Si on a coutume de dire que le Sludge est la musique idéale pour accompagner les grosses chaleurs et les journées moites et poisseuses, je vous mentirai si je vous disais que je n’avais pas quelques craintes quant à ce dimanche à passer devant la Valley. Les raisons ? Le fait qu’il était annoncé 39° au plus chaud de la journée et que la Valley est ainsi disposée que le soleil y est présent jusqu’à une heure relativement avancée sans aucun espoir d’être à l’ombre. J’embarque ainsi avec moi, comme les jours précédents, crème solaire, lunettes, casquette et même un tissu à mouiller et à foutre sous la casquette pour se rafraîchir et hop, nous voilà repartis pour cette dernière journée de festival…
BLACK TUSK, Valley (13h35 - 14h15) :
Bien conscients qu’il sera nécessaire d’être en forme pour ce soir, ce n’est qu’après 13h00 que nous arrivons sur site (et tant pis pour tous les groupes du matin, notamment End It qu’il ne m’aurait pas déplu de revoir). On attaque ainsi la journée en dilettante avec Black Tusk qui livre un Sludge tout à fait sympathique avec par-ci par-là quelques relents entombiens période
Wolverine Blues évidemment très agréables. Je ne connais aucun des titres joués mais je passe un bon moment sans trop souffrir encore de la chaleur et du soleil qui nous nargue de tout là haut. Quelques minutes avant la fin du set, nous décidons de couper court et de prendre la direction de l’Altar pour le concert des Italiens de Fulci.
FULCI, Altar (14h20 - 15h15) :
Sous la tente, il fait une chaleur insoutenable. Malgré les quelques ouvertures sur les côtés l’air ne circule pas. Je dégouline à grosses goûtes sans rien faire mais je prends mon mal en patience parce que dans quelques heures tout cela sera déjà derrière nous. 14h20, le groupe monte sur scène sans son chanteur au son de « Glass », titre instrumental présent sur
Exhumed Information dont les sonorités horrifiques rappelant évidemment ce cinéma de genre si cher à la formation italienne vont rapidement nous mettre dans l’ambiance. Une fois de plus (ce fût la même à Paris il y a quelques mois lors de leur dernier passage organisé par Garmonbozia), c’est Jason Dahlke en pantalon et longsleeve Grave délavé (Left To Rot, ex-Spirit Adrift, ex-Sentenced 2 Die (live)...) qui tient ici le micro puisque Fiore Stravino semble être de nouveau aux abonnés absents. Qu’à cela ne tienne, notre homme avait livré une prestation de choix en février dernier au Petit Bain et il en sera de même aujourd’hui.
D’ailleurs, sans grande surprise, la setlist de cet après-midi n’est pas bien différente puisqu’à un titre et à un interlude près, les mêmes morceaux seront joués. Une setlist bigarrée empruntant quasiment à tous les albums du groupe (sauf le premier) ainsi qu’à ce récent EP intitulé
Risorsero Dalla Tomba E Fu... L’Apocalisse! que Fulci vient de sortir. Malgré la chaleur, le public ne se laisse pas abattre et se lance à plusieurs reprises dans des circle pit dont l’avantage est de brasser de l’air et de nous rafraîchir quelques instants. Gros bémol pour les quelques neuneus qui s’amuseront à briser des pichets vides en se les explosant contre le front (et en se prenant ensuite dans les bras comme tels des frères d’armes au combat) comme de bons gros demeurés... Le set file, je passe une fois encore un bon moment en compagnie de Fulci mais choisis néanmoins de quitter la tente un tout petit peu avant la fin des hostilités pour aller me placer devant la Valley en attendant l’arrivée de Soilent Green.
