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Warmoon Lord - Deófol-Cræft
Chronique
Warmoon Lord Deófol-Cræft (EP)
Devenu une valeur sûre de la scène noire de son pays le binôme de Lahti a pourtant fait beaucoup parler l’an dernier avec l’excellent
« Sacrosanct Demonopathy », un disque ambitieux et réussi mais qui paradoxalement a aussi énormément divisé auprès des fans de la première heure. Du coup l’annonce de la sortie de cet Ep a créé un véritable émoi afin de savoir si le duo allait revenir vers une vision plus brute de décoffrage digne de ses débuts, ou alors continuer dans cette veine où la violence est légèrement reléguée sur le côté au profit d’ambiances nombreuses et d’harmonies de guitares surprenantes… même si celui-ci avait précisé que ces cinq nouveaux morceaux auraient droit à une approche très organique et aussi particulièrement rugueuse. On va donc avoir presque vingt-trois minutes au total pour se forger sa propre opinion et vérifier si l’on est en accord ou pas avec ce que le groupe a promis sur cet enregistrement, qui aura en tout cas de quoi largement contenter tout le monde tant les promesses sont tenues et pas qu’un peu… même si cette version plus dépouillée va vraiment étonner au départ.
Car il est vrai qu’on est loin de ce à quoi on était habitués avec cette fantasmagorie permanente qui laisse place ici à une production beaucoup plus crade avec des guitares un peu crachotantes, une voix où la reverb’ est à l’honneur et une batterie qui prend énormément (voire trop) d’espace… notamment avec cette caisse claire proéminente et qui peut vite taper sur le système. Mais passé un temps d’écoute relativement court on se laisse totalement emmener dans cet univers du Metal noir des années 90 qui sonne typiquement comme la Norvège de cette époque ou plus récemment vers NOIRSUAIRE… tel que le long et entraînant « Oratio Ad Draconem Rubrum » va le démontrer d’entrée de jeu. Une fois son introduction inquiétante terminée c’est à un festival de violence frontale auquel on est confronté, tant le tempo ne baisse quasiment pas ici et offrant son déluge de blasts destructeurs et de parties rapides endiablées portés par des riffs incisifs et une froideur nihiliste intégrale, sans que jamais aucune trace de lassitude ne pointe le bout de son nez… comme sur le reste à venir d’ailleurs. Difficile en effet de ne pas y penser dans un registre si minimaliste, et pourtant le combo parvient aisément à éviter cet écueil grâce à toute son expérience et son sens de l’exécution comme avec l’hyper dynamique « Mortification And Mastery » qui est agrémenté de passages où l’envie de headbanguer est immédiate et sans jamais faiblir du côté de l’allure… même si la machine ralentit quelque peu et voit aussi de courts mid-tempo apparaître pour densifier un titre lui aussi implacable et très homogène. Cela sera aussi le cas du redoutable « Deófles » qui part également du côté des fjords tant son démarrage n’est pas sans rappeler celui de « Buried By Time And Dust » de MAYHEM, entre des fûts en mode mitraillette et son riffing coupant qui rappellent ce classique absolu avant que ce tabassage ne s’efface doucement au profit de plans en médium épiques et guerriers. Le tout avec quelques nappes atmosphériques apparentes dignes des premiers méfaits de DIMMU BORGIR, avant que l’ensemble ne ralentisse progressivement afin d’offrir sans doute la composition la plus variée et tentaculaire où nombre de visions différentes sont ici présentées avec brio.
Difficile donc de passer après cela et de fait le court interlude frontal et rudimentaire (« Bloodsword ») va servir de parfaite pause en jouant sur la vision la plus virulente et minimaliste de l’entité… même si elle n’amène rien de plus à l’ensemble, et ce avant que le simple et implacable « Night Of Silver Fire » ne vienne en grandes pompes balancer un grand-écart classique et efficace à coup d’alternances régulières entre explosions débridées et passages plus rampants à la lenteur marquée. Si ça reste très calibré et prévisible il n’en reste pas moins que cette conclusion est de très haut vol… à l’instar des précédentes plages qui montrent un groupe sûr de sa force et qui n’a pas peur de dérouter en allant vers territoires largement explorés, mais où il se montre aussi à l’aise que dans sa zone de confort habituelle.
Preuve donc s’il y en avait besoin que la bande est clairement parmi ce qui se fait de mieux actuellement aussi bien chez lui au niveau national qu’à l’extérieur, réussissant à offrir quelque chose de plus âpre et incisif sans tomber dans la caricature et qui fait office de bel hommage aux pionniers du genre. Surprenant certes mais pas si étonnant quand on connaît le potentiel des deux acolytes qui offrent un enregistrement qui file tout seul sans qu’on ne regarde la montre à un seul instant, à voir donc si désormais ils vont continuer dans cette voie ou si cela n’était qu’une courte parenthèse avant de revenir vers une musique plus flamboyante et cauchemardesque. Comme d’habitude l’avenir le dira mais pour le moment il s’annonce toujours aussi radieux, et sans doute encore pour longtemps… on peut prendre les paris sans trop de risques Juuso Peltola et son comparse ont encore beaucoup à nous offrir, le meilleur évidemment !
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