Sanctuarium - Into The Mephitic Abyss
Chronique
Sanctuarium Into The Mephitic Abyss
Groupe espagnol fondé à Barcelone en 2021, Sanctuarium fut d’abord un one-man band né de l’imagination d’un certain Marc Rodriguez. Si ce nom ne vous dit peut-être pas grand chose, ce dernier n’en est pas moins particulièrement actif puisqu’en plus d’avoir officié durant quelques années chez les excellents Trollcave, on le retrouve également dans tout un tas d’autres formations telles qu’Aurealhearth, Blood Ecstasy, Bloodsoaked Necrovoid, Calderum, Cauterized Torso, Stygian Storm et j’en passe...
S’il fut donc seul maitre à bord le temps d’une première démonstration intitulée Cadaveric Reminiscense (2021) et d’un split en compagnie de Magick Howl (2022), notre homme a probablement très vite saisi les limites qu’impliquent une configuration aussi réduite. En 2023 il sera ainsi rejoint par Carlos López (Bloodsoaked Necrovoid, ex-Trollcave) afin d’enregistrer Into The Mephitic Abyss, premier album de Sanctuarium paru sur le label madrilène BlackSeed Productions (Graveyard, Anal Vomit, Trollcave, Balmog, Mystifier, Deathfucker...) ainsi que sur Gurgling Gore de l’autre côté de l’Atlantique. Et c’est naturellement avec celui-ci que j’ai choisi d’entamer l’histoire de Sanctuarium sur Thrashocore.
Comme chez les regrettés Trollcave, la première chose que l’on remarque lorsque l’on pose son regard sur le premier album des deux Espagnols est cette illustration absurde et grotesque signée des mains de Marc Rodriguez, homme à tout faire décidément très talentueux. Ce dernier possède en effet un univers bien à lui qui offre d’emblée à Sanctuarium une identité visuelle extrêmement forte et surtout reconnaissable entre mille. À titre personnel ce n’est pas ma réalisation préférée, notamment à cause de ces couleurs un peu fades, mais cela ne m’empêche pas d’y trouver dans ces créatures aux formes étranges et autres bizarreries quelque chose de profondément dérangeant qui naturellement me plaît beaucoup.
Enregistré par un Marc Rodriguez décidément omniscient dans un studio de répétition qui doit probablement lui appartenir, Into The Mephitic Abyss ne compte que quatre titres pour une durée dépassant de peu les trente-cinq minutes. Si cela semble peu, ramenée au nombre de compositions présentes sur ce premier album, cela nous fait tout de même une moyenne de plus de huit minutes par titre. Ce n’est donc évidemment pas de Grindcore dont il va être question ici mais plutôt d’un Death / Doom sombre et faisandé (Metal Archives classe le groupe sous l’étiquette "Death Metal" mais je trouve personnellement les accointances Doom beaucoup trop prononcées chez Sanctuarium pour ne pas parler de Death / Doom) servi par une production épaisse, des riffs épais, un growl épais et des ambiances épaisses qui vont venir nous peser sur la couenne durant une grosse demi-heure particulièrement bien chargée.
Comme le veut le genre et son cahier des charges plus ou moins tacite, la durée allongée de chacune de ces quatre compositions est naturellement induite par une quête systématique de contrastes. Contrastes dynamiques avec d’un côté de longues séquences écrasantes caractérisées par des successions de riffs mortifères et répétitifs, des frappes de batterie bien évidemment dispensées selon une certaine économie de mouvement et finalement un travail d’ambiance particulièrement intéressant grâce à un growl profond et monstrueux, tout un tas de mélodies sinistres et faisandées (gros coup de coeur pour ces petites notes perfides entendues à plusieurs reprises sur "Rotted Remants" et surtout sur "Decomposing The Pustulent Void") ainsi que de généreuses nappes de synthétiseurs agrémentées de samples étranges et dispensées en guise de conclusion sur quelques titres ("Rotted Remnants", "Mephitic Abyss", "Decomposing The Pustulent Void") afin de mieux sublimer ces moments déjà particulièrement angoissants. Sans surprise, le résultat est à la hauteur des moyens déployés par Sanctuarium et surtout de ses aptitudes en la matière puisque sans forcer celui-ci parvient à développer des atmosphères anxiogènes, sournoises et malveillantes face auxquelles on prendra plaisir à succomber.
À tous ces passages pesants et autres moments suffocants viennent s’opposer comme d’habitude d’autres séquences à la dynamique plus ou moins rudimentaire. Des "accélérations" assez peu coriaces dans l’ensemble (de nombreuses variations rythmiques plutôt tranquilles) et dont les véritables coups d’éclats sont ces quelques cavalcades thrashisantes taillées pour dodeliner gentiment de la tête plutôt que pour se déboiter les cervicales ("Rotted Remants" à 1:14 et 5:14) et coups de boutoirs nettement plus virils ("Decaying Among The Carcasses" à 5:45 et "Mephitic Abyss" à 0:01, 1:13, 3:41 et 5:19).
Premier album relativement classique aussi bien dans le fond que dans la forme, Into The Mephitic Abyss n’en demeure pas moins un disque particulièrement engageant qui possède tous les arguments pour convaincre les amateurs de Death / Doom méphitique. Naturellement, personne n’ira crier au génie à l’écoute de ces quatre titres faisandés mais tout est y extrêmement bien ficelé. De ces riffs sombres à ce growl épais en passant par ces mélodies sinistres, ces quelques accélérations providentielles et ces ambiances de mort, il n’y a vraiment rien à jeter chez Sanctuarium pour qui apprécie ces enchaînements de cadences plombées et processionnaires entrecoupées par quelques moments plus intenses. Bref, rien de bien nouveau mais un savoir-faire qui classe d’emblée le duo espagnol comme l’un des groupes à suivre de près dans le genre.
| | AxGxB 21 Juillet 2026 - 398 lectures |
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