SOILENT GREEN, Valley (15h10 - 15h55) :
En effet, le groupe que je n’ai pas revu depuis 2011 et cette date parisienne au Nouveau Casino en compagnie de Today Is The Day s’est depuis quelques années fait particulièrement discret pour ne pas dire absent. Les revoir en Europe est donc une sacrée aubaine et il était évidemment hors de question de manquer ce rendez-vous. Protégé contre les assauts du soleil, je me place suffisamment prêt pour être aux premières loges ou presque lorsque le groupe de la Nouvelle Orléans arrive sur scène. Quelques gestes entendus en guise de salutation et voilà la formation partie à l’attaque de la Valley et du public encore un petit peu clairsemé attroupé aux alentours. Mené par un Louis Benjamin Falgoust II à la voix éraillée et pleine de vécu, Soilent Green n’a aucun mal à convaincre son auditoire grâce à des titres hyper efficaces mêlant Grindcore, Blues des bayous et Sludge poisseux. Pour ma part, je me régale de retrouver sur scène des titres tels que "Build Fear", "Gagged Whore", "It Was Just An Accident" ou "Sewn Mouth Secrets" tous les quatre tirés de l’excellent premier album des Américains qui à l’époque de sa sortie tournait régulièrement. Ceci étant dit, les autres morceaux offert en ce dimanche assassin (même si quelques nuages providentiels nous garderont à l’abri du soleil sur la deuxième moitié du set) n’ont rien à leur envier, notamment tous ceux issus du très bon
Inevitable Collapse In The Presence Of Conviction que je retrouve également avec plaisir. Sur scène, le groupe est à l’aise et vraisemblablement content d’être là. La communication est limitée mais les titres s’enchainent sans jamais baisser d’intensité grâce à un Ben Falgoust aussi sympathique que vindicatif qui avec sa voix abimée par la vie donne clairement un certain cachet à la musique des Américains. Bref, une parfaite mise en bouche pour la suite de ce qui nous attend sur la Valley.
EYEHATEGOD, Valley (16h50 - 17h40) :
C’est en effet Eyehategod qui une petite heure plus tard prendra le relai sur la Valley (signant par là-même le retour de Brian Patton sur scène après son set en compagnie de Soilent Green) pour un concert évidemment très attendu par tous les amateurs de Sludge abimé, défaitiste et poisseux. Le père Mike Williams avec sa crinière bicolore semble plutôt en forme même si durant la prestation des Américains je ne pourrais m’empêcher de penser à Abraham Simpson hurlant après les nuages en voyant Williams regarder le ciel d’un air un petit peu perdu et tendre le bras ou la main pour faire je ne sais quoi… Mais peu importe, notre homme fait son taf et le fait particulièrement bien avec toujours cette voix arrachée et elle aussi profondément abimée par une vie d’excès en tout genre… Derrière Williams, la clique actuelle composée depuis déjà un petit moment de Jimmy Bower (guitare), Brian Patton (guitare), Gary Mader (basse) et Aaron Hill (batterie) ne débande pas elle non plus, offrant ainsi au public présent ce Sludge tendu, viscéral et abrasif qui est celui de Eyehategod. Pris au jeu de ces riffs Punk / Sludge ultra efficaces et addictifs et de cette section rythmique tout aussi entêtante, je me mets bien vite à remuer la tête tout comme, et c’est une surprise, Nick Oliveri (ex-bassiste de Queens Of The Stone Age) qui depuis le côté gauche de la scène regarde, invective et insulte avec un pote hilare tout ce petit monde. Aussi malgré les thématiques abordées (addictions aux drogues dures et à l’alcool, pauvreté, crimes, souffrance...), on sent qu’un bon esprit habite les membres d’Eyehategod et cela se ressent sur la prestation qui entre des titres tels que "Blank", "Take As Needed For Pain", "White Nigger", "Dogs Holy Life" et quelques autres probablement plus récents régalera autant les clients de la première heure que ceux ayant découvert le groupe avec ses sorties les plus récentes. Bref, Eyehategod, c’est toujours un succès.
