Si vous avez grandi avant l’arrivée d’Internet dans les foyers et donc de la démocratisation des logiciels de « peer to peer » tels que Naspter, eMule ou Soulseek, il y a de grandes chances pour que les compilations aient joué un rôle fondamental dans vos découvertes musicales de l’époque. Qu’il s’agisse de regroupements d’artistes ayant trait à une scène bien spécifique ou de bandes originales de films plus éclectiques, les années 90 ont vu fleurir tout un tas de compilations devenues aujourd’hui iconiques. Parmi les plus plébiscitées et désormais hissées au rang d’incontournable, la bande originale du film Judgment Night sorti en salle en octobre 1993 et dans lequel on retrouve quelques sympathiques acteurs de seconde division tels Emilio Estevez (The Breakfast Club, Repo Man, Maximum Overdrive...), Cuba Gooding Jr. (Boyz n the Hood, Jerry Maguire...), Stephen Dorff (The Gate, City Of Industry, Blade...) ou bien encore le regretté Peter Greene (Pulp Fiction, The Mask, The Usual Suspects...).
Si selon les goûts de chacun l’intérêt du film reste évidemment discutable, l’impact de sa bande son sur la jeunesse de l’époque est loin d’être galvaudée. Parue un mois avant la sortie du film sur les labels Immortal Records et Epic Soundtrax et pensée par le producteur Happy Walters qui face au succès rencontré avec cette première tentative ne manquera pas de récidiver quelques années plus tard avec les bandes originales des films Spawn (mélangeant artistes Rock et Electro) et Blade II (mélangeant cette fois-ci artistes Rap et Electro),
Judgment Night (Music From The Motion Picture) a surpris à l’époque tout son petit monde en réunissant sous la même bannière le meilleur des scènes Rock / Metal Alternatives et Rap. Mais le génie de cette bande originale ne réside pas dans la simple idée de réunir sur un même disque des artistes aux univers a priori diamétralement opposés (même si en vérité la plupart de ces groupes partagent bien des points communs à commencer par l’influence de la rue et un certain désir de rébellion) mais plutôt de les faire collaborer les uns avec les autres comme ont pu le faire précédemment des groupes tels qu’Aerosmith et Run DMC ou Anthrax et Public Enemy.
Du côté des forces en présence on va ainsi retrouver Helmet, Teenage Fanclub, Living Colour, Biohazard, Slayer, Faith No More, Sonic Youth, Mudhoney, Dinosaur Jr., Therapy et Pearl Jam auxquels se sont associés respectivement House Of Pain, De La Soul, Run-DMC, ONYX, Ice-T, Boo-Yaa T.R.I.B.E., Cypress Hill, Sir Mix-A-Lot, Joe Fatal et une fois encore Cypress Hill. Un line-up particulièrement alléchant même si évidemment on aurait aimé voir et entendre d’autres collaborations comme celle prévue par exemple entre Tool et Rage Against The Machine malheureusement restée à l’état de simple démo ("
Can’t Kill The Revolution").
Et si les barrières entre les genres ont depuis longtemps volées en éclats, je vous assure qu’au début des années 90, grandement aidé par l’avènement de la Fusion (Red Hot Chili Peppers, Fishbone, Faith No More, Urban Dance Squad, Rage Against The Machine, Downset et tant d’autres...), cette bande originale a fait l’effet d’une véritable petite bombe. Déjà parce que ce mélange des genres était effectivement encore assez inédit à une époque où Metalheads (communément appelés Hardos ici en France) et amateurs de Rap ne pouvaient pas vraiment se piffrer mais aussi et surtout parce que chaque titre, sans exception, atteste de façon particulièrement convaincante que ces unions n’ont jamais rien eu de contre-nature, surtout lorsqu’elles sont aussi bien exécutées.
D’ailleurs, hormis un "Real Thing" que j’aurai aimé plus flamboyant de la part d’un Pearl Jam se contentant de faire le taf sans trop forcer (monsieur Eddie Vedder ne nous offrant en effet que quelques lignes de chant dispensées discrètement en arrière plan), il n’y a absolument rien à redire au sujet de ces onze compositions toutes plus cool les unes que les autres. Entre l’implacable "Just Another Victim" (et son improbable enclume) mené au son des riffs abrasifs d’un Helmet revanchard et d’un House Of Pain qui dès la deuxième moitié du titre nous fait rentrer dans une autre dimension moins frontale mais tout aussi redoutable à l’excellent "Fallin’" à l’atmosphère bien plus délicate et tranquille grâce à cette petite mélodie subtile mais entêtante et aux flows posés des trois MCs cool de De La Soul en passant évidemment par cet incroyable "Judgment Night" à l’ambiance particulièrement sombre, hostile et vicelarde sur lequel ONYX et Biohzard vont faire le show et presque voler la vedette au reste du casting, il y sur ces quelques premières collaborations de quoi largement s’enthousiasmer. Et la suite reste du même tonneau avec ce "Disorder" hyper agressif de Slayer et Ice-T qui n’est autre qu’un medley particulièrement énervé de trois morceaux des Anglais de The Exploited ("War", "UK’ 82" et "Disorder"), l’imposant (et pas qu’à cause de la corpulence des membres de Boo-Yaa T.R.I.B.E.) "Another Body Murdered" habilement rehaussé par un Mike Patton halluciné, l’enfumé "I Love You Mary Jane" sur lequel Sonic Youth et Cypress Hill s’amusent à se la couler douce tels des ados défoncés et complètement amorphes à force de tirer sur le oinj, le "Freak Mamma" fun et déglingué de Mudhoey et Sir Mix-A-Lot ou bien encore le très très bon "Missing Link" mené par un Dinosaur Jr. tout en guitare et un Del The Funky Homosapien au flow toujours aussi remarquable,
Judgment Night (Music From The Motion Picture) s’impose comme un exercice de style parfaitement réussi et maitrisé. Même les deux / trois titres moins remarquables qui n’ont pas été cités plus haut ("Me, Myself & My Microphone", "Come And Die" et "Real Thing") s'avèrent également de très bonne facture. Bref, vous comprendrez aisément pourquoi cette bande originale de film n’a pas volé son statut.
Film rapidement relégué aux oubliettes et connu à l’époque des seuls arpenteurs de vidéos clubs, on retiendra surtout de cette pellicule hollywoodienne sa bande originale devenue culte. Pur produit de son époque, celle-ci avait toutes les cartes en main pour faire carton plein malgré des clivages évidents entre deux scènes (Rap et Rock) occupant les playlists d’une grande partie de la jeunesse de l’époque. Trente-trois ans plus tard, la jeunesse actuelle ne sera peut-être pas hyper sensible à tous ces artistes d’un autre âge mais en ce qui me concerne c’est avec toujours beaucoup de plaisir que je me replonge dans l’écoute de cette bande originale que l’on pourrait résumer comme suit "all killer, no filler". Indémodable !
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