« Kiss the Pig » s’ouvrait sur la détonation d’un flingue, ce dernier illustre à présent «
Axis of Eden », nouvelle incarnation de la période sans doute la plus
metal des Américains de
TODAY IS THE DAY. Je ne me fendrai pas d’un laïus sur l’idéologie véhiculée, le culte des armes, la politique, la masculinité, je m’en cire complètement puisqu’il s’agit uniquement ici de parler musique.
Afin de rester cohérent avec cette orientation radicalisée,
Steve Austin a une nouvelle fois changé de batteur : c’est le père
Derek Roddy qui prend les baguettes et cela va s’entendre dès les premières secondes de « IED » avec cette double pédale de grosse caisse très en avant. Pourquoi diable aller chercher de tels batteurs d’ailleurs ? Même si je suis présentement (insérer l’accent de Michel Leeb faisant l’Africain) en train de revoir à la hausse mon avis sur la performance précédente de
Mike Rosswog, voire sur l’intégralité de «
Kiss the Pig », ce type de cogneurs me semble terriblement éloigné de l’esprit initial du groupe et j’irai même jusqu’à parler d’anomalie quant à l’emploi de tels marteleurs de fûts là où, jusqu’à présent, les compositions rendaient hyper biens en étant rythmées par des mecs au jeu un peu fin… Évidemment, si l’objectif est de s’ancrer davantage dans la scène extrême, s’appuyer sur de telles personnalités s’avère un atout majeur mais on perd un truc, cette période n’étant clairement pas ma favorite au sein d’une discographie sans tache.
Pour faire court, revenons à «
Axis of Eden ». Plus que jamais, l’homme qui valait trois milliards aime à jouer sur les ambivalences. Ainsi, alors que l’album débute de façon on ne peut plus tonitruante, « IED » pouvant être le pendant épuré de « Why They Hate Us » qui ouvrait «
Kiss the Pig », « Free at Last » vient immédiatement nous rappeler que cet Américain est un homme sensible : sorte de ballade
noise au frisson malsain d’un rythme quasiment langoureux, il n’y a guère que les coups de bucheron du père
Roddy pour rappeler qu’on est bien en train d’écouter une formation estampillée brutale.
En dépit de sa qualité, heureusement que cette composition adoucissante n’est qu’un assagissement ponctuel, le LP baignant globalement dans une ambiance de massacre à la « American Nightmare » : de bons darons issus de la
middle class et vivant en banlieue pavillonnaire qui pètent les plombs et exécutent en masse famille, voisins et amis, sans motif autre qu’une explosion de violence gratuite. Toutefois, c’est sur cet album que l’un des défauts récurrents se fait le plus saillant : le manque cruel d’homogénéité stylistique des morceaux, chose qui jusqu’à «
Sadness Will Prevail » (2021) ne m’avait jamais dérangé. En effet, quel est le rapport entre la furie brute de « IED », le faussement calme « Free at Last », le
grunge « No Lung Baby », le très traditionnel (au sens
TISD du terme) « Black Steyr Aug » ou le presque
death metal « Axis of Eden » ?
Le problème vient certainement de moi. Habitué à parcourir des disques où les artistes recherchent une cohérence d’ensemble,
S. Austin semble plutôt aborder ses chansons comme des tranches de vie, des instants décousus faits de fugacité (« The Worst Thing That Ever Happened to Me »), d’éphémère. La conception même de l’écoute s’en trouve chamboulée car cela revient à essayer d’avoir une discussion avec une personne à l’attention limitée qui change constamment de sujets, d’humeur, de personnalité. Un exemple simple : tu entames un échange sur « Circus Maximus », tu causes
noise rock, catalogue d’
Amphetamine Reptile et, d’un seul coup, le mec se braque. Il passe en mode « Total Resistance », avec son
riffing death, sa voix décharnée ainsi qu’une agressivité qui explose brusquement en bouffées délirantes… Impossible à suivre puisqu’impossible à comprendre. Les moments anthologiques sont pourtant nombreux, à l’image de cette basse foudroyante sur « The Worst Thing That Ever Happened to Me » où l’on retrouve un peu de l’âme profonde de
TODAY IS THE DAY, jamais aussi bon que dans les errances bruitistes, ou encore son opposé total qu’est le morceau éponyme, bêtement brutal donc férocement jouissif.
Il y a cependant un dernier point qui me dérange :
Derek Roddy me paraît réduit à un simple rôle de double pédale, que le mix met bien en évidence. Si les causes varient, les conséquences demeurent les mêmes : lui comme
Mike Rosswog en son temps déjouent complètement, ramenés à leur condition de batteur de
metal et ayant beaucoup de mal à s’adapter. Oui, ça tartine sévèrement, cela fonctionne sur les passages les plus rapides mais cela n’engendre pas le monstre que le
line-up laissait présager. Ce sera d’ailleurs la dernière expérience du genre, les trois LP suivants
(« Pain Is a Warning » ;
« Animal Mother » ;
« No Good to Anyone ») convoquant des batteurs moins connus et surtout moins voire pas du tout affiliés au
metal.
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