CIRCLE JERKS, Warzone (17h45 - 18h35) :
Abandonné par tout le monde, je me remets doucement du concert de la Vallley en allant m’installer au sommet de la Warzone, près du bar. Je pose ainsi mes fesses sur l’espèce de tapis disposé devant le bar, enlève mes chaussures et allonge mes jambes histoire de reposer mon corps meurtri par trois jours de festival, 16000 pas quotidiens (si ce n’est davantage) et des nuits trop chaudes et évidemment trop courtes. Je suis assez impatient de découvrir les Californiens de Circle Jerks sur scène car il s’agit de l’un des premiers groupes de Punk / Hardcore américain. L’un de ceux qui a porté le mouvement et mis sur le droit chemin tout un tas d’autres artistes et autres personnes influentes telle monsieur Tony Hawk himself. Le problème avec Circle Jerks en tant que groupe engagé, c’est que son leader Keith Morris, même s’il a des choses intéressantes à raconter, ne sait pas s’arrêter. Ainsi chaque "entre-morceau" donne lieu à d’interminables minutes de parlottes qui finissent inlassablement par emmerder à peu près tout le monde. Le père Morris s’étonne que personne ne s’active outre mesure devant la scène mais peut-être que s’il fermait son caquet un peu plus souvent, les gens seraient plus enclins à rentrer dans ce Punk / Hardcore certes rudimentaire mais néanmoins historique et fédérateur. C’est d’autant plus dommage que le set s’articule autour des trois premiers albums de la formation et donc d’une tripotée de titres iconiques entendus dans bon nombre de vidéos de skateboard ou de jeux vidéos ("Wild In The Street", "Deny Everything", "In Your Eyes", "Live Fast Die Young", "Don’t Care" et j’en passe...). Alors encore une fois, c’est très bien d’avoir des choses à dire, de prendre parti, de continuer le combat après déjà plus de quarante ans de bons et loyaux services et d’être encore sur scène à l’âge de soixante-dix balais mais je suis convaincu que le groupe gagnerait à faire taire un peu monsieur Morris pour se concentrer sur l’essentiel. Dommage même si je suis absolument ravi d’avoir pu voir sur scène l’un des derniers groupes encore en vie issu de cette première vague Punk californienne... Respect aux anciens et leur prise de position mais chut, un peu...
CORROSION OF CONFORMITY, Valley (18h40 - 19h40) :
Vu une seule fois en 2019 dans le cadre d’une tournée européenne visant à célébrer les vingt-cinq ans de
Deliverance, j’étais naturellement assez impatient à l’idée de revoir Corrosion Of Confirmity sur scène même si entre temps Mike Dean s’en est allé (remplacé depuis 2024 par Bobby Landgraf (ex-Down, ex-Pantera (live)) et que Reed Mullin est lui malheureusement décédé (remplacé depuis cette année par un certain Nick Shabatura)... C’est au son des premières notes de « Forever Amplified » lancées depuis un magnéto que le groupe arrive sur scène souriant et motivé face à un public particulièrement nombreux (je me ferai même engueuler pour m’être vraisemblablement placé entre un mec et sa copine alors que cette dernière est justement à sa droite lorsqu’il m’invective et tout cela pour finalement se barrer au bout de quatre morceaux afin d’aller chercher à boire...). Bref, comme je m’y attendais, la setlist des Américains sera un peu plus variée que lors de cette première rencontre scénique même si je vais bien évidemment pouvoir réentendre quelques titres issus de
Deliverance tels que "My Grain", "Señor Limpo", "Clean My Wounds" et bien évidemment ce tube qu’est "Albatross". C’est en tout cas toujours un immense plaisir d’autant que les musiciens, en plus d’être hyper souriants (à commencer par Woody Weatherman, ses cheveux coupés, ses aviateurs sur le nez et sa chemise grande ouverte), sont particulièrement propres dans tous leurs solos. On va aussi retrouver quelques titres plus récents issus du dernier album des Américains tels que "Asleep On The Killing Floor", "Lose Yourself" ou "Gimme Some Moore" qui passent très bien sur scène et d’autres beaucoup plus vieux tels que "Vote With A Bullet" ou "Who’s Got The Fire" qui plusieurs décennies plus tard continuent de faire leur petit effet. Ainsi Corrosion Of Conformity va livrer un set efficace et plein d’énergie qui n’aura clairement pas manquer de ravir toutes les personnes présentes en nombre face à la Valley alors, qu’enfin, le soleil commence à décliner et se cacher...
