L’anonymat a enfin été levé sur les membres de
COSMIC SERPENT. Mauvaise nouvelle : cela ne nous apprend rien si ce n’est que le batteur est également membre de
FATAL. Cela reste maigre pour un groupe qui nous avait régalés en 2023 de son prometteur EP
Astral Premonitions mais, en définitive, on s’en cogne pas mal de savoir qui joue là-dedans. La seule chose qui compte est que le quatuor vient de sortir son premier album,
Gateway to the Celestial Path, soit six titres de
doom en peu cradingue à l’entre-jambe pour près d’une heure de psychédélisme. La fameuse puissance du port du Havre ? Oui monsieur.
Le logo, la pochette, les symboles ésotériques, rien ne laisse la place au doute lorsqu’il s’agit d’entamer l’écoute et tout ce qui avait précédemment pu séduire l’auditeur se retrouve en bonne place ici, en mieux (évidemment suis-je tenté d’ajouter, ou heureusement ?). Les changements sont minimes, j’irais même jusqu’à affirmer que je constate juste une légère diminution du degré de saleté au profit d’une hygiène corporelle moins repoussante. Les Français ont découvert le savon, nettoyé leur bang et tout est enfin en ordre afin d’accueillir les amateurs de
PENTAGRAM,
WITCHCRAFT, vous avez l’idée générale. En effet, les musiciens sont partagés entre une
vibe heavy doom totalement passéiste doublée cependant d’une noirceur que j’associais dans mon article précédent à du
DARKTHRONE, force m’étant d’admettre que mon opinion n’a guère évolué depuis, en dépit de l’assagissement (si je puis dire) du registre.
En effet, le chant tire davantage vers des lignes mélodiques mélancoliques, les solos invoquent le
feeling des grands anciens (le final de « A Sigil Among the Stars » par exemple), la pesanteur développée n’a aucune commune mesure avec la noirceur généralement associée au
funeral, l’ambiance cherchant plus refuge dans les 70’s qu’autre chose. Sauf qu’ici le résultat atteint l’authenticité de l’original, sans grandes innovations certes mais le disque semble porté par une telle ferveur, un tel souci de l’exactitude que l’écoute en devient rapidement immersive, quasi-hypnotisante à force de boucle (« Through the Void Beyond ») et, surtout, d'exactitude. La voix parfaite, pas vraiment juste, jamais réellement fausse, une forme de nonchalance artistique… Les riffs en béton, hyper simples j’en conviens mais encore faut-il les trouver… Les rares touches de claviers, juste ce qu’il faut pour épaissir le propos, prolonger le
trip, c’est exactement dans le ton, c’est exactement ce qu’il faut à un LP de
doom rétrograde qui, globalement, adresse un doigt d’honneur à la modernité, à la sophistication des enregistrements. Elle ne sentirait pas le vieux
SLEEP cette guitare introductive de « Reborn Terror » ? Certainement, alors que la voix crachée apporte la contradiction, l’oxymore nécessaire pour ne jamais sonner comme untel ou untel. C’est à la fois malin ainsi que la démonstration humble d’une identité forte, d’une vision musicale rare dans l’Hexagone, donc d’autant plus précieuse.
COSMIC SERPENT ne remet rien en cause, ce n’est pas un dynamiteur. Il est là, impose son style avec conviction, chaque note traduisant la certitude de ses compositeurs d’avancer dans le droit chemin, sans considération esthétique, sans frime. Certes, je l’avoue, j’ai tout de même trouvé le disque un poil long car, globalement, tous les titres se ressemblent un peu et les variations de tempos sont rares, « Victims of Causality » étant le seul à lorgner sur le vieux
doom death metal, dans tout son classicisme et toute son efficacité. Aussi, en dépit du sentiment de répétition qui m’envahit peu à peu, je ne peux que retenir le boulot effectué pour à la fois rendre hommage aux temps jadis tout en s’inscrivant parfaitement dans une écoute contemporaine férue d’authenticité sans pour autant devoir aller taper dans les fameux vieux pots parfois trop écoutés, parfois un peu pénibles aussi (avis personnel ne nécessitant aucun commentaire injurieux). Par conséquent, je ne saurais trop recommander l’écoute de
Gateway to the Celestial Path à quiconque serait féru de
doom à l’ancienne car les Français perpétuent une tradition parfois battue en brèche avec foi et abnégation, dans le respect des codes tout en injectant des influences qui n’ont pas dépassé la fin des années 90 pour ce qui est des souillures sonores. C’est propre et net, tout l’inverse de mon slibard.
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