Filth - Time To Rot
Chronique
Filth Time To Rot
Trio suédois formé en 2022 à Göteborg, Filth n’en est pas à son premier galop d’essai puisqu’il vient tout juste de sortir son deuxième album. Un disque intitulé Death Exhibition sur lequel évidemment je ne manquerai pas de revenir dans les prochaines semaines afin tout de même de coller un minimum à l’actualité. En attendant, petite séance de rattrapage avec cette chronique de Time To Rot, premier album des Suédois paru en juillet 2025 chez Me Saco Un Ojo Records (vinyle) et Rotted Life Records (cassette et CD).
Comme moi, vous avez sûrement déjà remarqué cette illustration certes colorée et un tantinet naïve mais sur laquelle on peut tout de même distinguer quelques litres d’hémoglobine inondant le sol et quelques morceaux de tripailles parfois même suspendus dans des arbres passablement décatis. Une illustration que l’on doit à un certain Tomáš Mitura plus connu pour être l’excellent chanteur de Sněť (et au passage le chanteur de Filth sur scène). Évidemment, on aime ou pas mais une chose est sûre, celle-ci à au moins le mérite d’attraper le regard.
Bouclé en moins d’une demi-heure (vingt-huit minutes et cinquante-huit secondes pour les plus tatillons), ce premier album n’aura pas le droit à une chronique fleuve de ma part. Non pas qu’il ne soit pas digne d’intérêt ou qu’il ne mérite pas d’être passé à la loupe mais plutôt qu’il s’agit ici d’un Death Metal relativement rudimentaire (bien que dans l’air du temps) pour lequel il n’y a aucun besoin de grands paragraphes explicatifs et autre démonstrations détaillées.
Porté par une production épaisse qui fait tout ce que l’on attend d’elle à défaut d’apporter de la personnalité à la musique de nos trois Suédois, ce premier album n’offre à l’auditeur expérimenté aucune espèce de nouveauté à se caler sous la dent si ce n’est peut-être ces quelques sonorités mécaniques et industrielles dispensées ici et là en guise d’introduction ou de conclusion ("Odious Obsession", "Flesh Dress", "Emaciated"). Un détail sans importance si on est amateur de Death Metal puisque le genre à toujours misé sur une forme d’immobilisme qui lui va bien. Bref, Filth avec son nom tout dégueulasse (littéralement) n’entend pas révolutionner quoi que ce soit et c’est très bien comme ça.
Malgré la durée relativement courte de ce premier album, les six titres de Time To Rot prennent le temps de poser et développer les idées qui définissent ce premier jet longue-durée pour un résultat global qui ne semble jamais précipité. Chaque titre est ainsi l’occasion pour notre trio de varier les plaisirs en faisant se succéder intelligemment et de manière plutôt équilibrée des séquences entrainantes, qu’elles soient menées à coups de blasts punitifs ("Time To Rot" à 3:34, "Flesh Dress" à 0:15, 1:06, 2:09 et 2:47, les premiers instants de "Live In Agony Die In Pain"...) ou d’accélérations thrashisantes taillées pour taper du pied et dodeliner de la tête ("Odious Obsession" à 1:07, "Decrepit Womb" à 3:51), et à l’inverse de passages nettement plus lourds et suffocants (la première partie de "Time To Rot" ou la seconde de "Live In Agony Die In Pain", etc.). Une formule, je ne cesse de le répéter à travers chacune de mes nombreuses chroniques et j’en suis désolé, qui n’a évidemment rien d’original à offrir mais qui lorsqu’elle est aussi bien faite suffit à faire un bon album. Un album qui ne fera peut-être pas date dans l’histoire du Death Metal mais qui, et c’est finalement amplement suffisant, offrira à ceux qui poseront leurs oreilles dessus la promesse d’un bon moment.
Comme je l’évoquais plus haut, si la recette est effectivement connue, le groupe l’applique dans un cadre contemporain. De fait, le Death Metal des Suédois qui fait pas mal écho à tout ce que l’on a déjà pu entendre chez des groupes tels que Cerebral Rot, Undergang, Fetid ou Cryptworm se montre également particulièrement groovy avec tout au long de ces vingt-huit minutes pas mal de séquences chaloupées qui devraient vous donner envie de remuer. On appréciera également le soin porté aux ambiances avec effectivement ces samples mécaniques et industriels évoqués plus haut mais également tous ces leads et autres solos faisandés qui vont venir poser un voile sinistre sur ces quelques compositions pas originales pour un sou mais diablement efficaces.
Premier album modeste, au moins par les chiffres qu’il avance, Time To Rot ne changera pas la vie des gens qui prendront le temps de poser une oreille attentive sur ses vingt-huit minutes vite expédiées. Cela n’empêchera pas cependant ces mêmes personnes de passer un bon moment en compagnie de ces trois Suédois qui à défaut de nous surprendre vont nous offrir ici de quoi taper du pied et bouger la tête sans justement trop réfléchir sur la question. Cela ne suffira probablement pas pour certain mais ceux qui sauront s’en contenter ne bouderont probablement pas leur plaisir à l’écoute de ces six titres suffisamment bien troussés pour nous faire oublier tout le reste.
| | AxGxB 11 Septembre 2026 - 602 lectures |
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