Je sais bien que l’on ne peut pas tout connaître mais, en dix ans de carrière, je n’avais jamais entendu parler des Américains de
SALLOW MOTH, en dépit de leur signature en 2025 chez
I, Voidhanger Records pour l’album
Mossbane Lantern. Enfin, le mal est désormais réparé puisque grâce à la campagne promotionnelle assurée par
Willowtip, je prends connaissance de
Hydrophilous Brood, quatrième LP du duo. Car oui les Texans ne sont que deux, avec chacun un CV long comme le bras, particulièrement obscur (
WILDSPEAKER par exemple) mais qui laisse à penser que les mecs savent de quoi ils causent… De toute façon, on ne signe pas avec un tel label sans avoir une boîte à biscuits abondamment garnies.
Par curiosité, j’ai profité que le disque ne sorte qu’en juillet pour prendre le temps d’explorer la discographie passée. Ce que j’ai assez rapidement remarqué c’est qu’entre
The Larval Hope (2020) et l’avant-dernier précédemment cité, la formation a monté de plusieurs crans l’ensemble des curseurs : plus de radicalité, plus de technique, plus d’expérimentation (jusqu’à écrire des introductions dignes d’une musique d’ascenseur, sur « Aethercave Boots » par exemple), du
death metal progressif certes mais avec un léger arrière-fond
brutal qui ne fait finalement pas vraiment tache au sein du catalogue de sa nouvelle maison d’accueil dont on sait l’exigence. D’ailleurs, le premier titre à être dévoilé de cette nouvelle fournée, « Distended in Panglacial Advent », ne dit pas le contraire : toujours crescendo, il contient des influences
GORGUTS, des dissonances abrasives, quelques points communs avec
SUNLESS (j’en dirai un mot à l’occasion) dans cette capacité à mêler des éléments mélodiques avec un cœur pourtant profondément agressif, j’avoue que ce
teaser m’avait bien échauffé la couenne.
Sans surprise, les sept autres pistes ne déçoivent à aucun moment. En effet, si quelques plans pourront rappeler le grand
MORBID ANGEL (« Nebulous Appendages of Vacilliant », le début de « Driftmoth Vivisector »), ce sera tout de même davantage du côté des
MITHRAS ou
LYKATHEA AFLAME qu’il s’agira de ranger ce
Hydrophilous Brood compte-tenu des nombreux aspects progressifs qui parsèment les compositions : passages
jazz, arpèges en son clair, structures rythmiques expérimentales, changements de tempos intempestifs, avec évidemment une palette impressionnante de riffs variés. Grosse performance de
Garry Brents donc (chant, guitare, basse, clavier), admirablement complété par le jeu de batterie fin et subtil de
Allen Gingerich dont la versatilité convient parfaitement à ce type de
death inventif.
Notons également la présence de quelques invités :
Cory Peterson de chez
THAETAS (nouvelle recrue de l’écurie
Profound Lore) pour quelques vocaux additionnels ou encore
Dan Wolfson du groupe de
grind CAVE MOTH) qui assure un solo sur « Hydrophilous Brood ». Cependant, ce ne sont pas eux qui font une quelconque différence quant à la qualité de ces trente-huit minutes parsemées de fulgurances, à l’image du
lead de guitare limpide au cours d’« Arcane Benthic Umbilicus », de pièces parfaitement étranges (« Polymorphic Gnaw »), sans oublier les amateurs de basse qui seront réellement à la fête tant l’instrument est ici mis en valeur, pour ne pas dire central. Alors certes, ce n’est pas le
death metal de monsieur et madame Tout-le-monde, loin de sa version primitive, résolument tourné vers des atmosphères sci-fi collant à merveille à toutes les bizarreries présentes, mais je gage qu’un tel foisonnement d’idées cohérentes saura trouver sa cible au sein d’une scène friande de ce genre de travaux futuristes.
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