Depuis la sortie du très réussi
« Marter » en 2022 le désormais sextet a enfin trouvé son rythme de croisière, revenant dorénavant tous les deux ans avec un nouvel album sous le bras… c’est effectivement le cas aujourd’hui avec ce cinquième opus qui confirme la bonne dynamique engagée depuis quelques temps. Car le groupe n’a jamais semblé si solide qu’il ne l’est à l’heure actuelle et donnant même l’impression d’être plus fort à chaque nouvelle sortie, gardant sa marque de fabrique qui n’en oublie pas d’être brutale mais aussi en se découvrant plus ambitieux en lorgnant vers des chemins d’obédience Prog’ déjà exploités de très bonne façon sur le redoutable
« Ethos », et qui se voient ici renforcés aussi bien techniquement que qualitativement. On avait donc de bonnes raisons d’être optimistes vu que les Allemands ne nous ont jamais déçus depuis le début de leur carrière, et de ce point de vue là c’est une réussite totale car ils signent probablement le meilleur disque de leur carrière… qui malgré sa durée conséquente ne va jamais tomber dans l’ennui ou la platitude, le dosage des forces étant toujours d’une grande précision pour mieux accrocher l’auditoire et l’embarquer vers des terrains hostiles riches en combats comme en légendes.
N’ayant pas oublié son versant originel plus rugueux et direct la bande mise néanmoins aujourd’hui sur un rendu presque cinématographique, proche du blockbuster fantastique où rebondissements, maléfices et guerriers sont présents constamment… chose qui transparaît immédiatement avec la courte introduction « Himsa » où la cloche triste se mêle à du violon et violoncelle inquiétant, avec en ligne de mire les expéditions et les combats imminents. Tout cela va donc lancer parfaitement la doublette « Kalikas Tongue » / « Ambrosia » qui continue le travail entamé sur le précédent chapitre, mélangeant donc habilement les parties brutales débridées (qui restent néanmoins discrètes) avec les passages plus lents où les orchestrations sont plus marquées, tout comme la voix qui propose des émotions inattendues au milieu de ces nuages et de ces relents Pagan très aboutis. Si cela peut paraître imposant voir même excessif ça n’est jamais pompeux… vu que bien que sonnant parfois synthétique l’ensemble garde une âme réellement humaine, tant l’exécution propre n’en fait jamais trop mélangeant donc habilement les diverses influences et faisant donc de ces deux compositions une parfaite entrée en matière, et donnant ainsi le ton du reste à venir.
Si celui-ci reste travaillé et d’une grande profondeur ses auteurs ne vont néanmoins pas complètement oublier d’aller à l’essentiel, ce que « Solis Currus » va faire tranquillement en exploitant les versants les plus opposés de la musique de l’entité, en y ajoutant une montée en pression progressive où les nuages et la météo vont se faire entendre plus fort que jamais. Ajoutant à cela quelques notes acoustiques cette réalisation à la vision plus lumineuse va être le contrepied parfait de « Ascension », où le deuil et la noirceur apparaissent plus fermement vu qu’on sent l’orage prêt à éclater… et avec lui les drames qui en découlent. Proposant une haine générale plus intensive entre blasts et cris furieux, conjugués à une atmosphère globale très poisseuse où les claviers comme les guitares se mélangent habilement, cette composition offre ainsi une vision profonde avant que la (trop) longue outro jointe à l’ensemble ne vienne finir d’annihiler tout espoir de renouveau. Et même si ça s’éternise trop durement (ça aurait facilement pu être raccourci) on obtient une cohérence infernale et fructueuse qui ne faiblit pas, avant que ne déboule « Wide Open Eye » brumeux et sans concessions où ce qui va être proposé va faire grandement plaisir.
En effet on retrouve ici le FIRTAN période « Niedergang » et
« Okeanos » et on est ravi de constater que le combo n’a pas tiré un trait définitif sur cette période, car ici nulle trace d’excès en tous genres mais juste une musique frontale et virulente qui déverse sa rage au milieu des tourments et tempêtes sur fond de tabassage ravageur et mid-tempo épique, portés par des guitares affûtées et agressives en toutes circonstances. D’ailleurs bizarrement la durée se raccourcit grandement et cela convient très bien à l’ensemble sans fioritures, qui va aussi perdurer sur le tout aussi explosif et impeccable « The Form Revealed » où les éléments se déchaînent ici aussi sans discontinuer, proposant ainsi un dynamisme impressionnant où ça joue les montagnes russes en continu avec l’intégralité des tempos exécutés et affûtés comme jamais, sans autres instruments que ceux électriques… qui confirment que les Teutons sont dans une forme olympique, et ce qu’ils jouent sur la simplicité comme la complexité.
