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Noothgrush - Violations Of Consensual Reality
Chronique
Noothgrush Violations Of Consensual Reality (Compil.)
Au risque d'offusquer quelques amateurs de sludge old school, Noothgrush et moi, c’est une histoire un peu compliquée. Je trouve majoritairement que le groupe manque d’une personnalité propre, n’étant pas aussi radical que Grief, pas aussi batailleur qu'Eyehategod, ni aussi redneck que Buzzov-en ou fou qu'Acid Bath... Mais qu’il est un peu tout ça à la fois, en germe ou en latence, avec quelques éclairs de génie cachés sur ses nombreuses compilations et surtout dans ses débuts bien trop méconnus (la démo rééditée par Fuck Yoga en 2011). J’en viendrais presque à conseiller d’écouter plutôt les autres groupes des personnes ayant joué un temps plus ou moins long au sein de la formation, tant il y existe des bijoux autrement plus intéressants comme Alaric, Asbestodeath (la formation pré-Sleep), Asunder ou encore Dystopia.
Arrêtons-nous d'ailleurs sur ces deux derniers groupes puisque nous avons sur Violations Of Consensual Reality l’ensemble des titres enregistrés avec Dino Sommese au micro, soit le membre ayant joué dans les deux projets susnommés. Sans dire que cela change totalement la donne, les titres de cette compilation en attrapent une hargne plus marquée, sa voix reconnaissable, glaireuse et punk, donnant une couleur rouge sang à des morceaux comme « Thoth » ou la captation brute de « Regress ». En tout cas plus emporté que ce que les guitares dans les clous de ce que le genre à l'époque peut faire entendre question agression, il est l’atout majeur de cette compilation. Les cordes semblent même lui laisser le soin d’apporter du mordant à l’ensemble – aidé par la frappe de mule de Chiyo Nukaga (cf. « Entropy ») –, s’occupant pour leur part de claudiquer un sludge / doom austère, mélancolique à être aussi apathique (« Jundland Wastes » ; « Self Control » et ses airs de presque balade rock).
Un cafard qui pointe régulièrement le bout de son nez et parfois de façon inattendue comme lors du solo heavy metal de « Entropy ». Le réenregistrement de l’asilaire « Life Shatters into Pieces of Anguish » (issu de cette fameuse première demo du groupe) y trouve une juste place, rappel que Noothgrush aura été à son meilleur durant cette errance psychédélique entre doom et grunge. Un espace liminal qui est le moment marquant de cette compilation autrement souvent trop simpliste, à l’image du groove de « Humandemic ». Même la production de Greg Wilkinson – pas le dernier pour donner de la matière à une musique (normal quand on fait partie d’Autopsy et a fait partie de Laudanum) – ne parvient pas à rendre ces trente-sept minutes totalement prenantes.
Certes, on peut me rétorquer que c'est du sludge, genre qui a fait d’un certain misérabilisme son style, et qu'on est donc dans le sujet ; je répondrai qu'il y a une science à enchaîner les riffs de trois notes, une intention qui doit être présente, déborder et faire déborder ce minimalisme de lui-même pour évoquer et fasciner. Là, c'est un peu trop poli, les quelques haillons de tristesse ne suffisant pas à inviter à foncer écouter Violations Of Consensual Reality. Après des dizaines d'années et presque autant de compilations, le constat reste le même : Noothgrush est, au mieux, un honnête groupe de milieu de classe, pas assez brillant pour faire la lèche au prof ni assez délinquant pour donner envie de faire des conneries au fond de la salle. À choisir, les compilations de Dystopia sont nettement plus à conseiller que celle-ci, sympathique uniquement quand on a la dalle.
| | Ikea 11 Octobre 2026 - 476 lectures |
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