Particulièrement emballé par l’excellent
Purulent Manifestations (ainsi qu’une prestation au Kill-Town Death Fest 2023 que j’ai toujours quelque part dans un coin de ma tête), j’attendais naturellement la suite des aventures de Teratoma avec une certaine impatience. Il faut dire que sans rien révolutionner, les Allemands n’avaient pas manqué de se faire remarquer grâce à ce premier album particulièrement efficace et bien troussé. D’ailleurs, je ne suis bien évidemment pas le seul à avoir été emballé par cette affaire puisque le label anglais Me Saco Un Ojo Records s’est invité à la fête en proposant de sortir le nouvel album des Berlinois sous sa bannière hautement respectée.
Intitulé
Longing Voracity, ce deuxième album illustré sombrement par Marcio Menezes (Autophagy, Fathomless Ritual, Gutvoid, Hellripper, Podridão, Sulphurous...) prend tout de suite des allures d’album bien plus affirmé. En effet, face à un premier jet quelque peu modeste en termes de chiffres avancés, Teratoma a choisi de se montrer cette fois-ci plus généreux. Aux six titres et trente minutes de
Purulent Manifestations s’opposent donc désormais les dix titres et quarante-cinq minutes de ce nouvel album qui devraient donc être en mesure de faire taire tous les rabougris ayant à l’époque pesté sur la durée effectivement modérée de ce premier "longue-durée"...
Bref, Teratoma est de retour et j’en suis évidemment le premier ravi d’autant plus que rien n’a vraiment changé du côté des Allemands et de leur Death Metal épais et tout en groove. Enregistré par le bassiste Giacomo Rapposelli, ce deuxième album est également passé entre les mains de Yavé Rodriguez (Disrotter, Lady Beast, Municipal Waste, Night Hag...) et Brad Boatright (200 Stab Wounds, Ancient Death, Gravesend, Internal Bleeding...) afin d’assurer le mixage puis le mastering de ces dix nouvelles compositions. C’est donc tout ce petit monde qu’il convient de saluer pour cette production aux petits oignons qui parvient à faire impeccablement le pont entre opacité, lourdeur, caractère et lisibilité non-contrariée.
Si
Longing Voracity est effectivement plus généreux que son prédécesseur en matière de titres proposés et de durée globale, il est aussi l’occasion pour les Allemands (originaires d’Amérique du Sud et d’Italie) de s’essayer à de nouvelles choses non pas pour la seule beauté du geste mais aussi afin d’étoffer les ambiances développées tout au long de l’album à travers des compositions finalement tout ce qu’il y a de plus classique. On notera ainsi la présence d’une introduction ("Exordium") et d’un interlude ("Interim") qui tous les deux, dans des registres bien différents, permettent d’apporter un peu de fraîcheur et de nouveauté à ce Death Metal certes efficace mais autrement plus classique. Avec ce premier titre, Teratoma joue la carte de la mise en place sombre et angoissante d’abord sur fond de synthétiseurs et de samples avant que n’entrent en piste des guitares menaçantes soutenues au loin par de nouvelles touches de synthétiseurs bien plus diffuses. Du haut de ses presque trois minutes, "Interim" fait quant à lui office d’aération providentielle en offrant à l’auditeur un mélange de sonorités électro-acoustiques et sud-américaines (flûte de pan et autres petits arrangements) pour un résultat qui en plus de faire voyager donne effectivement un petit peu d’air et de fraîcheur à un album autrement plus chargé et suffocant.
Mais n’ayez crainte, ces deux morceaux mis bout à bout, il reste toujours quarante-et-une minutes d’un Death Metal particulièrement savoureux à se glisser sous la dent. Un Death Metal qui ne va certes jamais très vite et préfère opter la plupart du temps pour les mid-tempo mais des mid-tempo particulièrement groovy qui n’ont aucun souci à faire oublier la relative absence de brutalité qui caractérise ces trois quarts d’heure. Car si on compte bien quelques accélérations et autres passages un tantinet plus soutenus qu’à l’accoutumé dispensés ici et là ("Ravaged And Absorbed" à 0:57 et 1:40, "Perpetual Anguish" à 0:58, 2:09 et 3:06 pour une courte séquence de blasts, "Circle Of Perdition" à 1:05 et 2:08, "Festering Realm" à 1:11 pour une séquence très inspirée par Bolt Thrower (une influence d’ailleurs assez sous-jacente que l’on peut percevoir assez régulièrement tout au long de l’album), "Spewing Atrocities" à 2:09...), Teratoma convainc davantage par son approche simiesque du groove et de la chaloupe et par l’épaisseur de ses riffs, de son growl (très proche de celui d’un Craig Pillard) et de ses ambiances fuligineuses puant le souffre que par ses démonstrations de force toujours particulièrement bienvenues (ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit) mais malgré tout bien plus sporadiques. Néanmoins, ce genre de mélange a depuis longtemps fait ses preuves (Tomb Mold en tête) et surtout Teratoma maitrise ici son sujet sur le bout des doigts. Résultat des courses, on se régale avec le sourire aux lèvres de toutes ces séquences chaloupées qui donnent envie de se déhancher tout en roulant des mécaniques ("Longing Voracity" à 1:02 et 2:19, l’imparable "Chaotic Bewilderment" qui enchaîne les séquences groovy avec insolence, "Ravaged And Absorbed" à 5:32, "Circle Of Perdition" à 3:49, "Festering Reallm" à 1:41 et ainsi de suite jusqu’à l’issue de ces quarante-quatre minutes). Ajouter à tout cela quelques leads faisandés ainsi que des solos mélodiques aussi sympathiques que non-systématiques et vous vous retrouverez avec dans les oreilles un deuxième album au moins aussi convainquant que son illustre prédécesseur.
Évoquant autant Incantation que Tomb Mold ou Bolt Thrower, les Allemands de Teratoma font un retour gagnant avec un deuxième album peut-être pas supérieur à son prédécesseur mais au moins aussi cool et convaincant. Un disque tout en groove qui en gagnant en longueur et en épaisseur n’a rien perdu de son charme et de son efficacité. Certes, ils sont de plus en plus nombreux à s’engouffrer dans ce créneau définitivement peu original mais une chose est sure, Teratoma est assurément parmi les meilleurs à le faire aujourd’hui. Ce n’est donc pas une surprise mais
Longing Voracity s’impose sans mal comme l’une des meilleures sorties de ce début d’année déjà particulièrement encourageant en matière de Death Metal. Un disque qui ne paie pas de mine avec son illustration indéchiffrable et toute foncée mais un disque qui ne devrait avoir aucun mal à convaincre le plus grand nombre.
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