Final Resting Place - Third World Tribunal
Chronique
Final Resting Place Third World Tribunal
Si comme moi vous goûtez à ce mélange de Death Metal et de Hardcore servi à la sauce new-yorkaise des années 90 et 2000 alors vous n’avez probablement pas pu passer à côté des Américains de Final Resting Place. Notamment parce que j’en ai déjà parlé ici à l’occasion de deux EPs particulièrement engageants sur lesquels vous n’avez évidemment pas fait l’impasse. Ensuite parce qu’ils sont avec Fatal Realm, Fragmentation ou Impermanent probablement l’un des meilleurs représentants aujourd’hui en activité dans le genre.
D’une régularité sans faille (une sortie chaque année depuis 2024), le groupe qui compte en son sein des membres de Simulakra, Crush Your Soul, Discontent, Sanction, Detriment, Scarab et Devil Master a dévoilé il y a maintenant une bonne dizaine de jours son tout premier album. Un disque intitulé Third World Tribunal paru sur Mass Casualty Recordings, petit label fondé par Dom Pabon, chanteur de Simulakra et de Final Resting Place, sur lequel sont également passés des groupes tels qu’Anatomize, Asphyxiated, Emaciate et Fragmentation.
Fidèles à leur amour pour les illustrations de conception plus ou moins douteuse, les petits gars de Final Resting Place récidivent pour l’occasion avec un artwork tellement pas ouf qu’il en devient étrangement sympathique. Une esthétique complètement éclatée qui rappelle les nombreux travers de ces oeuvres réalisées à la fin des années 90 et au début des années 2000 (pour un peu, on dirait un screenshot du premier Mortal Kombat) lorsque n’importe quel clampin avec un ordinateur un tant soit peu performant et surtout un bon logiciel trouvé dans les méandres de l’Internet pouvait s’improviser illustrateur (le talent en moins, vous l’aurez compris). Bref, on ne vient pas chez Final Resting Place pour ses illustrations et ce premier album en est une fois encore la preuve.
Si tous ces visuels sont donc profondément marqués par une époque que les plus jeunes d’entre vous n’ont probablement pas connue, il en va de même pour l’identité sonore de ce premier album qui répond là encore à des gimmicks vieux de quelques décennies. Production épaisse et exagérément compressée au point qu’elle posera probablement problème à quelques auditeurs dont je suis d’ailleurs pas loin de faire partie (et c'est d'ailleurs bien dommage car les Américains n'avaient pas besoin de forcer ainsi le trait pour donner à nous autres auditeurs l'illusion de plonger dans une époque aujourd'hui révolue...), guitares accordées dans les chaussettes, basse manquant volontairement de précision, caisse claire qui sonne comme une imitation d’une quelconque casserole Téfal... N’en jetez plus, la coupe est pleine. Un voyage dans le temps quasi-instantané ("The Trilobite Exhumation" en tant qu’introduction n’est pas aussi parlant que les huit titres qui suivent) qui rappellera quelques souvenirs à ceux ayant connu cette époque que l’on a pu regarder quelques années plus tard avec un peu de gêne mais que la plus jeune génération semble vouloir aujourd’hui embrasser sans complexe (phénomène également constaté dans la scène Nu Metal puisqu’on assiste là aussi à une certaine résurgence d’un genre pourtant copieusement moqué). Bref, comme on dit, c’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes...
Fait d’un mélange de sonorités mécaniques, futuristes et synthétiques, "The Trilobite Exhumation" insuffle durant cette minute bien tapée une atmosphère étrange qui colle plutôt bien avec cette illustration qui orne ce premier album mais qui pour autant ne caractérise pas vraiment ce qui se dégage des huit morceaux qui lui succèdent.
Mais peu importe ce paradoxe car ni vous ni moi ne sommes là pour ce genre d’ambiances. Ce que l’on va surtout chercher avec ce genre de groupes ce sont plutôt ces breaks lourdingues qui viennent plomber l’atmosphère ("Execution Mandate" à 0:32, "Disgust With Reality" à 1:55, "Third World Tribunal" à 1:04, "Reconstructing Avalon" aux alentours de 1:10...), ces salves de blasts mitraillettes menés par cette caisse claire aussi réjouissante qu’infernale ("Execution Mandate" à 0:44, l’entame en fanfare de "Disgust With Reality" puis plus loin à compter de 0:59, "Third World Tribunal" à 0:41, les premiers instants de "Reconstructing Avalon" puis de nouveau à compter de 1:55, "Terminal Lucidity" à 0:34...), ce groove de babouin à rendre complètement teubé les plus intelligents d’entre nous (les premiers riffs chaloupés de "Reconstructing Avalon" à 0:14, "Tripwire Amputee" à 1:18, l’essentiel d’"Ancient Carnage", "Terminal Lucidity" à 0:17 et 0:57 et plein d’autres moments dispensés tout au long de l’album...), la brutalité et la puissance du Death Metal couplées à l’efficacité et l’immédiateté du Hardcore. Une formule simple que les Américains maîtrisaient déjà auparavant et qui sur ce Third World Tribunal continue de faire son petit effet. Bien entendu, tout cela n’est d’aucune originalité mais comme toujours avec Final Resting Place, les titres sont suffisamment bien ficelés pour que l’efficacité brute qui s’en dégage à chaque écoute suffise à compenser ce qui n’est qu’après tout qu’un léger petit détail sans importance.
Vous l’aurez compris, Third World Tribunal marche d’un pas assuré dans les traces encore fraiches des deux EPs précédents qui avaient placé Final Resting Place sur les radars de tous les amateurs de Death Metal largement imbibé d’influences Hardcore. Seulement si ce premier album s’avère lui aussi d’une très grande efficacité, il est tout de même quelque peu handicapé par une production que le groupe a certes imaginé comme un clin d’oeil à ces disques de la fin des années 90 et du début des années 2000 mais qui, je trouve, ne sert malheureusement pas toujours son propos. La faute notamment à des instruments beaucoup trop compressés et à des fréquences basses brouillonnes qui auraient mérité d’être affinées. L’album n’en reste pas moins plaisant et comme je l’ai déjà dit hyper efficace dans son genre mais je suis convaincu que les Américains auraient tout à fait pu rendre hommage à cette scène d’antan avec une production un poil plus juste et équilibrée. Rien de rédhibitoire mais forcément cela se reflète un peu sur la note finale...
| | AxGxB 24 Juillet 2026 - 366 lectures |
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