« Sludge is nihilism. Accept Death is sludge. » C’est par ces mots que le groupe est présenté sur le bandcamp de Behind The Mountain, responsable de la réédition de cet unique album de la bande de l’Ohio, paru initialement en 2006. Et on ne peut pas remettre en cause ce constat : un simple regard sur cette pochette tendance DSBM et horreur crue ou les titres des morceaux – pas franchement des exemples de finesse – suffit. Amateurs de bon goût, de la réflexion intellectuelle sur l’état du monde ou de la portée spirituelle de la musique, fuyez à toutes jambes ! Accept Death va rapidement vous poursuivre avec une tronçonneuse et une gueule cassée par des années de consanguinité, le sludge comme cri primal, aussi animal que béta.
C’est sûr, Accept Death est en colère. En colère contre la vie, contre les gens, contre à peu près tout. Voilà pour le ahem… fond de son discours, répété à l’envi avec des images et métaphores explicites tendance Rotten.com. Ce ne sera une surprise pour personne ; ce bas-fond de l’Ohio compte en ses rangs des membres de
Fistula : Corey Bing et Scott Stearns (ce dernier rejoindra puis quittera la fistule quelques années après cet album), venus ici taper le bout de gras – et bien plus encore – avec Matt J. Rositano du groupe death metal Hemdale. Une influence stylistique que l’on ressent dans ces accélérations qui pédalent dans l’infernal (« Bounty of Shit »), voire lors de leads touchant du doigt le doom / death le plus misérable (« Kill Everyone »). Des stridences qui seront les seules tentatives mélodiques de l’albums, volontairement mal jouées comme pour se moquer.
Car Accept Death est marqué avant tout par le sludge canonique, celui de
Grief et de
EyeHateGod avec un soupçon du crust de
Dystopia, notamment au niveau de la voix de Matt Rositano se déclinant en deux versions (un chant hargneux rappelant celui de Mike IX Williams en plus torturé et un chant guttural et bestial). Rien d’original donc, dans ce concentré de sludge haineux puisant son inspiration dans la scène du début et du milieu des années 90, se tenant loin de toute influence susceptible de rebuter les puristes. A la manière du Fistula de la même époque, le trio porte ses idoles sur lui. Mais il le fait avec une créativité et une maîtrise débridées, rejoignant en cela ce qui fait la préciosité d’une œuvre comme
Idiopathic dont cet album peut se voir comme le frère encore plus idiot et jouissif.
Ce dernier adjectif est bien le maître-mot ici, Accept Death ayant ce sens du riff qui embarque avec lui, donne envie de bouncer et de s’arracher la tronche dans le même temps (« Skinning the Face for Relief » : plus qu’une image, un mode d’emploi). Sans révolutionner le genre, Accept Death s'empare de sonorités familières et reconnaissables et leur donne leur plein pouvoir, faisant de lui un potentiel chant du cygne d’un genre qui, en 2005, était plus dilué et transformé que présenté dans sa forme brute. Il y a des instants qui éteignent tout jugement sur ces quarante-cinq minutes, des lignes à classer parmi les meilleures du sludge, celles de « Tolerance » (
Thou à son plus grunge et fan de Crowbar rêve d’écrire un riff comme celui-ci), « Normal » ou encore « I’m Sick » n’étant que des exemples pris dans un ensemble qui ne connaît aucune baisse, jusqu’à ces fameuses accélérations déjà citées patinant délicieusement dans la boue.
Cet unique album d’Accept Death a tout du classique connu des seuls amateurs d’un sludge ayant fait du mépris de tout ce qui est bon, agréable et réconfortant son sacerdoce (les samples de meurtres parsemant « A Slow Funeral for a Lifetime of Suffering » ou « Kill Everyone », à ne pas écouter les fenêtres ouvertes comme cela a pu m’arriver). On peut remercier Behind The Mountain d’avoir réédité ce disque – sans rien y changer car tout y était déjà proche de la perfection – tant la version originale de Retribute Records était difficile à posséder. À part la fin de « Punish the Retarded » qui me fait grincer des dents à chaque fois – seule blague cynique à mal passer chez moi –, je ne vois rien à reprocher à cette leçon bien apprise, appropriée et répétée jusqu’à la folie, un sourire carnassier aux lèvres. Aujourd’hui, Accept Death revient timidement aux affaires, le line-up originel moins Scott Stearns faisant quelques concerts avec d’autres vieux de la vieille de la scène sludge. Croisons les doigts pour que ces incapables se bougent et offrent une suite à ce qui est, pour le moment, un one-shot de pur plaisir.
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