On vous a pas mal bassinés ces quelques dernières années avec des groupes comme Botch, Converge et Cave In, déjà afin de coller à l’actualité de chacune de ces formations mais aussi et surtout afin d’entamer, compléter ou boucler des discographies qui méritaient naturellement de l’être. Souvent évoqués à travers ces différentes chroniques mais quelque peu laissés de côté, les Américains de The Dillinger Escape Plan méritaient tout autant d’être réhabilités. Déjà parce que depuis fin 2023 la formation a repris du service avec au micro nul autre que monsieur Dimitri Minakakis. Ensuite parce que quelques sorties manquent encore aujourd’hui à l’appel. Enfin parce que sans vouloir faire offense au travail de collègues que je n’ai d’ailleurs pas connu (notamment un certain Euronymous Mayhem), certains écrits mériteraient d’être repris (et ils le seront par mes soins dans les prochaines semaines). Bref, il était temps de revenir sur les débuts de ce groupe particulièrement influent qui aura marqué de son empreinte la scène Hardcore de la fin des années 90 et des années 2000.
Formé sur les cendres d’Arcane en 1996 autour de Dimitri Minakakis (chant), Ben Weinman (guitare), Adam Doll (basse) et Chris Pennie (batterie) après déjà quelques petits mouvements d’effectifs, le groupe originaire du New Jersey signera rapidement sur Now Or Never Records, label de leur ami Matt Backerman sur lequel on retrouvera plus tard des groupes tels que Makeshift, Inhuman, Maharahj, Dragbody, Diecast... Une signature concrétisée par la sortie en avril 1997 d’un premier EP éponyme produit par Steve Evetts (All Out War, E.Town Concrete, Lifetime, Drowningman, Kid Dynamite, Turmoil, Buried Alive...) avec lequel The Dillinger Escape Plan va pouvoir commencer à se faire un nom grâce à des compositions particulièrement encourageantes et à des prestations scéniques extrêmement intenses qui d’ailleurs le sont toujours autant.
Illustré dans sa version originale par Alison Mennor (chanteuse du groupe de Hardcore Fast Times) avant qu’une nouvelle illustration signée cette fois Aaron Turner (Hydra Head Records, Isis…) ne la remplace sur toutes les rééditions qui suivront, ce premier EP compte un total de six compositions pour une durée qui dépasse de peu le quart d’heure. S’il ne s’agit pas de la sortie la plus emblématique des Américains (beaucoup lui préfèreront pour des raisons diverses mais néanmoins évidentes la période Relapse Records), cette première contribution n’en reste pas moins tout à fait digne d’intérêt puisque même si elle n’est pas aussi aboutie que ce qui suivra quelques mois plus tard, on y décèle déjà ce qui fera la particularité des Américains au sein d’une scène alors en pleine explosion (Converge, Jesuit, Botch, Cave In, Coalesce, Non Compos Mentis, Drowningman...).
Tout d’abord, près de trente ans après sa sortie, la production de
The Dillinger Escape Plan conserve un véritable cachet. Certes, toujours sous la directive de monsieur Evetts, le groupe parviendra à des choses globalement bien plus satisfaisantes en termes d’impact, de puissance et de lisibilité mais pour qui prête attentivement l’oreille il y a dans le son de ce premier EP une âpreté qui traduit justement le caractère encore mal dégrossi de la jeune formation. Oui, "mal dégrossi" puisque globalement les six titres de ce premier EP (comptant avec "Proceed With Caution" une introduction instrumentale) ne sont pas aussi intenses, époustouflants et savamment orchestrés que le seront quelques mois plus tard ceux de
Under The Running Board et
Calculating Infinity, deux sorties qui restent à mes yeux ce que le groupe à fait de mieux à ce jour. The Dillinger Escape Plan joue ainsi dans l’ensemble beaucoup moins vite, les structures sont également bien moins complexes alors que les changements de plans et autres cassures rythmiques ne possèdent pas encore ce degré d’hystérie qui caractérisera plus tard ces deux sorties à venir. Aussi lorsque je réécoute ce EP, j’ai comme la sensation d’écouter un groupe comme Deadguy dans une version néanmoins un petit peu plus énervée. Une version où les influences Jazz, que l’on sent poindre ici et là à l’instar d’un "Proceed With Caution", sont distillées avec une certaine retenue. Bref, un premier jet imparfait mais particulièrement encourageant surtout compte tenu de l’époque où celui-ci est sorti (nous ne sommes encore qu’en 1997 je vous le rappelle).
En effet, ne prenez pas ces menues critiques pour un manque d’intérêt de ma part à l’égard de ces six compositions mais plutôt comme le constat qu’effectivement, surtout en comparaison de la suite et malgré des qualités tout à fait évidentes (hargne, nervosité, qualité d’écriture et d’interprétation indiscutables...), ces débuts étaient encore un petit peu verts, notamment dans les riffs que je trouve assurément moins marquants et globalement dans l’intensité et la folie insufflées à ce Hardcore déjà chaotique. Certes, bien des groupes auraient aimé atteindre un tel niveau dès leur première sortie mais encore une fois, pris dans la globalité d’une discographie faite de coups d’éclats définitivement plus marquants,
The Dillinger Escape Plan est à considérer comme un premier EP tout à fait sympathique mais certainement pas aussi indispensable que la suite.
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