ACID BATH, Valley (20h50 - 21h50) :
Jamais feignant lorsqu’il s’agit de bien s’hydrater (uniquement à l’eau bande de petits malins), je choisis de ne pas trop perdre de temps et de revenir vers la Valley afin d’avoir une place à ma convenance. Car s’étant reformé en 2024 pour une série de quelques concerts et n’ayant encore jamais joué en Europe, il y avait fort à parier qu’il y aurait un peu de monde devant la Valley pour assister à ce retour absolument inespéré d’Acid Bath, groupe issu lui aussi de la Nouvelle Orléans au début des années 90 et jouissant parmi les amateurs éclairés d’une solide réputation voire d’un statut quasi-culte. D’ailleurs c’est ce qui a motivé en premier lieu ma venue au Hellfest plutôt que de les voir sur une scène gigantesque au Stade De France en première partie de System Of A Down et de son public probablement très peu intéressé par le sujet...
C’est au son de "Black Sabbath", morceau de Black Sabbath tiré de l’album
Black Sabbath joué là encore sur un "magneto" que le groupe choisit d’entamer son set. La tension est palpable (induite par la terreur que ce titre continue d’inspirer cinquante-six ans plus tard) alors que les membres ne sont même pas encore arrivés sur scène. Aussi dans le public les têtes dodelinent, les voix s’aiguisent en accompagnant les paroles iconiques du regretté Ozzy, les bras et les têtes s’agitent lorsque le rythme s’accélère enfin et alors que le morceau des Anglais touche à sa fin et que résonne la voix déformée de "Bonus Poem", les membres du groupes font enfin leur entrée sous de sincères applaudissements. On ne va pas se mentir, avoir face à nous, en chair et en os, Dax Riggs, Sammy Duet et Mike Sanchez, ça fait quand même quelque chose (j’en ai d’ailleurs presque la chair de poule). Nos trois hommes sont accompagnés pour l’occasion par Shane Wesley (ex-Crowbar) à la basse et Zack Simmons (Goatwhore) à la batterie.
Peu enclin à la discussion (habillé tout en noir, caché derrière ses lunettes noires et avec parfois la main dans la poche, Dax dégagera durant tout le set un certain malaise laissant suggérer que l’exercice de la scène n’est probablement pas ce qu’il préfère), le groupe lance alors enfin les hostilités au son de « Tranquilized ». Un premier titre parfait qui va permettre de constater la versatilité et tout le coffre dont fait preuve encore aujourd’hui Dax Riggs. D’ailleurs, à l’exception de quelques ornementations pas franchement nécessaires sur quelques titres, sa prestation entre hurlements arrachés et vocalises mélodiques habitées va s’avérer particulièrement convaincante durant cette petite heure qui va passer à une vitesse folle. Sur certains titres plus intimistes ("The Bones Of Baby Doll" et le début de "New Death Sensation"), une partie du groupe s’éclipse en coulisses pour laisser la place à Mike Sanchez (et sa guitare acoustique)) ainsi qu’à Dax Riggs. Certes, l’intensité se fait moindre sur scène comme dans le public mais les émotions portées par ces quelques titres et la nature définitivement sombre de ces derniers n’ont aucun mal à nous transporter tout autant. À ces titres plus introspectifs, Acid Bath mêle compositions abrasives ("The Mortician’s Flames", "Paegan Love Song", "The Blue") et morceaux capables de faire plus ou moins le pont entre les deux ("Tranquilized", "Bleed Me An Ocean", "Venus Blue", "New Death Sensation", "Graveflower"). Naturellement, j’aurais adoré pouvoir entendre "Toubabo Koomi", titre avec lequel j’ai découvert Acid Bath en 1994 grâce à M6, ainsi que d’autres compositions tirées elles aussi de
When The Kite String Pops mais très franchement, j’ai été transporté par ce retour improbable que moi ainsi qu’un grand nombre d’autres spectateurs n’osions imaginer. Alors je ne sais pas de quoi l’avenir sera fait, d’autant que Dax Riggs semble être un personnage pour le moins complexe (j’ai entendu dire que celui-ci ne voyageait qu’en voiture aux États-Unis pour la tournée du groupe, ce qui expliquerait les nombreux jours d’écarts entre chaque date) mais je m’estime très chanceux d’avoir pu assister à une telle prestation, la première en Europe, de ce groupe définitivement à part qui aura marqué de son empreinte la scène de la Nouvelle Orléans et le Sludge en particulier. Merci messieurs d’avoir traversé l’Atlantique et merci au Hellfest pour avoir rendu cela possible.
