Une porte, plusieurs clés. C’est ce qu’il m’a fallu pour pénétrer dans l’univers d‘Imperial Triumphant, y trouver autre chose qu’un casse-tête musical inintéressant une fois compris. Un premier déclic s’est fait durant
Goldstar, son accessibilité (relative) laissant se développer un death metal avant-gardiste aux qualités allant au-delà de la complexité pour elle-même. Mais c’est le second qui aura été déterminant pour faire dépasser au projet le statut de curiosité ayant gagné en ampleur en réduisant ses ambitions.
La dernière résistance de la serrure n'est pas tombée en accumulant les écoutes jusqu’à l’assujettissement mais à la lecture de certaines critiques développant sur le courant art déco et ce qu’il symbolise chez Imperial Triumphant, notamment celles soulignant cette métaphore d’un capitalisme débridé, l’architecture hautaine et opulente devenant son totem. Une esthétique que
Vile Luxury entame pleinement chez le trio. Oui, ils ne sont que trois à faire ce capharnaüm mais souvent accompagnés d‘invités de luxe, comme Will Smith d’Artificial Brain (aux hurlements gutturaux à la limite du goregrind sur « Gotham Luxe » ) ou l’habituée des lieux Yoshiko Ohara de Bloody Panda (les cris de douleurs de « Gotham Luxe », « The Filth » et « Luxury in Death » ). À ces deux noms s’ajoute une pléthore d’autres guests que je vous invite à consulter sur Metal Archives ou ici-même. Une foule qui ne prend jamais le pas sur la vision du noyau dur du projet, pleinement au clair avec ce qu’elle cherche à partager, une vision dégoûtée par le luxe en commençant par en montrer les coulisses. Indéniablement marqué par Gorguts, Portal dans les moments les plus bruitistes (la fin de « Gotham Luxe ») et Deathspell Omega (auquel on ne peut que penser au départ de « Cosmopolis »), la bande se sert de ses influences pour déclamer un discours qui dépasse le simple goût pour un black / death dissonant. Il devient le vecteur d’une réalité crue et nihiliste, où le creuset des inégalités se révèle en fosse commune (« Chernobyl Blues », décidément bien-nommée).
C’est cela qui m’intéresse davantage chez Imperial Triumphant qu’une question de maîtrise – qu’il n’a pas tout à fait ici autant que par la suite, la cacophonie débordant trop souvent de toute part –, d’impact – même si je reste humain et qu’une entame aussi sauvage que celle de « The Filth » ne peut que faire fondre mon cœur d’amateur de vomi death metal – ou d’originalité formelle – finalement pas si neuve que ça –, cette capacité à transmettre une atmosphère d‘une ville aux pulsations nerveuses et écrasantes, décadente dans sa richesse et abjecte dans ce qu’elle créé de déchets humains en haut comme en bas. Une image que les Ricains trouvent révoltante dans sa démonstration de richesse de mauvais goût, sa quête insensée de toujours plus, plus d'argent, plus de possessions, plus de statut, plus de gloire. Pas simplement un pastiche intellectuel, mais bien un haut-le-cœur similaire à la nausée sartrienne devant les buildings.
Il serait facile de s’arrêter à une atmosphère de négativité qui réduit son analyse à un « Tous pourris » banal.
Vile Luxury, lui, ne cache pas son mépris, mêlant l’outrance d’un metal extrême qui ne maquille pas ses horreurs – « The Filth » ; « Lower Worlds » – au raffinement d‘un jazz qui finit par claudiquer et s’écrouler dans sa propre fange. « Cosmopolis » devient alors plus qu’un morceau mais bien une grille de lecture, le lien se faisant avec le film de Cronenberg du même nom où Robert Pattinson, confortablement installé dans une limousine luxueuse, contemple la fin de la civilisation dans les rues. Imperial Triumphant ne suggère pas d’autres hallucinations, avec persuasion malgré les maladresses.
Car il y en a bien ici, à commencer par une production qui, bien que poursuivant une collaboration fructueuse avec Colin Marston (quasiment le quatrième membre de la formation), sera retravaillée plus tard comme un aveu de son imperfection – la version remasterisée nommée « Redux 1924 » (en réalité de… 2024) est conseillée, tant elle donne plus de clarté et de puissance à l’ensemble. L’écoute reste difficile, ce qui est consubstantiel à ce que veut transmettre Imperial Triumphant mais aussi en raison d’une écriture à ciseler. Ce que la formation fera plus tard, permettant à
Vile Luxury d’être le seul à laisser un goût particulièrement âcre en bouche après son écoute. Vil, à n’en point douter.
Artwork de la version « Redux 1924 »
Par Jean-Clint
Par Niktareum
Par Sosthène
Par Niktareum
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Par Jean-Clint
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