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Jesuit - Discography
Chronique
Jesuit Discography (Compil.)
Quand on vient à parler de Hardcore dit chaotique, les premiers noms qui généralement viennent à l’esprit des gens sont évidemment ceux de Botch, Cave In, Converge, The Dillinger Escape Plan et dans une moindre mesure Coalesce. Aussi, contrairement à d’autres styles très en vogue sur votre webzine préféré, il est surprenant de constater que la plupart des groupes ayant pourtant aidé à faire naître le genre jusqu’au milieu des années 90 (je pense notamment à Rorschach, Deadguy, Dazzling Killmen, Born Against, Kiss It Goodbye ou bien encore Starkweather) n’aient encore aujourd’hui jamais eu la reconnaissance qu’ils méritent. Naturellement, ce constat n’enlève rien aux talents de ces quelques groupes qui dans leurs sillons auront largement contribué à la popularisation du genre mais quand même, il serait bien de rendre à César ce qui appartient à César.
Jesuit lui, se situe quelque part entre les deux. Actif entre 1995 et 1999, la formation originaire de Virginia Beach dans laquelle ont officié notamment Nate Newton (futur Converge) et Brian Benoit (futur The Dillinger Escape Plan) s’est vue propulser momentanément sur le devant de la scène grâce à deux sorties effectuées sur le label Hydra Head Records qui n’auront pas manqué d’enthousiasmer les foules. Néanmoins, la formation n’aura jamais vraiment goûté au succès puisqu’un an plus tard celle-ci mettait effectivement la clef sous la porte... Il faudra attendre 2011 et une réformation aussi providentielle qu’éphémère pour qu’enfin soit éditée grâce au défunt label Magic Bullet Records (Boy Sets Fire, Stephen Brodsky, Cave In, PG99, Majority Rule, Old man Gloom, Doomriders...) une compilation reprenant l’intégralité de leur courte discographie arborant une illustration pour le moins colorée signée Florian Bertmer (16, Converge, Napalm Death, The Hope Conspiracy, The Dillinger Escape Plan, Agoraphobie Nosebleed, Pis Destroyer, Doomriders...).
D’ailleurs tout simplement intitulée Discography, cette compilation exhaustive présentée dans un ordre antéchronologique a vu l’intégralité des titres remixés et remasterisés pour l’occasion. Comme souvent dans ce genre de situation, cela permet d’insuffler une seconde jeunesse à des compositions parfois handicapées par une production d’époque jugée trop maigrelette ou déséquilibrée tout en harmonisant l’ensemble pour un rendu un petit peu plus homogène. Bref, un travail cosmétique qui n’entache en rien le propos de Jesuit, bien au contraire.
Comme le suggère bien évidemment le premier paragraphe de cette chronique, nos Américains du jour versent (ou plutôt versaient) dans la pratique d’un Hardcore aux structures et aux rythmiques particulièrement contrariées. Une musique intense, explosive et chaotique qui au fil de cette courte carrière a su elle aussi s’affiner au point de nous faire amèrement regretter qu’aucun album n’ait jamais vu le jour...
Tirés du dernier EP éponyme de Jesuit paru en 1998 sur Hydra Head Records, "Car Crash Lullaby" (avec ce délicieux sample d’Elvis Presley un brin trafiqué), "Your Sharp Teeth" et "Cop Glasses" sont assurément les morceaux les plus aboutis de la formation que ce soit en termes d’écriture ou en termes de production (signée Kurt Ballou au God City Studio). Tension à tous les étages, riffs syncopés et nerveux mais aussi larsens stridents (notamment sur l’instrumental "Cop Glasses"), basse particulièrement saturée et vibrante, batterie épileptique et vocalises ultra abrasives (avec, cerise sur la gâteau, la participation de Jacob Bannon en invité de marque sur chacun des trois titres)... Tous les éléments du genre sont habilement condensés durant cette poignée de minutes qui en guise de préambule en impose quand même pas mal. La suite ? Une reprise du célèbre « Hole In The Sky » de Black Sabbath qui s’inscrit dans le cadre de cette fameuse série de splits 7" (Anal Cunt & Eyehategod, Brutal Truth & Converge, Today Is The Day & Coalesce, Cavity, Cable Jesuit & Overcast, Cave In & Botch et enfin Neurosis & Soilent Green) éditée là encore par Hydra Head Records et baptisée In These Black Days: A Tribute To Black Sabbath. Une relecture relativement fidèle à la version originale même si celle-ci est évidemment passée à la moulinette Noise / Hardcore façon Jesuit. Les cinq titres qui suivent parus en 1996 et déjà enregistrés sous la directive de Kurt Ballou au sein de son fameux studio ne débandent pas et offrent à entendre un groupe déjà très en place. Là encore, la tension est extrêmement palpable même s’il faut tout de même l’avouer, en l’absence de Brian Benoit, le riffing n’est peut-être pas tout à fait aussi nerveux et incisif. Rien de rédhibitoire cependant, d’autant que le groupe fait preuve de variété et qu’il se laisse parfois aller à quelques saillies frôlant le Powerviolence à l’instar des premières mesures de "Suicide King". Enfin, un poil moins affinés et nettement plus bruts de décoffrage (moins d’influences Noise torturées, plus de Thrash), les trois titres issus de la première démonstration éponyme des Américains permettent d'attester du chemin parcouru par Jesuit en finalement très peu de temps (on imagine que l’émulation induite par cette cohabitation avec tout un tas d’autres groupes particulièrement talentueux y est évidemment pour quelque chose). Quoi qu’il en soit, s’inscrivant parfaitement dans leur époque, ces trois titres ont sûrement dû faire sensation auprès des quelques âmes ayant eu la chance de pouvoir acheter cette modeste cassette à sa sortie il y a maintenant plus de trente ans...
Non Jesuit n’a jamais eu et n’aura jamais le même retentissement ni le même impact que des groupes comme Converge, Botch, The Dillinger Escape Plan ou Cave In dont il est pourtant le contemporain mais si on se dit amateur de ces quelques formations et plus globalement de Hardcore chaotique, il me paraît invraisemblable de ne jamais avoir croisé la route de ces faux émissaires du Christ. Sortie absolument indispensable à mes yeux, cette compilation est en tout cas ce qu’il y a de mieux pour appréhender de manière complète l’univers de ces regrettés américains qui auraient certainement pu aller beaucoup loin si le groupe n’avait pas décidé de mettre fin à ses activités à l’aube des années 2000. On ne refera pas l’histoire (de la scène Hardcore chaotique des années 90) mais on peut néanmoins choisir de ne pas lui être étranger et cette discographie est clairement un bon moyen pour y parvenir.
| | AxGxB 6 Août 2026 - 363 lectures |
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