Horrid Mass - Nauseating Ecstatic Degeneration
Chronique
Horrid Mass Nauseating Ecstatic Degeneration
Après avoir vu récemment émerger en son sein les excellents RELIC la ville de Milwaukee continue à nous envoyer ses nouveaux rejetons de qualité, et aujourd’hui c’est HORRID MASS qui est mis à l’honneur avec son redoutable premier album publié chez le toujours qualitatif label espagnol Memento Mori, un signe donc qu’on est en présence de bon gros Death gras qui tâche et sent la mort par tous les pores. C’est le cas effectivement de ces huit morceaux impeccablement réalisés et mis en valeur par la qualité de son line-up, où l’on retrouve notamment des membres actuels ou anciens de CARNAL RUIN, PIG’S BLOOD ou encore CRYPTUAL… preuve donc qu’ici le trio n’est pas là pour rigoler ni faire dans le détail, tant on va souvent avoir l’impression d’être en présence d’une une suite au monstrueux « Realm Of Chaos (Slaves To Darkness) » de BOLT THROWER. Car outre des passages qui font facilement penser au mythique quintet c’est surtout la production humide et poisseuse avec beaucoup de réverb’ qui marque les esprits, et de fait on s’aperçoit immédiatement que le combo du Wisconsin n’a pour but que de continuer à faire vivre un héritage bel et bien toujours vivifiant, sans chercher à révolutionner quoi que ce soit ni en faire des caisses techniquement.
Bénéficiant constamment d’un groove incendiaire où les parties rampantes pachydermiques vont régulièrement alterner avec du tabassage frontal et primitif, les titres ici présents vont montrer une homogénéité à toute épreuve sans aucune lassitude ni redondance, et ce malgré une certaine prévisibilité et un côté interchangeable. Néanmoins l’attractivité globale va largement faire oublier cela, car on va être instantanément embarqué dans ce voyage tortueux et puant via l’excellent « Worthless Mote » qui va miser sur un grand-écart assumé et permanent, sur fond de riffs opaques et brumeux et de technique rudimentaire. Ajoutant à cela un soupçon de passages alternatifs en médium pour headbanguer et ce premier jet nous offre donc un parfait condensé de ce qui va débouler par la suite, avec fluidité et force où la virulence se mêle aux sensations d’étouffement. D’ailleurs ce schéma va se confirmer dans la foulée via l’impeccable « Writhe » qui voit cependant une vision plus directe et primitive s’affirmer de manière plus marquée en faisant mouche à tous les coups, prouvant donc que les gars maîtrisent leur sujet… et ce que les choses soient expédiées en un temps record ou qu’elles s’affirment progressivement. Car ces deux versants vont se livrer une bataille féroce avec au final un match nul tant il est difficile de les départager, en effet avec « Cruelty » on n’a pas le temps de se poser des questions avec cette grosse mandale à la dynamique de déglingo qui arrive malgré sa temporalité courte à mettre en avant une grosse part de la technicité des mecs, ceux-ci jouant sur les variations de blasts débridés comme des passages mid-tempo redoutables et épiques à souhait qui mettent constamment les nuques à rude épreuve.
C’est donc toujours aussi vindicatif et rentre-dedans en dégoulinant de graisse par tous les côtés… un constat similaire pour le très long (quasiment sept minutes) « Execration », qui après avoir donné le ton via des parties tribales hypnotiques va ensuite miser majoritairement sur le bridage et n’hésitant pas à en ressortir sur de courtes périodes pour mieux ensuite remettre une pièce dans la machine en foudroyant les veinards qui se pencheront dessus par nombre d’ambiances rampantes et oppressantes. Ne perdant donc jamais l’accroche malgré quelques petites longueurs cette composition est clairement ici la plus aboutie et profonde… avec le tout aussi imposant « Congregate », totalement poisseux et presque Doom sur certains moments mais sans jamais véritablement lâcher les chevaux, ce que « Loathsome » va également réussir avec brio. Mettant en valeur deux parties distinctes (où la fureur côtoie les abysses comme le caveau) la bande offre ici une vision tout en opacité, où la brume automnale et son crachin ne cessent d’envahir l’espace disponible pour l’imprégner de sa présence mortifère. Là encore les versants radicaux et opposés s’affrontent en bonne intelligence en prouvant qu’ils sont capables de dominer chacun leur sujet, sans jamais donner l’impression de se répéter ou d’être linéaires… comme « Violent Ascent » le confirmera une dernière fois en retrouvant le mode tabassage qui file à vive allure avec ce que cela inclut de virulence et d’accroche, tout en freinant un chouia pour amplifier la profondeur de ce rendu imparable qui en termine donc d’une réalisation absolument irréprochable dans toute sa largeur.
Pour un coup d’essai c’est un vrai coup de maître réussi par les trois comparses qui sans aucune prétention rendent un bel hommage aux maîtres qu’ils soient ou non disparus (AUTOPSY, DEATH), et dont l’authenticité qui se dégage d’ici leur offre encore une visibilité méritée malgré le temps qui passe. Réussissant donc à nous embarquer illico dans son univers l’entité prouve qu’elle a donc un sacré potentiel à nous offrir dans le futur, et pour l’instant il est évident qu’elle n’a pas encore tout dit, donc on sait à quoi s’attendre dans l’avenir qui s’annonce radieux pour elle si ça continue comme cela. Salace, granuleux et crasseux ce premier jet fait plaisir à entendre et a de quoi occuper les esprits pendant une bonne période, tant on retournera facilement plonger dans ce voyage halluciné d’où on ne revient pas indemne… et pourtant on y prendra plaisir à chaque fois avec le même délice. C’est donc toute l’ambiguïté de cette situation que l’on valide tranquillement avec délicatesse et plaisir, même si pour la douceur on repassera bien qu’on ne la recherche jamais et en aucune circonstance… ça fait mal certes mais c’est bon pour le corps et l’esprit.
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