Désormais tranquillement installé dans le paysage Black Metal de son pays BLODTÅR a également réussi à se faire une place au sein de cette concurrentielle scène locale, certes de manière encore assez confidentielle mais avec néanmoins un vrai respect pour le travail fourni qui prouve donc que sans faire de bruit il devient un nom qui compte. Du coup on ne s’inquiétait pas trop du fait de savoir si cela allait continuer dans cette bonne direction, et effectivement cela est le cas de ce deuxième album qui fait suite au très bon
« Det Förtegna Förflutna » tout en reprenant facilement les mêmes éléments à la fois acoustiques et électriques à la conception relativement simple mais facilement identifiable. Car l’auditoire va avoir ici de quoi s’occuper durant trente-six minutes intenses et éthérées absolument sans fausses notes, et qui vont tranquillement défiler sans jamais être lassantes de par leurs grandes variétés comme profondeurs globales.
Débutant par des notes mélancoliques qui sentent bon le côté médiéval et folk le morceau-titre va néanmoins surprendre en gardant une rythmique relativement posée qui oscille entre lenteur rampante et mid-tempo épique, sans jamais aller au-delà des limites autorisées. Offrant donc un versant neigeux propice à la nostalgie et au deuil cette première composition est dans la droite ligne de ce que le combo nous a offert par le passé, violent mais pas trop… et rempli d’harmonies diverses, la preuve encore ici avec les leads discrets qui parsèment ce rendu glacial et blanc à la température largement négative, et où l’obscurité n’a pas encore envahi tout l’espace disponible. Celle-ci va progressivement apparaître au fur et à mesure via le couillu et débridé « Till Min Sista Viloplats » où le tabassage va être fortement marqué aux extrémités avec quelques ralentissements pour accentuer la profondeur comme la violence, avant de clairement lever le pied en son milieu via un break atmosphérique où le recueillement est de mise. Proposant donc une vision classique du grand écart cette plage ajoute aussi de la tristesse à la haine ambiante par ce ressenti amer où le ciel ne cesse de s’assombrir, annonçant avec lui la tempête et la faucheuse prête à faire son travail. Celle-ci va d’ailleurs apparaître clairement avec l’impeccable « Paradis » au nom totalement en adéquation avec le contenu proposé, car après une introduction acoustique et lumineuse l’ensemble va progressivement monter en pression… invitant ici les guerriers à rejoindre le Valhalla avec son rythme lancinant et ses arrangements tout en finesse, avant l’explosion finale qui montre que les dieux sont mécontents et qu’il faut accélérer le pas pour ne pas traîner en route.
De fait on ne sera pas surpris que « Det Slutar I Lågor » continue sur cette lancée énervée en jouant habilement sur les variations régulières, accélérant fortement l’allure comme la ralentissant avec rugosité en y ajoutant du médium pour headbanguer… tout ça sur fond de riffs aiguisés et sobres où le dynamisme reste permanent et qui va ensuite continuer sur le tout aussi impeccable « Monark ». Débutant de façon triste et presque plaintive (notamment un solo de toute beauté qui amène de la luminosité au milieu de cet océan brumeux et impénétrable) l’écriture va aller ensuite vers les versants les plus extrêmes possibles, afin d’offrir un rendu tout en efficacité et frontal où la brutalité côtoie une plénitude fort plaisante. Si évidemment tout cela a déjà été largement entendu par le passé on n’a pas de sentiment de recyclage éhonté vu que la tête pensante de ce projet est suffisamment maline pour diversifier au mieux son propos, en n’étirant jamais tout cela à foison pour garder au mieux une ossature sobre et redoutable où l’on ne voit pas le temps passer. Et comme pour offrir de la surprise dans tout cela on va avoir droit à quelque chose d’étonnant et de totalement différent… mais finalement assez en raccord avec la thématique globale de ce disque, car « Nu Är Det Synd Om De Döda » n’est autre qu’une reprise signée à l’origine par KRAJA en 2011 – un groupe local qui reprend des chants folkloriques à cappella. Faisant penser immédiatement à du chant viking typique récité pour se donner du courage avant de prendre la mer comme prendre les armes le rendu se montre apaisant, et l’on tend clairement l’oreille avec plus d’attention tant la légère électricité en arrière-plan renforce l’idée de l’imminence du combat. Tout cela se glisse donc parfaitement et ne fait jamais tache, car l’exécution y est parfaite et totalement dans l’esprit historique de cette galette décidément bien plus riche artistiquement qu’on ne pourrait le penser au départ.
Et même si ensuite on va retrouver une vision plus habituelle pour l’instant « Bland Kvällens Skuggor Ännu Vandra » va permettre à l’ensemble de garder son pouvoir d’attraction immédiat, vu qu’on va être en présence de longs riffs d’une immense froideur avant que la météo ne s’en mêle et amène avec elle vents et perturbations diverses. Tout cela est lié à une rythmique générale qui s’emballe fermement avec l’orage qui accompagne ces changements continus tout en accélérant et ralentissant à tout bout de champ, à l’instar de « Den Eviga Isen » qui va remettre en avant tout le panel de jeu de l’entité qui livre une conclusion imparable où l’on prend plaisir à écouter tout ça une dernière fois avant que les combats ne cessent, et que l’on retourne ainsi à nos activités du quotidien.
Idéal donc pour faire oublier les tracas et la routine habituelle cette galette est clairement la plus aboutie de son géniteur qui sans se renouveler offre néanmoins quelques futures perspectives d’évolutions très intéressantes pour le futur, et qui devrait logiquement lui amener plus de visibilité… tant il en a manqué jusqu’à présent en restant bien en retrait par rapport à nombre de ses compatriotes évoluant le même registre. Rien de neuf ni de surprenant mais particulièrement bien fait ce nouveau chapitre a donc de quoi occuper l’esprit en le faisant divaguer sans le saouler, réalisé avec force et professionnalisme dans le plus pur style du royaume nordique qui nous abreuve de réalisations qualitatives. La force de l’habitude certes… mais toujours agréable à entendre et c’est bien cela qui nous plait et que l’on recherche chez le mystérieux Carl qui a sans doute à offrir encore de belles choses dans le futur, on le souhaite ardemment car il n’a visiblement pas tout dit et en a gardé sous le pied pour de prochaines dégustations auditives très prometteuses sur le papier.
Par Keyser
Par Lestat
Par Sosthène
Par coreandcoupdate
Par Sosthène
Par xworthlessx
Par Sosthène
Par coreandcoupdate
Par Jean-Clint
Par Cujo
Par AxGxB
Par Sosthène
Par Sosthène
Par Cujo
Par Niktareum
Par Sosthène
Par Jean-Clint