Rotten Soil - I Worship Death
Chronique
Rotten Soil I Worship Death
Faisant partie de toute cette nouvelle vague Death Metal venu d’Allemagne ROTTEN SOIL n’a pourtant pas bénéficié jusqu’à présent des faveurs qu’il aurait été en droit de recevoir, la faute sans doute à une absence de label préjudiciable qui a entraîné une certaine discrétion en ne lui permettant pas de se mettre en valeur. Pourtant il serait dommage de ne pas se pencher sur l’œuvre du quatuor qui livre ici un deuxième album impeccable, où l’on sent toute l’expérience de chacun des membres qui ont pas mal bourlingués chacun de leur côté dans nombre de formations certes très confidentielles mais en ayant ingéré suffisamment d’influences diverses pour avoir une bagage musical satisfaisant. Car les mecs assument totalement leur passion commune pour la scène suédoise des années 80-90 (leur nom provenant d’ailleurs d’un titre d’ENTOMBED sur « Wolverine Blues »)… et donc il n’est pas étonnant qu’on se retrouve ici en pleine humidité grasse et automnale, où le son des guitares typiquement HM-2 résonne avec force de façon à faire vivre un héritage immortel et qui ne s’est jamais aussi bien porté qu’actuellement. Durant donc trente-huit minutes le combo va nous balancer des morceaux courts, rugueux mais très efficaces qui vont nous transporter vers un âge d’or révolu mais toujours agréable à se remémorer, surtout quand l’exécution est impeccable comme c’est le cas ici… et on espère que cet opus va enfin faire décoller ses auteurs, qui n’ont clairement pas à rougir face à la rude concurrence européenne et d’outre-Atlantique.
Il faut dire qu’il va être difficile de résister aux coups de canons et au bruit de l’artillerie proposée en guise d’introduction de l’impeccable « The Reapers Crown », qui ouvre les hostilités de très bonne façon en proposant un rendu particulièrement dynamique et équilibré où l’on se fait mal aux cervicales à grands coups de mid-tempo ravageur, de parties débridées intenses et de quelques ralentissements massifs. Si tout cela est très classique sur le fond comme la forme l’entrain général et la priorité donnée aux passages rapides va faire de ce démarrage un des moments forts de cette galette, parfait pour commencer et où l’on se surprend à retrouver quelques bribes rythmiques inspirées par BOLT THROWER (et qui se greffent d’ailleurs très facilement avec le reste). Même s’il reste assez discret cet hommage aux Britanniques est de très bon goût et va se réentendre ici et là avec parcimonie sur quelques plages à venir, même si pour le moment avec « Graveyard Rat » et « Purgatory » on va retourner vers le Nord, avec pour le premier un équilibre des forces assez marqué où des accents épiques ressortent à plusieurs reprises au milieu de ralentissements massifs. Tout cela avant qu’une vision plus primitive et débridée n’apparaisse sur l’autre moitié de cette doublette, où l’on y trouve même quelques riffs typiquement Punk qui renforcent le sentiment crasseux et bourratif voulu par les gars. Jouant donc à fond la caisse sur un versant rudimentaire on constate que le résultat est encore à la hauteur, vu que ça envoie la purée avec force et conviction et aidé en cela par une production impeccable et puissante qui ne laisse pas le temps de respirer.
Bref on n’est absolument pas déçus de ce premier tiers de long-format très diversifié et plaisant, avant que le reste à venir ne voie un certain effritement à cause d’un certain manque de couilles et d’une mise en avant de la lenteur moins marquante qu’auparavant. Si on n’aura rien à redire de l’impeccable « I Worship Death » (à la montée en pression régulière et qui finit par exploser à sa fin), en revanche on sera moins indulgent sur le mitigé « Pain »… qui outre être beaucoup trop long a franchement du mal à lâcher les chevaux, restant donc bloqué sur un train de sénateur où le rendu certes plus sombre et étouffant se montre paradoxalement très vite linéaire et répétitif. On pourra d’ailleurs dire la même chose du monotone « Die For Me » qui maintient un bridage continu au riffing joué en boucle de façon identique, faisant ainsi qu’on pique un peu du nez ici tant ça aurait gagné et être varié un peu plus sans s’étirer outre mesure.
Heureusement le dernier tiers de cet enregistrement va remettre les points sur les i en voyant réapparaître le côté défouloir pour notre plus grand plaisir, tel qu’on va l’entendre d’abord sur le minimaliste et déchaîné « The Soul Collector » (aux larges inspirations Crust et D-Beat) qui maintient cette allure jusqu’au bout… tout comme « Burial Ground » qui part à fond la caisse avant ensuite de ralentir progressivement la machine pour donner deux visions diamétralement opposées et agréables. Et après un court interlude quoi de mieux que de finir sur une reprise afin de s’assurer une conclusion sans risques… c’est ce qui se passe ici avec « Casket Garden » que l’on trouve initialement sur « Massive Killing Capacity » de DISMEMBER enregistré en 1995. Totalement fidèle par rapport à l’original les Teutons reprennent donc à la note près ce classique composé par Matti Kärki et ses comparses qui se joue calé en intermédiaire pour un secouage de tête constant, terminant ainsi avec goût ce cru 2026 plus que positif et qui a de quoi occuper les esprits quelques temps.
Car même si ça sonne quand même assez quelconque et prévisible on se laisse aisément emmener dans ce déluge énervé et oppressant où la subtilité n’a pas lieu d’être, laissant ici émerger la fureur et la haine comme crédo principal tant la guerre y est présente sous toutes ses formes. Parfait donc pour se vider la tête il y a ici tout ce qu’il faut pour qu’on y revienne de temps en temps (d’autant plus avec cette pochette magnifique signée Adrián Ribes), malgré une formule éculée mais cependant supérieur à ce qu’on a pu entendre récemment chez d’autres noms de deuxième division. Ça fera donc parfaitement son office en ouverture de festivals afin de donner le ton du reste à venir et ça montre de belles prédispositions pour le futur de ses compositeurs, qui espérons-le arriveront enfin à s’extirper de l’underground local (tant l’actuel niveau dans leur pays est franchement costaud depuis quelques temps) vu que le travail ici est effectué avec sérieux et application, et qu’il faut de toute façon toujours donner sa chance au produit.
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