Apolaustic - No Plenitude Without Suffering
Chronique
Apolaustic No Plenitude Without Suffering
Voix historique de STORTREGN Romain Negro a pourtant décidé de quitter la formation où il évoluait depuis ses débuts en 2006, afin de se lancer dans un nouveau projet bien éloigné de ce que proposent désormais les Genevois depuis quelques années. Si les causes de son départ restent obscures on peut légitimement penser que le chanteur a voulu revenir vers ce que pratiquait son combo d’origine durant ses deux premiers opus, chose qui n’est absolument plus le cas à l’heure actuelle. Décidé donc à retrouver le son suédois proposé principalement par NAGLFAR, DISSECTION, SACRAMENTUM ou encore UNANIMATED le Suisse s’est lancé dans ce projet solo où personne n’aura à lui dicter sa conduite, et s’entourant pour l’occasion de son compatriote Merlin Bogado (DYSSEBEIA, MURGE) pour les instruments à cordes ainsi que du mercenaire expérimenté Nicolas "Ranko" Müller (AKIAVEL, ex-HYRGAL, ex-SVART CROWN, ex-OTARGOS…) derrière la batterie, et dont le talent n’est plus à démontrer. Officiant donc dans un Black/Death mélodique bloqué dans les années 90 le vocaliste livre une vision authentique et sincère du genre où aucune surprise n’est à prévoir, et ça n’est de toute façon pas ce qu’on recherche vu qu’ici l’aspect nostalgique fonctionne à plein.
Autant dire que même si la technique est là il ne faut pas s’attendre à quelque chose d’outrancier et dégoulinant de notes, vu qu’ici l’accroche générale et la fluidité ne sont pas des sentiments vains car on n’est jamais dans l’excédent technique ni dans la durée à rallonge, car les morceaux ont la bonne idée de ne jamais trop s’éterniser. Aucune longueur n’est effectivement à l’ordre du jour durant ces sept titres qui malgré une construction assez semblable et un côté interchangeable vont s’écouter facilement et avec un vrai plaisir, comme l’impeccable et varié « Devouring The Past » va le prouver d’entrée. Proposant une météo particulièrement glaciale et neigeuse cette plage va nous embarquer immédiatement dans un univers blanc comme la neige immaculée et noir encre où les ténèbres et les longues nuits polaires sont présentes, vu que ça va alterner en continu entre des arpèges doux et coupants avec des souffles de blasts et de rythmiques débridées. Tout cela sans oublier de ralentir pour alourdir son propos et amener ainsi une ambiance propice au recueillement comme à la mélancolie, aidée notamment en cela par un solo tout en souplesse. Misant donc autant sur l’apaisement que le deuil et le souvenir ce démarrage ne souffre d’aucun défauts, même si certains pourront pinailler sur le fait que ça a été déjà joué énormément de fois dans un passé lointain comme proche (THULCANDRA en tête). Cependant tout cela n’est que de l’ordre du détail et après ce début équilibré et varié c’est une vision plus directe qui est ici à l’honneur sur l’excellente doublette « Fragments From A Misty Journey » / « Testimony Of An Obsolescent World », qui va miser sur les deux extrémités rythmiques possibles… entre vitesse exacerbée et bridage massif, mais où néanmoins une vraie profondeur ressort de chacune de ces compositions. Car si la première se fait apôtre du grand écart avec une légère touche éthérée disséminée ici et là, la seconde va viser un rendu plus cosmique… notamment par son introduction aux accords délicats (qui ne sont pas sans rappeler le début de « Welcome Home (Sanitarium) » de METALLICA) émergeant avant une grande violence qui va suivre et ne pas lâcher son étreinte, et ce quel que soit l’énergie employée.
Si ce schéma frontal correspond là aussi très bien au rendu voulu par la bande (qui défile toujours aussi facilement) celle-ci ne va pas hésiter cependant à aller plus loin techniquement… comme du côté de l’écriture qui va se faire plus ambitieuse, mais sans pour autant être surfaite et pompeuse. Car « Shining Amidst The Lights » va voir émerger quelques légers accents d’obédience Prog’ tout en laissant plus de place à la lenteur pour faire son office, prenant donc l’auditoire à revers dans un océan d’obscurité où le vent continu ne cesse de souffler. Celui-ci est finalement seulement interrompu par quelques brutales accélérations et discrets relents épiques, idéals donc pour amener une vraie variété générale mais aussi plus de densité vu que l’intégralité des tempos est passée en revue avec un niveau d’exécution plus élevé. Cependant ça reste toujours facilement mémorisable car c’est loin d’être alambiqué, et de fait on a en continu ce point de repère facilement identifiable qui permet donc de ne pas se perdre en cours de route… et après le court interlude aux accents médiévaux et à la mélancolie affirmée (« Smells Like Dead Autumn Fire ») place à l’alambiqué et mystérieux « Black Flame Reviver » qui durant sept minutes de haute volée va nous emmener vers des contrées lointaines. Car dès son introduction rampante (où la guitare montre une vision éthérée encore plus marquée) on est pris dans les sables du désert, à cheval entre le mysticisme d’un « Kashmir » de LED ZEPPELIN et un Peter O’Toole magnétique en Lawrence d’Arabie. Pourtant il ne faut pas se fier uniquement à cela puisqu’ensuite le groupe débride son propos en misant sur le matraquage en règle, alterné avec des plans parfaits pour headbanguer qui offrent donc un rendu puissant et profond riche autant en harmonies qu’en brutalité. Et comme pour continuer dans cette voie « De Feu Et De Cendre » va lorgner quelques instants du côté du Heavy traditionnel, calé entre l’écriture la plus directe et hivernale afin de surprendre une fois de plus et d’épaissir donc son propos… car ce disque méritait de se terminer dignement. Cela arrive avec l’imposant « Peregrination Towards Childhood Memories » où une véritable déferlante haineuse bas de plafond sort ici des enfers, histoire de mettre en valeur l’écriture la plus sobre et énergique qui nous embarque ici dans des montagnes russes jouissives au possible, prouvant ainsi que quel que soit l’intensité proposée la qualité reste en permanence au rendez-vous.
Car gardant sa cohésion sans jamais faiblir en chemin cette première sortie officielle de ce nouveau nom à suivre est une réussite intégrale qui a de quoi occuper un bon moment les esprits, et ce même s’il manque sans doute un véritable hymne qui se démarque du l’ensemble ultra homogène proposé ici ces quarante minutes de bon et gros son se révèlent pleines de promesses pour l’avenir. Si on espère un soupçon de folie pour la prochaine livraison (et oublier un peu le sentiment général trop standardisé) on ne fera pas la fine bouche devant ce résultat à la hauteur des espérances, montrant donc que l’Helvète a su immédiatement rebondir et retrouver une musique qui lui manquait depuis un bon moment. En tout cas s’il continue d’aussi bien s’entourer dans le futur nul doute qu’APOLAUSTIC va devenir durablement un nom qui compte au sein de la confédération helvétique, qui actuellement voit débouler tout plein de jeunes loups aux dents longues particulièrement sympathiques comme originaux (VERSATILE, VOMITHEIST, AARA, VÍGLJÓS…), prêts à faire oublier les errements des vieux vétérans locaux qui ont du mal à se renouveler. Preuve donc du dynamisme local, surtout que ce premier long-format se mêle déjà aisément à cette saine concurrence, d’autant plus que son auteur en a visiblement encore gardé sous le coude et que le futur risque de faire encore plus mal… c’est tout ce que l’on souhaite.
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