Ma récente chronique de
Saints Of Los Angeles m'a donné envie de me refaire la discographie complète de MÖTLEY CRÜE.
Verdict ?
Shoot At The Devil et
Dr. Feelgood sont tous les deux des albums excellents qui se dégustent jusqu'à la lie.
J'ai toujours autant de mal à ingurgiter
Girls, Girls, Girls et
Theater Of Pain
Je n'arrive pas à écouter
New Tattoo et encore moins le poussif éponyme enregistré avec le chanteur John Corabi pendant le hiatus de Vince Neil.
Mais surtout,
Too Fast For Love est un chouette album. Peut-être pas aussi complet que
Shoot At The Devil et
Dr. Feelgood, mais bien Hard, bien tendu, bien cuir, testosterone et ceinture à clous.
On rappelle que ce debut album a initialement été enregistré à frais d'auteur par le groupe sur son propre label Leathür Records. La galette est pressée à 20 000 exemplaires que le CRÜE vend pendant ses concerts (se faisant probablement payer en pipes).
Repérés par Elektra Records, le gang est signé par le label pour 4 albums.
Too Fast For Love est alors remixé et réédité par Elektra Records qui ajoute deux morceaux à la tracklist : "Toast Of The Town" et "Stick Your Guns", essentiellement pour donner à l'album une durée plus standard.
La nouvelle version sort donc en août 1982, un an à peine avant la sortie de l'opus le plus connu du gang,
Shout At The Devil en septembre 1983.
En mai de la même année (1983, donc), se déroule la deuxième édition du US Festival. Ce fest créé par Steeve Wosniak et Bill Graham dure quatre jour, chaque journée étant consacrée à un style musical "en vogue" (aux Etats-Unis en tout cas) : Le Rock le samedi, le Metal le dimanche, la New Wave le lundi et la Country le samedi suivant.
Ce dimanche là, sur la scène, vous auriez pu applaudir QUIET RIOT, MÖTLEY CRÜE, OZZY OSBOURNE, JUDAS PRIEST, TRIUMPH, SCORPIONS et VAN HALEN.
Rappelons qu'en 1983, aux Etats-Unis, à part les furieux qui se pressent devant les gangs du Sunset Strip le samedi soir, personne ne croit vraiment que le Metal sera "the next big thing".
Cette journée du dimanche démontre à ceux qui en doutaient que le Metal a encore quelque chose à dire, mais surtout qu'il y a encore pas mal de gens prêts à l'entendre. Car sous un soleil de plomb, la scène installée dans une zone quasi désertique attire près de 300 000 festivaliers. Ce succès inattendu contribue à replacer le Metal dans le radar des médias.
Vous connaissez la suite, la décennie 1980 a été LA décennie du Metal mainstream. Elle a aussi été LA décennie de MÖTLEY CRÜE.
Et le disque dont je vous parle aujourd'hui est la première envolée lyrique de l'un des quatuor les plus sulfureux de l'histoire du Metal des années 1980. Peut-être que d'autres ont fait pire depuis, mais il faut replacer les choses dans leur contexte. En 1980, MÖTLEY CRÜE a décidé qu'il serait le groupe le plus extrême de la scène Metal, voir de la scène tout court et ils y sont parvenus. Ils ont payé le prix fort pour y parvenir, d'ailleurs, car on n'est pas impunément le groupe le plus extrême du monde !
Mais revenons à l'orée de la décennie 1980, quand quatre jeunes américains inconnus et sans le sou décident de fonder
"a motley looking like crew".
Le gang qui s'est réuni sous l'impulsion de Nikky Sixx et Tommy Lee a recruté son guitariste dans les petites annonces et se choisit un frontman à look de surfer Californien en s'inspirant de David Lee Roth, le frontman de VAN HALEN à la blonde crinière.
Le quatuor commence à se forger une réputation de bad boys dans les clubs du Strip mais les maigres cachets ne suffisent pas à payer le Jack Daniels et la coke !
C'est peut être cela ainsi bien sûr que l'envie de se faire remarquer par un gros label qui incite MÖTLEY à se payer quelques jours de studio pour enregistrer à ses frais la première version de son premier album, dont la pochette est un évident hommage au
Sticky Fingers des ROLLING STONES.
L'album est à l'image de ses créateurs : jeune, testosteroné, agressif, rapide et fougeux. Neuf morceaux brefs et incisifs, tendus, Hard.
Ce premier opus est brut de fonderie, il offre à qui veut l'entendre ses chansons agressives et rentre dedans, sans concession. L'heure n'est pas encore aux ballades mielleuses et aux intros cinématographiques qui deviennent par la suite des passages obligés dans les albums du CRÜE. L'heure n'est pas non plus aux morceaux de remplissage, composés à la va-vite pour boucler la tracklist.
Non, là c'est du pur Rock qui ne prend pas de détour et ce dès les premières secondes de "Live Wire", porté par son riff signature aussi acéré qu'un rasoir.
La tracklist est à l'avenant et mis à part un usage excessif de la cowbell, il n'y a pas grand chose à reprocher à la galette. La construction des morceaux est assez classique, avec quelques jolis petit soli de gratte par-ci ("Merry-Go-Round"), par-là ("Piece Of Your Action"), une belle collection de riffs de compet', de l'intro qui envoie du jus ("Live Wire", "Take Me To The Top"). C'est aussi un son qui "fait années 1980", avec des tonalités, des mélodies qui me renvoient immédiatement 40 ans en arrière. Un sentiment particulièrement fort sur "Piece Of Your Action" et "Starry Eye".
Niveau chant, Vince Neil qui n'a jamais été un virtuose est globalement plus convaincant que dans les derniers opus du gant, notamment
Saints Of Los Angeles sur laquelle il a la voix bien flinguée.
Non, en 1981, le blondinet avait encore un timbre juvénile et c'est un plaisir de l'entendre alterner des cris hystériques ("Piece Of Your Action" et bien sûr "Live Wire") et des minauderies sucrées ("On With The Show", "Merry-Go-Round").
J'aurai juste un petit reproche à lui faire, c'est que malgré toute l'énergie déployée par MÖTLEY CRÜE sur son premier disque, certains morceaux pourraient être plus en tension, plus agressifs, plus Hard. On sent, vers le milieu de la tracklist, que le gang aurait pu y aller plus fort, s'ils avaient par exemple été poussés dans leurs ultimes retranchements par producteur un peu couillu.
C'est un sentiment que vous pourriez éprouver sur des morceaux comme "Public Enemy #1" ou "Starry Eye".
Bon, je chipote un peu, histoire de trouver un pou dans la tête à MÖTLEY, parce que franchement, ce disque est vraiment cool. Alors allez-y sans crainte, c'est de la bonne came !
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