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Taufpatin - Les Malfaisances de la Taufpatin
Chronique
Taufpatin Les Malfaisances de la Taufpatin
Projet très risqué. Extrêmement risqué, même. En musique, un personnage mal mis en scène peut vite vous faire perdre une partie de votre public. Je ne parle pas ici de la personnalité réelle de l’artiste, mais bien du personnage qu’il choisit d’incarner. Mal interprété ou affublé d’accents comiques mal maîtrisés, celui-ci peut rapidement virer au Helmut Fritz, au Sébastien Patoche, voire au Fatal Bazooka. Le personnage prend alors le dessus sur la musique, jusqu’à finir par la desservir, voire la ruiner. À l’inverse, lorsqu’il est bien construit et incarné, il peut devenir un atout considérable, une véritable signature artistique. Mais encore faut-il que cette incarnation paraisse crédible, qu’elle soit le prolongement naturel de l’artiste qui se cache derrière. C’est notamment ce qui fait la force d’Anna-Varney Cantodea de SOPOR AETERNUS : son univers est si cohérent qu’on finit par croire que sa créatrice est, jusque dans son quotidien, cette figure singulière que l’on retrouve dans ses clips et sa musique.
Une fois n’est pas coutume, je vais commencer par ce qui, à mes yeux, ne fonctionne pas chez TAUFPATIN. Le personnage est volontairement grotesque et outrancier, mais, au lieu de susciter une forme de sympathie ou de fascination, il provoque surtout un certain malaise. Les enfants qui ne veulent pas se faire spoiler sont priés de passer directement au paragraphe suivant : cette grosse entité chauve et imberbe est bel et bien un avatar incarné par Hyver, le musicien et chanteur particulièrement investi et charismatique que l’on retrouve au sein de formations aussi talentueuses que VEHEMENCE, HANTERNOZ ou, tout simplement, HYVER. Personnellement, je n’arrive pas à adhérer à son personnage de sorcière travestie. Tout se joue dans une poignée de détails, mais Hyver pousse tellement le trait qu’il finit par basculer dans la caricature.
Pourtant, le concept de départ avait de quoi séduire. Taufpatin est présentée comme une sorcière alsacienne du XVIIIe siècle, aussi odieuse que maléfique, haineuse et méprisante, experte en potions répugnantes et en sortilèges abominables, qui n’a jamais mis ses talents au service du bien. Ses méfaits, dirigés notamment contre les bonnes fées et le petit peuple, lui ont valu de finir sur le bûcher, sous les acclamations de la foule. De quoi bâtir un personnage inquiétant, une véritable figure de conte noir. Mais Hyver en a décidé autrement : sa sorcière tient davantage de Madame Foldingue que de la créature maléfique. Revenue d’entre les morts, elle découvre qu’elle n’a pas été conviée à une fête organisée par les fées. Vexée jusqu’au plus profond de son être, elle enfourche son balai, ajuste son chapeau, engloutit une marmite entière de chocolat et échafaude une vengeance à la hauteur de son ressentiment. Son ambition ? Raconter son histoire, semer la zizanie chez les créatures féeriques et, au passage, conquérir la scène et la célébrité. Tout cela pourrait fonctionner dans un registre franchement décalé, à condition que l’humour soit suffisamment bien dosé. Or, ces intentions comiques débordent régulièrement sur les paroles, et ponctuellement sur la musique. Le pire exemple reste sans doute ces passages où notre chanteur adopte une voix féminine proprement exécrable, qui vient pulvériser les ambiances que les compositions avaient patiemment installées. Le deuxième pire exemple ? Les paroles de « Jolis gâteaux empoisonnés » avec sa recette qui fera pousser un « Beurk, dégueu » aux enfants de moins de 7 ans…
Et c’est bien dommage, car ces débordements ne sont finalement pas si fréquents. Mais il suffit de quelques interventions malheureuses pour perturber l’écoute de onze compositions qui ont pourtant de solides arguments à faire valoir : des mélodies inspirées, une production soignée, des vocaux convaincants dès lors qu’ils restent dans leur registre habituel, et de très belles ambiances. Sur une bonne partie de l’album, le plaisir est même franchement au rendez-vous. Le problème, c’est qu’il faut constamment accepter de faire abstraction de ce qui vient parasiter l’ensemble, comme si l’on devait pardonner au personnage ses intrusions dans un univers musical qui se suffirait souvent à lui-même. Cette difficulté à trouver le bon équilibre entre la musique et la théâtralité me rappelle, par certains aspects, PENSÉES NOCTURNES, dont les partis pris peuvent eux aussi faire basculer l’écoute d’un extrême à l’autre. Mais là où l’outrance peut devenir une force lorsqu’elle sert pleinement la vision artistique, elle ressemble ici trop souvent à un gag qui tombe à plat. TAUFPATIN a donc les compositions pour convaincre, mais son héroïne finit parfois par lui tirer une flèche dans le pied. Reste à savoir si l’on parviendra à apprivoiser cette sorcière au fil des écoutes, ou si ses facéties continueront de nous faire lever les yeux au ciel.
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