Alkhemia - Häxen
Chronique
Alkhemia Häxen
Visiblement pressé d’en découdre de nouveau et remonté comme un coucou après les très bons retours de l’impeccable
« Abraxas » le combo nordiste est donc déjà de retour avec son second opus sous le bras, deux ans à peine après cet impeccable premier jet qui confirmait que les Hauts-de-France restaient une terre fertile en matière de Black Metal. Ayant vu l’arrivée dans ses rangs de l’expérimenté guitariste Thomas Fontaine (ex-VIRGIL) le quintet s’est aussi renforcé en matière de distribution en signant chez les Néerlandais de Non Serviam Records qui vont lui apporter une plus grande visibilité, ce qui est totalement mérité vu que les gars vont aller plus loin dans leur musique violente et occulte tout en gardant une maîtrise technique totale, qui reste sobre mais redoutable et c’est exactement ce qui leur convient le mieux. Car étant toujours aussi froide et nihiliste leur écriture ne cherche pas à révolutionner quoi que ce soit mais juste à frapper fort et précisément pour continuer à perpétuer une certaine vision intègre, où une dose de modernisme et de vision orthodoxe n’est pas exclue et présente de façon discrète mais efficace.
Reprenant donc ce qui avait fait la réussite de son précédent chapitre la formation va donc aussi hausser son niveau de par ses solos riches en harmonies diverses et avec plus de rigueur du côté du climat comme de la météo où la brume et la nuit succèdent à une lumière qui cherche à s’imposer. Tout cela est mis en valeur immédiatement avec l’impeccable « Zeitgeist » particulièrement glacial vu qu’il propose une furia de violence liée à un tabassage incessant et qui alterne avec quelques pointes de vitesse et des ralentissements bienvenus, tout cela au milieu d’une guitare qui se montre plaintive sur fond d’espérance après le deuil et où la variété est de mise. A la fois épique, triste, virulente et riche en émotions cette plage donne immédiatement le ton de ce que va être la suite à venir, et en premier lieu le radical « Excressence » où nulle trace de ralentissements n’est à l’ordre du jour, vu qu’ici ça privilégie la rapidité et un ressenti très débridé de l’ensemble. Car nous embarquant dans un blizzard permanent sans espoir de survie la bande se montre encore plus guerrière et vindicative, balançant ses variations et ses riffs affûtés à la face du monde avec haine et énergie sans vraiment lever le pied… tout le contraire de « Hissing Ratz » qui déboule juste après et va montrer une vision triste et mélancolique de la musique de ses auteurs, où ici les excès de vitesse sont plus rares. En effet va émerger d’ici une magnétique nostalgie portée par une rythmique majoritairement jouée au ralenti (mais qui n’en oublie pas de marteler et d’exploser par ponts réguliers) où le riffing va essayer de déchirer la couche de nuages pour laisser passer la luminosité, et ainsi amener une mélancolie où la tristesse n’est jamais loin après des rafales haineuses où ça tabasse dur.
Bien furibard mais aussi plus varié ce morceau complète donc le tableau des différents éléments proposés jusque-là, et le reste à venir va être du même acabit en gardant la même attractivité comme homogénéité… mais aussi sa relative variété afin de ne pas lasser et de garder l’auditeur attentif jusqu’à la dernière seconde. Il faut dire qu’avec des titres relativement longs il est en effet facile de le perdre en route, mais les Lillois évitent cet écueil grâce au vécu musical respectif de chacun des membres qui savent exactement où et quand placer telle cassure ou variation… ce que « Prekonition » va prouver lui aussi immédiatement. Renouant donc avec leur vision intense et débridée les mecs n’en oublient pas cependant de ralentir l’allure par bribes afin d’alourdir leur propos sans pour autant en faire une priorité, vu que ça dépote furieusement en mode tgv à l’instar du court « Stars And Frozen Faces » qui va en peu de temps dévoiler toute leur autre palette de jeu. Démarrant par un rendu humide et suffocant où l’on est pris d’un spleen digne de Charles Baudelaire, la suite va progressivement monter en puissance allant du médium remuant et entraînant à une fusée au décollage sans oublier d’ajouter de la profondeur avec un solo de grande qualité automnal et pluvieux. Car n’officiant pas uniquement dans un registre hivernal aux températures basses l’entité laisse à la saison des feuilles mortes et des jours qui raccourcissent l’occasion de se mettre en valeur de manière discrète mais présente, amenant donc de la diversité supplémentaire une fois de plus à l’instar de celle proposée sur l’excellent « Nonsense » où des arpèges doux et une grande sensibilité côtoient une ambiance guerrière dévastatrice qui ne laisse aucun survivant en chemin. Ça joue donc sur les deux tableaux mais ça passe toujours aussi facilement tant l’aisance générale qui découle de l’ensemble est impressionnante, vu que chacun sait exactement quoi faire et surtout les erreurs à éviter comme le surplus d’effets inutiles ou une technicité omniprésente… ce qui n’est jamais le cas ici. Car « Remnants » qui clôt les hostilités va être du même niveau en servant de condensé de toutes les choses proposées en amont, histoire de balancer une ultime salve de virilité au milieu de ce décorum obscur où les messes noires ne sont jamais très loin mais aussi paradoxalement où un recueillement apaisant et inattendu fait son œuvre.
De fait malgré ses quarante-trois minutes qui peuvent faire peur de prime abord on n’aura rien à reprocher à ce long-format très classique mais particulièrement abouti où l’on ne s’ennuie jamais, et qui malgré un côté hermétique et un peu interchangeable à la longue s’écoute facilement sans demander une attention soutenue. Cependant si on fait attention on remarquera quelques ambiances diverses et notes cachées, ce qui fait qu’il faudra finalement un nombre d’écoutes important pour bien saisir tout le détail de l’ensemble… confirmant donc que cet enregistrement a énormément à offrir si on s’en donne les moyens. Prouvant donc qu’il faut désormais compter sur lui au sein de la scène hexagonale ALKHEMIA transforme aisément l’essai et passe clairement un cap sans tambour ni trompette, mais on n’en doutait point car avec un line-up pareil c’était une évidence et là encore on n’est pas déçus… bref un quasi sans faute fort appréciable.
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