DOWN, Valley (23h15 - 00h30) :
Dernier concert de cette dernière journée de festival (en compagnie de Mayhem sous la Temple et The Offspring sur la Mainstage 1), Down se devait de part son statut de groupe superstar et de part sa place sur l’affiche de mettre un point final d’anthologie à cette journée "NOLA" opérée sur la Valley. Le temps d’avaler un autre de ces kebabs froids servis au stand végétarien ainsi qu’un longsleeve Down "NOLA" blanc de toute beauté au merchandising, je retrouve les copains devant la scène histoire, là encore, de s’assurer une place de choix. À quelques minutes du début du set, Peeper Keenan, Kirk Windstein et Patrick Bruders (Crowbar, Outlaw Order, Saint Vitus, ex-Goatwhore) viennent brièvement s’échauffer les poignets en entamant quelques mesures de "New Orleans Is A Dying Whore". Une mise en bouche particulièrement alléchante qui laisse évidemment présager du meilleur. De retour en coulisses, il faudra attendre quelques minutes de plus pour voir le groupe remonter sur scène sous les applaudissements d’un public chauffé à blanc. C’est en bon dernier qu’arrive le père Anselmo. Après avoir enlevé ses chaussures qu’il laissera devant la batterie de Jimmy Bower, celui-ci prendra le temps de saluer son auditoire. Un auditoire d’ores et déjà acquis à la cause des Américains qui sur les premières notes de « Lysergik Funeral Procession » laissera exploser toute cette énergie qu’il lui reste après cette chaude journée. À ce stade, pas besoin d’avoir fait de grandes études pour comprendre que Down n’aura aucune difficulté à mettre ce point final évoqué en début de paragraphe. Le son est incroyable, Phil Anselmo (en dépit d’un set plus tôt dans la journée en compagnie de Scour et tout comme l’an dernier à Paris en compagnie de Pantera) est particulièrement bien en voix (quelques paroles mangées / oubliées ici et là ainsi que quelques montées en gamme un poil moins assurées que sur album mais rien de rédhibitoire) en plus de prendre le temps systématiquement entre chaque morceau de nous remercier chaleureusement, ses compagnons tout aussi efficaces et impliqués avec une paire Keenan / Windstein absolument royale (la lourdeur de tous ces riffs et ces nombreux solos impeccables vont me rendre complètement zinzin) et le public assurément à fond du début à la fin (qui aurait cru possible un circle pit sur Down ?). Difficile ainsi d’imaginer meilleure première fois (car oui, c’est bien ma première fois en compagnie de Down) que ce concert à la setlist incroyable. Composée pour l’essentiel de titres issus du premier album avec en prime quelques morceaux tirés de
Down II: A Buste In Your Hedgerow... (« Lysergik Funeral Procession » donc mais aussi "Ghosts Along The Mississippi" et "New Orleans Is A Dying Whore"), la setlist n’est peut-être pas parfaite (personnellement j’aurais adoré entendre "Learn From My Mistakes") mais on n’en est quand même vraiment pas très loin. Quel kiff d’entendre tous ces morceaux pour la première fois sur scène par un groupe aussi rôdé et à son aise. Je ne serais pas loin de verser ma petite larme sur "Stone The Crow", morceau diffusé là encore par M6 à la grande époque et qui m’aura mis moi et tant d’autres sur le chemin de Down au début des années 90… Après pas loin d’une heure et quart d’un show aux petits oignons, les Américains entament la fin de leur prestation qui restera à jamais graver dans ma mémoire sur l’inévitable "Bury Me In Smoke". Un titre imparable qui verra le groupe faire tourner les dernière mesures afin d’accueillir sur scène Woody Weatherman et Shane Wesley en lieu et place de Peeper Keenan et Patrick Bruders. Ce seront ensuite les membres de Scour qui viendront les relayer, Jimmy Bower laissant même sa batterie à monsieur Adam Jarvis. Il y a donc du monde sur scène pendant que se baladent les membres de Down, piochant des bières là où ils le peuvent, saluant et remerciant le public, bavardant avec les spectateurs privilégiés du côté de la scène (dont Sammy Duet d’Acid Bath et Ben Falgoust de Soilent Green). Bref, la fête et la célébration pour conclure une journée mémorable qui restera à jamais dans nos esprits. Grande classe messieurs.
