Évidemment que j’allais parler de Dionysiaque ici. Il ne pouvait en être autrement, tant le groupe a tout pour me plaire : un style qui se sert du doom metal traditionnel de façon personnelle ; une éthique aussi importante que la musique – et politique, ce qu’on ne pourra qu’aborder plus en détail plus bas – ; une somme de références que j’ai en commun avec la bande, que ce soit au niveau esthétique – les dessins de l’artiste Ambre à l’intérieur du livret, co-auteur de l’excellente BD
La Passion des Anabaptistes entre autres –, intellectuel et musical.
Un dernier point qui aura pourtant mis du temps à totalement me convaincre, raison pour laquelle une chronique au sujet des Strasbourgeois arrive si tard. En effet, malgré des influences intéressantes et pas si communes pour certaines –
Cathedral et Paul Chain partagent la filiation avec
Cauchemar et
Head of the Demon –, le doom metal de Dionysiaque m’a semblé sur ses premiers enregistrements un peu trop timoré, doté d’un caractère particulier cherchant encore quoi servir de plus précis que le doom, sa messe et son vin.
La Tourbe des rêves, lui, montre qu’il a clairement choisi un camp : celui de la liberté, qu’il appelle de ses vœux aussi bien dans ses paroles que ses compositions.
Rarement aura-t-on écouté doom si libre, fièrement metal mais mettant sous sa coupe toute sa diversité, de ses saillies thrash à ses transes black en passant par ses épopées heavy. Un syncrétisme qui refait l’histoire du genre à lui seul, exégèse ne s’embêtant pas d’une chronologie rigoureuse – s’autorisant même quelques sorties de routes par ses emprunts au rock psychédélique et progressif – et troquant un amour des dates pour une énergie de chaque instant. Une fraîcheur qui peut faire penser à une version des dernières lubies de Darkthrone qui aurait trouvé la fontaine de jouvence, tant tout sonne non pas comme un rappel au passé – ce qui, étant donné la teneur en proto de la chose n’est pas un mince exploit – mais un présent qui se vit ici et maintenant. Sans doute la production, particulièrement belle au naturel, y est pour beaucoup ; cela ne doit pas faire passer sous silence ce goût pour les embardées qui parcourt l’ensemble, lui donnant des allures de narration rapportée au cœur de l’action. Tel chant transmet pareil panorama, Nathaniel déclamant comme au cœur de la mêlée ses histoires prises dans la grande.
Et il y en a de l’Histoire sur
La Tourbe des rêves, en particulier celle des oubliés et des dominés. « La Vierge Noire » est un hommage à Germaine Breton, militante anarchiste ayant abattu un membre de l’Action Française. « Aaron », probablement le meilleur morceau de l’album, traite de l’auto-immolation d’Aaron Bushnell pour protester du soutien des États-Unis à Israël dans la guerre contre Gaza. Il y a également ce morceau conclusif traitant de l’épisode de La Commune de Paris, point final contestant le roman national. Dionysiaque se fait le porte-voix de nombreux combats qu’il sera difficile de séparer de sa musique, que ce soit en raison de ce chant français sur « La Vierge Noire » et « La Commune Ou La Mort » ou bien les émotions transmises, allant d’un recueillement envers les tombés à des envies vengeresses et batailleuses. Un antifascisme assumé (« Hate Fruit » est clair sur ce point), qui dessine aussi bien les ombres du monde que les quelques lumières de ceux y croyant encore.
Car
La Tourbe des rêves croit, fait peut-être référence à des songes décomposés avec son titre mais s’en sert comme combustible pour brûler avec intensité. Une ferveur plus marquante que précédemment, les titres possédant chacun leur moment là où le groupe pouvait souffrir d’une inconstance sur
Diogonos et ses précédentes démos. Désormais, les hauts faits s’enchaînent même si l’on peut noter quelques titres en deçà (« Accabadora » par exemple) ainsi que quelques gimmicks de différents styles de metal (« La Commune Ou La Mort », malgré la gravité de son thème rarement abordé, sonne moins créative que le reste… jusqu’à son ébouriffant dernier tiers). Difficile d’être tout le temps pertinent quand on vise tel metal total, le doom comme parent unique d’une multitude aussi varié. Dionysiaque y parvient la majeure partie du temps, suffisamment pour qu’on puisse dire de lui qu’il est maintenant devenu un groupe majeur. Au plaisir de voir ce que cela donne sur les planches !
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