Dans un petit peu plus de deux mois,
Métal Noir Québécois, le premier album des Canadiens de Forteresse, célèbrera ses vingt ans d’existence. Alors que le groupe originaire de Québec City semble être sur la voie du retour (si vous n’étiez pas au courant, permettez-moi de vous renvoyer vers la chronique du récent EP
À Couteaux Tirés), l’occasion était trop belle pour ne pas reprendre ce travail entamé il y a dix ans avec la sortie de leur dernier album en date, l’excellent
Thèmes Pour La Rébellion.
Lorsque sort ce premier album le 19 décembre 2006, Forteresse est encore un inconnu parmi les inconnus. Le groupe qui s’articule alors autour d’Athros (chant) et Moribond (guitare, basse, batterie) n’a en effet sorti aucune démonstration ou autre EP au préalable et c’est sur Sepulchral Productions, label pourtant mis au placard après la sortie en 1999 du premier album de Frozen Shadows (l’excellent
Dans Les Bras Des Immortels) que sort
Métal Noir Québécois. Un disque qui va se retrouver noyé parmi tout un tas d’autres sorties plus ou moins intéressantes mais qui va malgré tout contribuer au développement et à l’essor d’une scène canadienne encore à la recherche de ses racines et de son identité.
Cette quête d’authenticité va passer chez Forteresse par un profond respect des traditions et une mise en lumière de ces anciens ayant contribué d’une manière ou d’une autre à façonner l’histoire du Québec. Aussi le duo a choisi pour illustrer ce premier album une photographie d’époque représentant un certain Joseph Allard, célèbre violoniste canadien que l’on peut entendre ici en ouverture du titre "Métal Noir Québécois" avec un extrait de la "Gigue de Barnabé". D’autres violonistes québécois sont également mis à l’honneur ici comme par exemple Tommy Duchesne sur "La Moisson De La Liberté" et Isidore Soucy sur "La Flamme Et Le Lys". Entre cette illustration anachronique et passablement hors sujet avec ce qui nous attend sur ce premier album et ces samples d’un autre temps le pari peut sembler quelque peu risqué mais c’est pourtant ce qui donne à l’album une partie de son charme.
Mais si
Métal Noir Québécois est considéré aujourd’hui comme un album incontournable, notamment au sein de la scène québécoise, les avis ont toujours pas mal divergé à son sujet, certains lui reprochant en effet et sa production probablement pas assez soignée et son caractère relativement répétitif. Personnellement, ayant habitué depuis belles lurettes mes oreilles à des productions bien plus foutraques et bancales que celle choisie ici par Forteresse, ne comptez pas sur moi pour m’offusquer de potentiels déséquilibres. Alors oui, c’est vrai, les guitares manquent probablement de précision (à l’exception de ces leads très justement mis en avant), le chant est certainement un petit peu en retrait, la basse est quant à elle aux abonnés absents et la batterie sonne presque comme une boîte à rythmes mais néanmoins l’ensemble fonctionne plutôt bien. Une chose est sûre, cette production rudimentaire et imparfaite ne manque absolument pas de cachet et surtout ne porte aucunement atteinte aux élans épiques qui caractérisent le Black Metal de Forteresse.
Car ce sont eux, ces leads grandioses gorgés d’émotions, qui portent l’essentiel de la charge de ce premier album. Des leads qui comme évoqués plus haut sont habilement mis en avant par le duo afin de hisser chacune de ces six compositions au rang d’hymnes patriotiques et romantiques. Des leads qui vont nous prendre aux tripes et s’immiscer rapidement dans notre cortex pour ne plus jamais nous quitter. Ainsi, difficile de se départir de ces mélodies épiques entendues sur "La Moisson De La Liberté", "Une Nuit Pour La Patrie", "De Sang Et De Volonté" ou "Métal Noir Québécois" et qui font souffler un vent unificateur sur des titres froids et effectivement quelque peu répétitifs. Car en effet, c’est bien l’une des caractéristiques du Black Metal de Forteresse, faire tourner ad nauseam les mêmes riffs et autres séquences pendant de longues minutes jusqu’à ensorceler l’auditeur. Si vous n’y êtes pas particulièrement sensibles, il est clair que ces six morceaux dont les durées oscillent entre six et dix minutes risquent de vous sembler extrêmement longs et redondants. Certes, les deux Québécois y mettent beaucoup de coeur et d’intensité puisque le rythme est globalement toujours assez soutenu (riffs rapides, blasts dispensés de manière quasi-continue...) mais il n’empêche qu’en effet
Métal Noir Québécois possède un côté particulièrement hypnotique. Cela n’empêche pas pour autant Forteresse d’insuffler à sa formule quelques fluctuations naturellement bienvenues. Des nuances rythmiques (ralentissements, cassures, transitions...) et thématiques (souvent sous forme de variations discrètes plutôt que franches) qui permettent comme toujours d’apporter une pointe de relief à une musique autrement plus linéaire et entêtante.
Premier album particulièrement solide,
Métal Noir Québécois n’a pas spécialement subi les affres du temps. Certes, ses imperfections sont toujours là, bien audibles (si tant est qu’on les considèrent comme telles), mais ce sont, je trouve, des éléments qui apportent un charme indéniable au Black Metal de Forteresse. Surtout, ce premier album est une disque fondateur pour la scène Black Metal québécoise qui, même si elle existait déjà avant l’arrivée de Forteresse, semble s’être regroupée autour d’une vision commune : un certain amour de son pays, de ses racines, de ses traditions, de la langue française et plus globalement de tout son héritage culturel et historique. Étonnamment et malgré un second album composé dans la foulée et surtout dans cette même veine (le très bon
Crépuscule d’Octobre que le groupe ne sortira que cinq plus tard en 2011), Forteresse va choisir de bifurquer de ce chemin emprunté ici afin d’explorer d’autres horizons le temps de quelques sorties encore plus atmosphériques et qui de nouveau ne feront pas l’unanimité. Mais ça c’est une histoire que je garde pour un petit peu plus tard...
Par Deathrash.
Par Sosthène
Par coreandcoupdate
Par Jean-Clint
Par Keyser
Par Lestat
Par coreandcoupdate
Par Sosthène
Par xworthlessx
Par Sosthène
Par coreandcoupdate
Par Jean-Clint
Par Cujo
Par AxGxB