Coffret de bijoux - Lose Myself in You
Chronique
Coffret de bijoux Lose Myself in You
Si vous n’avez pas envie d’écouter cet album, je peux le comprendre, mais je vous plains. Je vous plains parce que cela signifie que vous allez passer à côté d’un véritable banger pour de mauvaises raisons. Lesquelles ? Oh, la liste est longue… « Le nom du groupe, c’est une blague ? COFFRET DE BIJOUX, c’est ridicule, gnahahahahaha. », « Cette pochette… l’aquarelle et le collage… ça ne peut pas être pour moi. Ce n’est sûrement même pas du metal, mais une sorte de japanese dream pop féérique kawaii tendance Shibuya-kei », « Le titre est bien pourri ! Lose Myself in You… Je n’écoute pas du black metal pour retrouver des thématiques amoureuses à la con et une chouineuse au cœur brisé. », ou encore : « Un one-man band ? Pire, un one-woman band ! Qu’est-ce qu’une Canadienne de 22 ans peut bien apporter à la scène ? »
Ces arguments sont loin d’être tous pertinents, mais ils existent. Et comme je le disais, ils sont à balayer d’un revers de main, car la musique est excellente et ne cesse de se bonifier depuis les débuts du projet en 2024. COFFRET DE BIJOUX, l’œuvre d’Alice Simard, basée à Québec, propose en réalité un raw blackgaze imprégné d’ambiances atmosphériques. C’est clairement la composante dominante de sa musique, même si quelques touches d’emo et d’ambient viennent régulièrement enrichir l’ensemble. Quoi qu’il en soit, les compositions se montrent d’une intensité et d’une charge émotionnelle remarquables, atteignant ici un niveau proche de l’excellence.
L’album ne contient que deux morceaux, mais quels morceaux ! « Lose Myself in You » s’étire sur quinze minutes tandis que « Under Fog » en totalise seize. Une demi-heure exemplaire, solidement construite, qui évolue constamment sans jamais perdre son fil conducteur. Il y a dans cette musique une approche et une aura qui peuvent évoquer DEAFHEAVEN, d’autant qu’Alice privilégie la plupart du temps des vocaux extrêmement graves. Sans vouloir paraître sexiste, j’ai encore du mal à croire qu’il s’agisse de sa propre voix tant les growls sont rugueux et profonds. Lorsqu’elle introduit ensuite son chant clair, résolument féminin, le contraste fonctionne à merveille et apporte une respiration bienvenue. Le même constat s’applique aux quelques interventions électroniques disséminées avec parcimonie. Tout cela est à la fois intelligent et efficace, ambitieux et sincère.
Mais ce n’est pas tout. COFFRET DE BIJOUX appartient également à cette nouvelle génération d’artistes qui revendiquent leur indépendance, à l’image de THRÄ ou EHTËK, multiplient les sorties, puisqu’il s’agit déjà de son onzième album en seulement trois ans d’activité, et considèrent qu’une version numérique ne mérite pas d’être vendue à prix fort. Résultat : l’album est proposé pour un dollar symbolique sur Bandcamp. À ce tarif-là, difficile de ne pas faire un petit effort de soutien.
Un dernier mot sur le visuel, qui pouvait effectivement laisser penser à quelque chose de très « Japon kawaii ». Il est l’œuvre de la Japonaise Aika Inagaki, illustratrice indépendante spécialisée dans les images oniriques, douces et mélancoliques, souvent centrées sur la mémoire, la nostalgie et les souvenirs flous. Une esthétique qui correspond finalement assez bien à la sensibilité qui traverse cet album de bout en bout.
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