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Carnal Dissection - Complete Discography
Chronique
Carnal Dissection Complete Discography (Compil.)
N’importe quel amateur éclairé le sait pertinemment, le Death Metal ne se limite pas à ses têtes de gondoles quelles qu’elles soient. En effet, même si ces dernières ont effectivement permis d’ouvrir la voie grâce à des albums fondateurs encore révérés aujourd’hui et surtout impossibles à égaler pour des raisons évidentes de primautés et d’impacts sur le genre, le fait est que la scène Death Metal regorge de seconds couteaux méritants qui pour tout un tas de raisons diverses et variées (arrivée tardive dans le circuit, problèmes récurrents d’effectifs, déclins du genre au profit d’autres styles plus « vendeurs » ou plus « frais ») n’ont jamais eu la renommée des plus grands noms du genre. Actif entre 1991 et 1993 seulement, Carnal Dissection fait évidemment partie de ces groupes dotés d’un talent certain qui auraient pu percer si le sort n’en avait pas décidé autrement…
Originaire de Buffalo dans l’état de New-York (à l’instar de Cannibal Corpse, Baphomet ou Banished), Carnal Dissection ne sortira officiellement que deux démonstrations cassettes avant de mettre fin à ses activités. Une carrière bien courte et bien maigre qui pourtant donnera lieux à trois compilations sorties entre 2008 et 2023. Pour ma part, je vais m’intéresser à la dernière éditée par le label canadien CDN Records (Aseptic, Baphomet, Cemetery Rot, Exhumed, Insatanity...) et intitulée à juste titre Complete Discography. Parue il y a maintenant un petit peu plus de trois ans, celle-ci réunit donc les deux démos officielles du groupe sorties en 1992 (Carnal Dissection et Gore) ainsi que les deux titres de Disemboweled (deux titres déjà présents sur la seconde démo des Américains), autre démonstration enregistrée en 1993 mais restée néanmoins inédite jusqu’en 2016.
Enregistrées au Border City Recording Studio situé à Niagara Falls, New-York (où sont également passés des groupes tels que Baphomet, Cannibal Corpse, Snapcase, Despair, Eternal Torment, Contempt...), les deux premières démos de Carnal Dissection bénéficient encore aujourd’hui d’un son très correct. Certes, celles-ci ne parviennent pas à cacher aujourd’hui leur grand âge (guitares qui croustillent, grosse caisse qui flotte, bande magnétique malmenée par les affres du temps donnant lieu parfois à des baisses de volume et des ruptures de stéréo) mais sans grande surprise cela confère à ces compositions un charme suranné qui ravira à n’en point douter les amateurs de vieilleries et autres archéologues de la scène Death Metal. Un poil plus dépouillée mais tout aussi croustillante, la production des deux titres de Disemboweled semble également tout droit sortie du Border City Recording Studio même si je ne suis pas en mesure de vous le confirmer.
Si nos Américains n’ont probablement pas eu la carrière ni la renommée qu’ils méritent, ces derniers nous ont néanmoins laissé trois démonstrations particulièrement savoureuses. Alors non, il n’y a rien de bien nouveau dans ce qui est proposé ici par Carnal Dissection mais pour tous les amateurs de Death Metal à la sauce new-yorkaise, cette compilation figure à mon humble avis parmi les indispensables à posséder. Du groove, encore du groove, toujours du groove mais aussi une pointe de brutalité, voilà ce qui vous attend à l’écoute de ces quarante-deux minutes. Une formule aujourd’hui éculée qui rappelle d’ailleurs ce que l’on a déjà pu entendre chez Baphomet et Banished (un parallèle qui n’a d’ailleurs rien de très surprenant puisque Stephen Rzepka (RIP), l’un des deux guitaristes présents sur cette première démo, était l’un des membres fondateurs de Baphomet) mais qui malgré tout demeure toujours aussi redoutable d’efficacité.
Entretenant à coups de titres pour le moins imagés une imagerie sanguinolente nourrie comme nombre de ses pairs à coups de films d’horreur et autres faits divers sordides ("Splattered Guts", "Dripping With A Stench Of Decay", "Choke On A Rotting Carcass", "Puss Drenched", "Bathe In Vomit", "The Art Of Butchery"...), Carnal Dissection va miser sur des riffs épais et chaloupés, une section rythmique naturellement taillée pour supporter ce groove ainsi qu’un growl plutôt compréhensible rappelant parfois celui de Brett Hoffmann de Malevolent Creation. Sincèrement, il n’y a absolument rien de sorcier dans ces riffs de trois / quatre accords longuement répétés ou dans ces ralentissements bien vicieux et typiquement new-yorkais qui ne font que mettre en exergue le groove dont font preuve les Américains mais c’est là tout le talent de Carnal Dissection, parvenir à tenir en haleine son auditoire en dépit de compositions relativement simples et quelque peu répétitives. Certes, un tel Death Metal ne fera écho que chez les plus enclins à jouer les Pierrafeu à coups de "ouh ouh ouh" et autres grattements d’aisselles l’air hagard mais franchement, quel plaisir, surtout avec une production aussi abrasive ! Qui plus est, même si ces trois démonstrations sont parues quasiment coup sur coup, on peut tout de même constater une certaine évolution avec à partir de Gore parue en septembre 1992 un regain de brutalité supplémentaire (sous forme de blasts) avec effectivement quelques passages désormais bien plus soutenus ("Dissected Flesh" à 0:05, "Bathe In Vomit" à 1:25, "Passive Butchery" à 1:19...) et pour les deux réinterprétations de 1993 ("Bathe In Vomit" et "Passive Butchery" rebaptisée pour l’occasion "The Art Of Butchery" (avec en sus un sample dispensé en guise d’introduction) un growl aboyé / grogné qui offre peut-être une pointe de brutalité supplémentaire à ces deux relectures mais qui cependant fonctionne tout de même moins bien que celui moins monotone et plus nuancé de Dennis John Glinski.
Groupe depuis longtemps oublié, ressuscité d’entre les morts pour un dernier baroud d’honneur (enfin au moins jusqu'à la prochaine compilation) grâce au concours de CDN Records, Carnal Dissection mérite largement votre attention si l’école new-yorkaise du début des années 90 résonne chez vous de manière positive. Débarqué tardivement et plombé par des soucis d’effectifs récurrents, le groupe américain aurait mérité probablement plus de reconnaissance mais ce genre de choses ne se décide pas. Aussi on se contentera de ces trois démonstrations ici compilées qui pendant plus de quarante minutes offriront à l’auditeur une belle leçon de Death Metal chaloupé pour babouins et autres primates mal léchés.
| | AxGxB 29 Avril 2026 - 171 lectures |
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