout cela ne va pas durer car ceux-ci sont exigeants et demandent toujours à tester la bravoure des navigateurs. Ces derniers comme les auditeurs vont encore une fois devoir s’accrocher au bastingage, notamment sur le varié et épique « The Descent » où des arpèges froids démarrent les hostilités avant que la nuit intégrale ne s’affirme progressivement sous la forme de cassures à foison et de blasts débridés, portés par un riffing direct et radical qui nous prouve que Zéphyr et Eole ne sont pas en reste. Gardant donc la même consistance le résultat est là encore d’une grande fluidité et défilant à vive allure grâce à une durée globale relativement courte, ce qui évite ainsi le côté bourratif qui aurait pu être présent en cas d’excès de longueurs dans ce registre malgré tout qui demande du temps et de l’attention pour être totalement assimilé.
En effet même si tout ça est assez accessible la production montre énormément d’arrangements divers, et de fait sans devoir être attentif à chaque seconde il ne faudra pas non plus rester en dilettante pour pouvoir appréhender la bête qui néanmoins sait rester dans les clous afin d’éviter toute sortie de route préjudiciable. De fait même si la technicité va grimper d’un cran sur « Horror Squid » on va garder une réelle attractivité entre cette suffocation intense, cet orage menaçant au loin et ces explosions nombreuses pour renforcer cette peur qui rôde dans les environs. Et pour finir tout cela dans les règles de l’art le court « Mariana Tomb » ne va pas se poser de questions en jouant quasiment pied au plancher de façon continue, même si des accalmies lourdes et nuageuses vont retentir comme pour prévenir de l’imminence des éclairs et de la pluie. D’ailleurs ces longues salves de tabassage incessant vont nous embarquer après le naufrage vers les abîmes inexplorées avec un plaisir non feint, concluant ainsi une composition comme un long-format sans fausses notes (même si tout cela se termine de façon un peu abrupte, et aurait sans doute demandé un peu plus de partie instrumentale).
Une fois arrivé au bout de ces trente-trois minutes de gros son qui s’écoutent tranquillement on ne peut qu’être souriants et ravis par ce qu’on vient d’entendre, qui est totalement équilibré et homogène… voire même parfois un peu trop, car il manque un grain de folie pour véritablement démarquer cette sortie de la nombreuse concurrence actuelle dans l’hexagone. On n’aura donc rien à reprocher à cet enregistrement hormis des instants se démarquant franchement du reste, car il est vrai qu’on a parfois la légère sensation de recyclage des mêmes idées… même si c’est parfaitement en place et joué en totale adéquation. L’occasion donc de (re)découvrir l’œuvre de cette barque (nom étymologique de la bande) sous un autre œil qui montre en tout cas un gros potentiel que l’on avait déjà aperçu sur sa précédente livraison et confirme une fois encore toute la vitalité de la scène extrême de notre beau pays. Il est donc temps pour ses auteurs ici présents de se saisir du trident et de continuer à nous conter ces histoires maritimes et océaniques (cependant moins mélodiques que celles de HOULE) où ils ont encore beaucoup à offrir, et le moins que l’on puisse dire c’est qu’on guettera avec attention la suite de leurs aventures vu qu’ils ont encore nombre de secrets à publier… vu que ce n’est pas l’homme qui prend la mer mais c’est la mer qui prend l’homme.
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