Mon intérêt initial pour
ATHABAS fut uniquement redevable aux différents parcours des musiciens en présence : j’avais grandement apprécié le
doom death metal épique de
SOLSTITIUM,
KYMRIS est également sympathique dans son univers
death folk mélodique,
MALEVOLENTIA a laissé son empreinte sur la scène
black metal,
DAWOHL calcine grâce à un
brutal death racé… Qu’est-ce qui pouvait mal se passer avec
Salem ? Pour poser rapidement l’historique, il s’agit là du deuxième LP des Français après un
Undertaker paru en 2021, lui-même précédé d’un EP (2016) sous l’appellation
THE CHARLES INGALLS où se trouvaient trois des quatre protagonistes. Toutes ces informations surent d’office gagner ma sympathie, avant même d’avoir écouté une seule note. Cela dit, sympathie n’est pas synonyme de cécité, ni de surdité d’ailleurs.
D’abord, la pochette de
Salem, outre le rendu impersonnel d’une thématique surexploitée (la sorcière sexy), renvoie une image de froideur digitale qui, si elle pourrait correspondre aux critères parfois douteux du
heavy ou du
black de mauvais goût, me semble en revanche aux antipodes de ce que l’on attend en général d’une illustration
doom stoner : quelque chose d’authentique, d’artisanal voire de chaleureux, autant de caractéristiques foncièrement éloignées de cette illustration synthétique, enneigée.
Undertaker proposait par exemple une approche graphique davantage en cohérence, même si non exempte de reproches. Passons, ce préambule mitigé uniquement fondé sur des considérations esthétiques ne doit pas vous en induire en erreur : il y a de nombreux éléments à porter au crédit des Français.
Je pourrais ainsi commencer par évoquer la production soignée, claire et puissante qui, en dépit de sa sonorité passe-partout, s’accorde à une musique qui se situerait entre le classicisme de
CANDLEMASS (l’introduction de « Thulsa Doom ») et des climats
stoner sludge notamment redevables au timbre si particulier du chanteur (j’y reviendrai ultérieurement). Enfin, quelques touches de modernisme dans nombre de signatures rythmiques rapprocheront le LP d’influences
power thrash mid-tempo. Autrement dit, difficile d’affirmer qu’
ATHABAS a choisi son camp, partagé entre la pesanteur lugubre, qui lui sied le mieux en termes de personnalité, et volonté de faire
headbanger les auditeurs.
Dire un mot sur la structure générale des compositions ne sera également pas inutile : sans répétitions superflues y compris lorsqu’elles dépassent les six minutes et grandement aidées par un soliste inspiré par un esprit
blues rock surprenant, cela génère des passages franchement convaincants à l’image du final instrumental « En exil », efficace et puissant. Le défaut principal n’est donc à rechercher dans l’instrumentation, même si je trouve son positionnement stylistique insuffisamment marqué. Le seul point qui me rebute au fil des huit titres, c’est le chant. Lorsqu’il est forcé sur le modèle de
CROWBAR, il me rappelle plutôt les intonations de
VICE & RALE (j’ai cru que les deux groupes partageaient le même vocaliste), ce type de voix ne collant selon moi pas du tout au
doom contemporain pratiqué. Pour du
thrash hardcore (il officiait auparavant dans
DEFRAKTOR) je ne dis pas mais ce qui pourrait être une spécificité, une différence marquante, génère chez moi l’effet inverse. De même, l’usage de lignes claires me plonge davantage dans le souvenir de la vague
nu (« La neuvième porte », « Partisans »), le mélange engendrant le déséquilibre de l’identité, un comble si l’on se réfère aux projets cités en début d’article.
Je me rends compte que mes retours ne sont guère encourageants, aussi est-ce que j’espère que de nombreuses autres chroniques viendront contredire mes mots car mon objectif initial n’était absolument pas de critiquer
ATHABAS. Mais entre son chant vraiment étrange (avec des textes en français, il faut le souligner) et son
riffing trop dispersé, je peine à trouver un intérêt persistant à
Salem. Constat amer d’une adhésion perdue. Je retiendrai surtout le solo de « Chronos », les vapeurs d’un
DANZIG au cours des vocalises de « Gimme Your Soul », le professionnalisme de la démarche également, l’enregistrement étant irréprochable.
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