Haserot - Advent Of Suffering
Chronique
Haserot Advent Of Suffering
Quand on pense aux grandes villes du Texas on cite immédiatement Dallas voire San Antonio, mais plus rarement Houston qui est pourtant la cité la plus peuplée de l’état et a en son sein le célèbre centre de contrôle de la Nasa, comme une scène musicale particulièrement développée d’où Beyoncé et ZZ TOP (pour ratisser large) sont originaires. A ces grands noms il va falloir ajouter HASEROT qui six ans après ses débuts livre enfin son premier album (via les toujours qualitatifs Redefining Darkness Records), qui sent bon le Death Metal classique et efficace composé ici par des vieux vétérans locaux qui durant presque quarante minutes nous balancent du gros son impeccable et où l’on trouve en prime quelques invités prestigieux (James Murphy, Marc Grewe, Andy LaRocque) ainsi qu’une pochette magnifique signée Juanjo Castellano. On voit donc que le groupe a su s’entourer pour ce passage au long-format et il a eu raison, sans compter qu’une fois encore le label de Cleveland a eu le nez creux avec cette réalisation impeccable et sans fautes de goût qui a de quoi satisfaire le plus grand nombre, y compris les plus exigeants toujours en recherche de nouveau son pointu.
Car proposant une musique violente mais aussi riche en harmonies et solos majestueux qui lorgne autant vers la Suède (BLOODBATH, ENTOMBED) que le Royaume-Uni (CARCASS), l’Allemagne (MORGOTH) et la Floride le combo ne prétend rien réinventer, juste combiner la fureur et la mélodie. Heureusement on n’est pas dans le cliché mielleux proposé par le ARCH ENEMY actuel vu que ses auteurs ajoutent à leurs compositions une ambiance neigeuse, froide et humide riche en graisse comme en températures négatives mortifères, ainsi que des atmosphères sinistres où le tempo se montre varié… mais le plus souvent calé sur une vision massive au détriment du tabassage le plus extrême. C’est d’ailleurs cela qui va être mis en avant sur « Advent Of Suffering » qui outre être la plage la plus longue de ce disque va être aussi celle qui va proposer le plus de chamboulements rythmiques, alternant entre des passages rapides affûtés au début comme à la fin avant de lever le pied nettement en son milieu afin de mieux jouer avec les éléments météorologiques. Car malgré une production qui manque un peu de relief comme d’épaisseur on est tout de suite happé par ce gel généralisé qui déborde de partout, compensant ainsi le manque de luminosité général par l’excellent boulot de Maurice Eggenschwiler lors de ses nombreuses parties de soliste (ce qui sera d’ailleurs une constante jusqu’à l’ultime seconde de la dernière composition) qui apporte les éléments pour tirer la lumière de son sommeil.
Montrant donc de bien belles promesses cette ouverture n’est finalement que le premier jet d’une kyrielle de bons moments à venir par la suite, où les émotions vont être mises en permanence à rude épreuve. En effet avec ces deux visions antagonistes plus marquées « Poverty Of Thought » va renforcer l’obscurité ambiante comme les atmosphères éthérées, tout ça avec un brin de passages remuants pour amener encore plus de dynamique sur ce grand écart imposant. C’est cela aussi qui va ressortir du court « Apophis » qui va pousser les choses plus loin que ce soit sur la brutalité comme la mélodie, vu que ça alterner en permanence entre tabassage intensif et ralentissements pachydermiques histoire de proposer plus de noirceur comme de chaleur solaire au milieu des éléments hivernaux et occultes. Cependant afin d’éviter une répétition trop rapide (et avec elle un risque de décrochage de l’auditeur) la formation va ajouter quelques éléments Heavy bienvenus, afin d’amener un côté remuant encore renforcé et proposer aussi une densité supplémentaire franchement agréable. Tout cela va s’entendre sur les impeccables « Tears In Bethlehem » et « The Tenth Circle », où la vitesse va être moins présente pour laisser place à une rythmique intermédiaire redoutable et parfaite pour headbanguer au milieu de cette glace intense qui ne semble jamais vouloir fondre.
Et après un doux petit interlude acoustique on va retrouver la virulence et l’électricité avec d’abord l’étouffant « Khlyst » qui monte en pression de façon régulière sans jamais véritablement exploser, afin de contenir la hargne un peu plus longtemps et qui va transparaître facilement sur le débridé « Beneath The Cairn » aux accents presque Punk quand ça lâche les chevaux… mais qui maintient néanmoins une certaine pression sur la pédale de frein. On voit donc que malgré ce côté parfois légèrement monotone la variation est suffisamment habile pour ne pas faire décrocher l’attention avant la fin, la preuve une ultime fois avec les homogènes et équilibrés « Madness And The Void » et surtout « Curse Of Haserot » grassouillet au possible en mode sénateur, et où l’on sent l’inspiration du mythique « Left Hand Path » tant le travail des guitares et ces longs leads venteux et frigorifiés nous renvoient vers ceux de la paire Uffe Cederlund/Alex Hellid pour notre plus grand plaisir.
On aura donc compris que tous les sentiments vont être de sortie sur cet enregistrement pas exempt de défauts mais suffisamment maîtrisé pour qu’on l’apprécie à sa juste valeur, même si l’on sent que les gars sont capables encore de faire mieux à l’avenir. Se plaçant donc sur créneau multigénérationnel peu exploité encore dans son pays l’entité a de solides arguments pour pouvoir gagner en notoriété dans le futur, à elle désormais de gommer les petites imperfections et d’offrir des plages encore plus marquantes tout en n’hésitant pas à accélérer plus vertement… au lieu de parfois ronronner du fait d’un bridage trop exacerbé. En tout cas on ne peut qu’être satisfaits de cette découverte d’outre-Atlantique qui sera encore plus attrayante quand elle aura un peu plus de vécu en commun, même si pour l’instant on se contentera facilement de ces trente-neuf minutes dont beaucoup feraient bien de s’inspirer au lieu de pratiquer une musique synthétique, sans âme et trafiquée d’effets sonores dégueulasses… signifiant encore et toujours que l’authenticité il n’y a que ça de vrai et c’est confirmé brillamment ici.
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