Vingt ans après ma précédente édition, le Hellfest a évidemment beaucoup changé. De ce site bien plus grand, bien plus adapté et aisément praticable à ces services fonctionnels et surtout extrêmement nombreux et variés (si le choix en matière de plats et même de boissons s’avère particulièrement conséquent, un point d’eau supplémentaire du côté de la Valley ne serait à mon avis pas une mauvaise idée) en passant par un fonctionnement particulièrement bien rôdé (pas d’accros à signaler autres que de petits soucis techniques inhérents à l’exercice du live) mais aussi et surtout une affiche plus ouverte et généraliste (en proposant toujours malgré tout des groupes plus confidentiels et / ou plus extrêmes voire de très chouettes exclusivités), le festival clissonnais en a parcouru du chemin au point de devenir l’un des plus grands festivals d’Europe et le plus grand festival français.
Alors aujourd’hui plus que jamais, surtout après l’annonce de quatre nouvelles scènes et plus de trois cents groupes pour l’édition 2027 (tout ça sur le même site et toujours sur quatre jours), l’enjeu pour Benjamin Barbaux sera de continuer à proposer une affiche capable de plaire aux plus pointus des spectateurs mais en même temps à même de séduire tous ces fameux « touristes » et autres curieux qui viennent au Hellfest dans le but de vivre une expérience et qui, tout autant que ces fameux « experts » si ce n’est plus, participent au succès du festival depuis plus de deux décennies.
Alors oui, par chez nous, dans l’underground constitué de gens parfois un peu obtus mais dont la passion est bien souvent le maître mot, les raisons d’en vouloir au Hellfest pour s’être ouvert au fil des années à toute une frange de la population bien moins curieuse et passionnée (ces personnes que l’on trouve en règle générale du côté des Mainstage et nulle part ailleurs) semblent tout à fait valables mais le fait est malgré tout que les propositions faites par le festival sont suffisamment nombreuses et variées durant tout le week-end pour y trouver largement son compte sans avoir à s’inquiéter de la présence d’un Muse sur l’un des deux Mainstage ou de personnes déguisées faisant acte de présence davantage pour les selfies devant la grande roue et la fête que pour la musique et les découvertes. Bien entendu, il existe ici en France des festivals à taille humaine, eux aussi très professionnels et dont les affiches plus pointues parleront aux véritables passionnés mais lequel d’entre eux peut se targuer d’avoir sur la même affiche Iron Maiden et Acid Bath, Limp Bizkit et Profanation, A Perfect Circle et Defeated Sanity ? Megadeth et The Dillinger Escape Plan ? Certes, cette approche plus orientée « grand public » (renforcée par les médias et les réseaux sociaux qui en ont fait un véritable phénomène (de foire)) s’accompagne de choix artistiques parfois discutables mais quand le Hellfest nous pond une affiche aussi réussie que celle de cette année, j’a du mal à voir ce que l’on pourrait honnêtement lui reprocher. Alors encore une fois, je ne sais pas de quoi l’avenir sera fait mais en ce qui me concerne j’ai passé trois jours particulièrement sympathiques (dont certains moments vraiment mémorables) et si les affiches suivantes s’avèrent au moins aussi alléchantes, il se pourrait bien que j’y retourne avec grand plaisir.
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