Ce dernier point va d’ailleurs être poussé dans ses derniers retranchements durant la majeure partie de cette seconde moitié d’enregistrement qui ne va en revanche pas éviter quelques longueurs et redondances, et ce malgré la grande qualité globale de l’ensemble qui a de quoi faire pâlir beaucoup de noms moins huppés. On peut citer parmi tout cela « Helios » qui montre une vision tentaculaire étonnante au départ avec son rendu très calme et ses chœurs féminins apaisants où l’acoustique est le fer de lance, avant une montée en pression par paliers où les explosions comme point de mire finissent par laisser place à un solo de toute beauté à la mélodie affirmée, avant que le côté symphonique ne finisse par revenir au milieu de tous ces changements pour poser sa patte et montrer que cette plage nous réserve bien des surprises. Si l’écoute peut être un peu ardue pour un novice en revanche la fluidité y est permanente et ses auteurs ne perdent pas le fil conducteur de leur histoire et où ils veulent nous emmener, et ce même si là encore on aurait aimé que ça traîne un peu moins sur certains plans repris en boucle. On pourra se répéter concernant la pièce-maîtresse de près de douze minutes intitulée « The Hierophant Way » (et où James McClellanDorton III de NE OBLIVISCARIS intervient en tant qu’invité), où tout se mélange avec force… la tension ne cessant ainsi de monter et descendre de façon continue mettant donc tout ce qui est proposé sur un même pied d’égalité qui créent donc des instants de tension et qui se construisent comme une œuvre multiple et protéiforme avec ses rebondissements.
Balançant donc autant le calme estival que les tempêtes hivernales cette œuvre est extrêmement bien faite mais demandera aussi de la patience et de l’attention pour totalement être comprise de par les multiples couches sonores qui la composent, et ce malgré un certain synthétisme excessif… comme le modernisme à foison et une temporalité franchement excessive, faisant donc qu’on décroche légèrement à la fin en souhaitant qu’on passe rapidement à la suite. Terminé en tout cas les expérimentations grandiloquentes pour clôturer les débats et retour à la sobriété attendue, avec d’abord l’apaisant « Shadows Of A Dawn Unborn » tout en coton et délicatesse de par l’acoustique permanente et des ambiances folk et médiévales tout en retenue comme en tristesse, aidées par une voix féminine en pleine complainte qui font de cette dernière création originale un instant à part, mais raccord avec le reste comme pour terminer un chapitre sur une note de douceur… quoi que ! Si on a souvent l’habitude de voir des reprises finir des disques (quel que soit le format proposé) ici ça ne va pas déroger pas à cette règle avec une version fidèle (quoi qu’un peu plus éthérée) de « Man Of Iron » de BATHORY, publiée initialement sur « Blood On Ice » en 1996 et qui sert d’hommage à Quorthon avec cette mélancolie qui s’en dégage… à l’image de tout ce qui a été entendu en amont et et qui ne laissera pas indifférent.
Grandiloquent pour certains et trop prétentieux pour d’autres il est sûr que les discussions concernant ce nouveau cru seront animées, bien qu’on soit certain du très haut niveau qualitatif de cette galette qui malgré ses imperfections sera difficile à aller chercher, faisant passer ainsi un cap attendu à ses auteurs. On ne peut donc que conseiller de se pencher attentivement sur l’objet ici présent… et même si ça ne sera jamais un classique il y a de quoi s’occuper de longues heures au sein de cette navigation dans des eaux tumultueuses où Ulysse et ses compagnons auraient pu se trouver. On est donc curieux de voir si le futur de ce gang à six têtes sera toujours dans cette même veine… s’il poussera le créatif plus loin ou s’il conservera toujours quelques vieux relents frontaux historiques pour bien défouler entre deux moments plus élaborés. Mais pour le moment rien ne sert de prendre les paris il suffit juste de profiter de l’instant présent qui est suffisamment captivant et élaboré pour occuper au-delà d’un temps restreint… surtout qu’on y reviendra à intervalles réguliers avec probablement la même envie de voyager entre le Styx et la Méditerranée.
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