Il y a des disques sur lesquels il faut accepter de n’avoir aucun avis tranché après de nombreuses écoutes. Cela fait même partie du plaisir (une fois séduit bien sûr), celui d’être face à une œuvre dont on finit par abandonner le décorticage, la globalisation-réduction à un simple chiffre façon « moyen comme un six sur dix », « agréable comme un sept », « pénible comme un quatre » ou « excellent comme un neuf ». On se laisse alors porter et on se plonge dans une musique que l’on apprécie sans l’esprit critique qui toque à la porte, posé dans sa chambre à soi.
Ne vous en faites pas, je ne vais pas jouer l’esquive pour autant. Il y a une note accolée à cette chronique et elle peut aiguiller sur un ressenti général concernant
Tout ira mieux sans nous. Mais elle est ici encore moins éclairante que d’habitude, tant cet album a pu être une expérience particulière aussi bien qu’une musique de fond, une claque cuisante qu’un vécu déjà oublié. C’est le risque, quand on décide de casser les codes, de composer une musique libre, bruyante et noire, free comme le free jazz, noise comme le noise rock, black comme le black metal. Void Paradigm donne une suite au déchaînement de
Ultime pulsation | Demain brûle mais accentue un peu plus sa part alien, semblant improvisé et guidé par sa seule intuition, intelligence qui travaille en coulisse au milieu des nerfs et du sang.
Ce qui fait que je ne vois pas une autre image que celle d’une transe pour exprimer ce que je ressens au sujet de
Tout ira mieux sans nous malgré le cliché que l’on peut trouver à ce terme utilisé un peu trop souvent. Et pourtant, c’est bien ce qui définit au plus près ce qui se déroule ici, que ce soit en terme d’implication préalable – il faut y croire un peu pour que la magie opère, tant on peut trouver des défauts évidents à cette musique parfois trop bavarde, notamment dans une paire de voix qui ne laisse aucune occasion à l’ensemble de respirer –, de sacré – un sacré négatif, temple de l’annihilation appelée comme un rêve brûlant –, d’oubli de soi – cela facilité par des moments et des paroles qui éteignent tout jugement, poésie de l’anti et de l’hanté. Void Paradigm se fait transe-maître donc, partage de sa voix – qui reste malgré sa logorrhée LA voix de l’aigreur, ici à son plus véhément (ce qui n’est pas peu dire quand on connaît le talent de Jonathan Théry sur ce point) – son dogme de nous souhaiter éteint tout en rappelant, en creux, toute la beauté dont est capable l’humain, paradoxe d’un black metal qui évoque le vide absolu dans un déluge de créativité.
Une créativité qui veut tout avaler, fait hésiter sur l’étiquette à donner – est-ce encore du black metal que l’on écoute ? Gageons que oui, tant il y a de l’abrasivité, de l’amertume et de l’excès dans cet élan continu – et rend, donc, inconstant sur l’avis tranché que l’exercice critique demande. Formellement, il y a des passages qui ne sont pas aussi prenants que d’autres sur ce titre découpé en deux, sa première moitié s’avérant plus réussie que son centre et sa conclusion s’éternisant. Cela fait que je garde une préférence pour
Ultime pulsation | Demain brûle et sa progression vers des hauteurs qui continue de m’époustoufler cinq ans après. Pour autant,
Tout ira mieux sans nous peut se targuer d’être sur un tout autre plan que celui de la simple qualité, tant il demande à accepter la part de hasard nécessaire à l’alchimie où tout se rencontre en un point exact du temps et de l’espace, les qualités intrinsèques de l’œuvre (car elle en a, et pas qu’un peu) portées à un rang d’extase.
Au-delà des notions d’écriture, de production, de comparaison entre l’un et l’autre, il y a l’interprétation, celle des artistes et celle de l’auditeur.
Tout ira mieux sans nous a pour handicap ses outrances mais celles-ci lui permettent également de devenir un extra-terrestre – où seule l’analogie avec un
Aluk Todolo ayant décidé d’avoir un chanteur tient la route – comme on en rencontre peu, le jeu de chacun étant poussé dans ses retranchements. Celle ou celui qui écoute cet éclatement des codes au service d’un discours qui se veut aussi destructeur que libérateur pourra avoir la sensation d’aller hors de soi lors des phases les plus magiques de cette œuvre – on parle après tout de poésie et de toute la puissance dont elle peut être porteuse. Un album que j’écoute pour revivre certains états dans lesquels il a pu me mettre, dans l’espoir que demain brûle.
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