Quand Rorcal sort un nouvel album, je ne peux que l’écouter. Même passablement déçu par
Silence et son black metal opaque, honnête réalisation qui, du moins pour ma part, n’avait fait que répéter ce que
Világvége avait déjà suffisamment exploré.
Mais impossible d’arrêter là une relation qui a autant duré et qui, encore aujourd’hui, continue de me passionner. Peut-être bien le dernier survivant de cette vague drone / doom / black / post metal qui a disparu aussi vite qu’elle a déboulé – avec une omission volontaire de toutes ses figures d’alors toujours en activité ayant perdu en intérêt –, Rorcal s’est construit un chemin à part, au-delà des scènes et de leurs codes. Un chemin qui ressemble à des tranchées tant ici, pour mon plus grand plaisir, ça creuse dans le but de franchir les lignes ennemies :
Mahre renoue avec la lourdeur imposante qui m’a fait aimer Rorcal, son talent pour tout surligner au feutre noir, post metal hostile, black metal écroulé, doom omniprésent, en patinage constant même lors des accélérations et, encore plus qu’avant, effets noise et industriels délitant l’ensemble dans un seul et même geste découpé, c’est marqué dessus, en mouvements.
Voilà qui fait beaucoup de virgules mais la raison est simple ! Les Suisses accumulent autant qu’ils acculent sur
Mahre. Si on passera rapidement sur le concept de l’œuvre (un cauchemar devenant virus), on ne peut que s’appesantir sur ce fin équilibre entre monolithe et variété qui donne cinquante nuances de gris à ce marasme constant. Côté pile qui pilonne, « Movement I » et « Movement III » font retrouver le Rorcal écrasant qui avait tant manqué, celui qui gagne à force de répétitions, radical dans sa lourdeur (le cœur de « Mouvement III » frôle même le beatdown à être si belliqueux). Côté face contre terre, le groupe met la misère de différentes façons, notamment par un black metal éperdu, aussi violent qu’expressif, fuite en avant paraissant prisonnière de sa tristesse (« Movement II » ; « Movement IV »). La pièce entière est belle, moins directement alien que
Muladona et
Witch Coven mais possédant son identité propre, forte des expérimentations précédentes (les couches sonores synthétiques accompagnant l’ensemble) tout en les réagençant avec fluidité.
À la fin, les concepts et postures disparaissent, laissant seule la qualité de ce qu’on entend entrer en ligne de compte. C’est peut-être ce qui a toujours départagé Rorcal d’une scène tape à l’œil, excessive dans son imagerie mais avec peu de répondant quand vient l’heure de tout déballer. J’ai beau m’être fatigué de cette musique transgenre, il y aura toujours une place dans mes écoutes pour les Suisses, malgré l’absence totale de nouveauté au sein de cette musique, malgré qu’elle ait été depuis remplacé par d’autres plus extrêmes, malgré qu’il y ait ici une redite qui ne fait pas toujours mouche (la fin qui s’étiole trop à mon goût). Le groupe conserve ce talent à marier tant de styles qu’il donne envie de dire qu’il se situe au-dessus de tout cela, devenant sa première influence. Une influence que je ne peux que vous conseiller de faire vôtre si ce n’est pas encore le cas, tant
Mahre parvient à manipuler qui l’écoute avec une facilité étonnante, même pour une personne avertie.
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