Take It In Blood - Exit From Life
Chronique
Take It In Blood Exit From Life
"Every time a French band releases something, there's always someone saying « This reminds me of Kickback » just because the band is French even if it sounds like Dire Straits."
Extraits d’une récente interview accordée par Take It In Blood à l’excellent webzine américain No Echo, ces quelques mots n’ont évidemment pas manqué de me faire sourire puisque quiconque fréquente la scène Hardcore parisienne sait en effet qu’il n’est pas rare lorsqu’un groupe américain vient fouler les planches de la capitale de le voir manifester divers clins d’oeil à l’égard de Kickback (le port d’un t-shirt par un musicien, un riffs tiré de Forever War balancé à la volée le temps des balances ou afin de tuer le temps entre deux morceaux ou ne serait-ce qu’une simple mention au micro par le chanteur...). Certes, il y a bien quelques relents de Kickback chez Take It In Blood, notamment dans cette approche ultra négative qui transparait ici à la lecture des paroles de Tonio ainsi que dans la plupart des riffs qui ne donnent absolument pas envie de sourire ou de croquer la vie à pleines dents, mais réduire les Parisiens à un clone de Kickback ne fait en effet absolument aucun sens…
Passé précédemment par les cases "démo" et "EP", le groupe signe cette année son grand retour avec la sortie d’un premier album évidemment très attendu par toute la scène parisienne et plus globalement par ceux qui les suivent de près depuis maintenant quelques années. Intitulé Exit From Life et paru chez Burning Water (No Relief, False Reality, Turn Of Phrase...), Hellride Records (Bodybag, Beyond Human...) et enfin Born Dead Collective (Moldy, Corruption Pact, Soul Hater...), celui-ci compte dix nouveaux morceaux et quelques petites surprises particulièrement réjouissantes. Côté production, nos Parisiens sont restés fidèles à Maxime Smadja et au Château Vergogne alors que l’illustration (du moins pour ce qui est de ces bordures) a été confiée pour l’occasion au tatoueur et artiste anglais Simon Erl (Wrong Man, Ride For Revenge, Funeral Leech...) avec en son centre un cliché très probablement pris au cimetière du Père Lachaise.
Certainement pas là pour bousculer les codes, franchir les lignes et secouer l’ordre établi, Take It In Blood reprend avec Exit From Life le chemin de ce Hardcore urbain et négatif grâce auquel celui-ci s’est bâti depuis 2022 une solide réputation. Une formule qui prend racine du côté de la scène new-yorkaise du début des années 90, notamment chez Neglect, Confusion NYC (dont le titre de l’album est d’ailleurs tiré) et Darkside NYC. Cependant, si sur le fond ce premier album ne réserve aucune grosse nouveauté, on va rapidement pouvoir constater que sur la forme les Parisiens ont tout de même pris du galon et franchi ici un pallier supplémentaire. Je ne m’avancerai pas à affirmer que cette progression pour le moins flagrante n’est imputable qu’à l’arrivée au sein de la formation d’un second guitariste (Max de Worst Doubt, Moldy et ex-Lodges) mais une chose est sûre, les compositions sonnent dorénavant de manière sensiblement plus abouties, plus efficaces et également plus mémorables. Portés par une production d’ailleurs un petit peu plus musclée et virile qu’auparavant que je trouve un poil plus équilibrée, ce qui semble distinguer en premier lieu Exit From Life des deux sorties précédentes est un degré d’intensité un poil plus élevé. Non, Take It In Blood n’a pas viré Youth Crew mais les passages rapides, déjà présents auparavant, sont ici plus nombreux, plus étirés et surtout plus intenses. De ces séquences Punk / Hardcore sur fond de toupa-toupa irrésistibles ("Don’t Care", "Alone With Your Sins") à ces quelques séquences plus courtes mais bien plus radicales que les Parisiens vont mener le couteau entre les dents ("Toe Tag" à 0:17 et 2:24, la seconde partie (ou plutôt la partie cachée / bonus) carrément Black Metal Skindheads (coucou Blasphemy) de "Wilted Flowers"), il ne fait aucun doute que Take It In Blood a en effet cherché à corser le ton à plusieurs reprises tout au long de cette petite demi-heure. On notera également la montée en gamme des solos proposés tout au long de l’album. Assez peu client jusque-là de ce genre d’exercice, Take It In Blood en livre ici quelques-uns particulièrement bien troussés qui, avec également ces quelques intrus Rap dispensées ici et là, contribuent naturellement à étoffer ces atmosphères urbaines à la fois sombres et pesantes qui caractérisent le Hardcore des Parisiens ("Don’t Care" à 2:30, "Dirge" à 0:58 (chouette interlude mélodique), "Natural Born Killaz" à 0:13, "Wilted Flowers" à 1:22...).
Bien entendu, à ces passages dynamiques et soutenus, viennent s’opposer quelques moments plus lourds et écrasants marqués par cette noirceur et cette négativité propres à la musique des Parisiens ("Toe Tag" à 0:36, "Alone With Your Sins" à compter de 2:09, les premières secondes de "Natural Born Killaz"...) mais aussi et surtout beaucoup d’instants beaucoup plus chaloupés. Un groove toujours aussi irrésistible qui à l’exception de "Dirge" (pour des raisons évidentes) accompagne chaque titre de ce premier album et rend une fois de plus l’écoute de l’ensemble particulièrement mouvementé. Enfin, pour ce qui est de ces « petites surprises » évoquées plus haut, celles-ci prennent la forme de featuring de choix à commencer par la présence de monsieur J.R. Glass, chanteur des excellents Next Step Up, sur le titre "Drowned In Deceit". Un chouette clin d’oeil au célèbre groupe de Baltimore de la part d’un Take It In Blood qui depuis ses débuts reprend régulièrement sur scène le titre "Fall From Grace". Sur "Natural Born Killaz" ce sont tous les copains de Worst Doubt, Headbussa et Cold Decay qui se font bruyamment entendre pour un résultat particulièrement viril et fraternel. Enfin, cerise sur la gâteau, on trouve cette collaboration que je n’avais pas vu venir entre Take It In Blood et Profanation sur la seconde partie de "Wilted Flowers". Le résultat se veut particulièrement intense et fait, comme je l’ai écrit un petit peu plus haut, grandement écho à la scène de Ross Bay (Blasphemy en particulier). Un final à la fois tendu et groovy qui fait évidemment grandement plaisir à entendre.
Si de son propre aveu, le groupe parisien ne réinvente rien, force est néanmoins de reconnaître que ce premier album est tout ce que l’on pouvait attendre de leur part et même davantage. Du nerf, du rythme, du groove, des ambiances plombées et des paroles toujours aussi peu réjouissantes, Take It In Blood continue son petit bonhomme de chemin en prenant soin cependant d’élever sensiblement son niveau de jeu. En effet, si les titres présents sur ce premier album s’inscrivent dans la continuité des précédents travaux de la formation, ils n’en restent pas moins supérieurs et cela à tous les niveaux. Coiffant au poteau Cold Decay et Headbussa dont on attend désormais les premiers albums avec encore plus d’impatience, Take It In Blood prouve avec Exit From Life l’excellente santé d’une scène Hardcore parisienne où chacun possède clairement sa petite touche personnelle. Bien ouej messieurs !
| | AxGxB 20 Juillet 2026 - 475 lectures |
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