J’ai tendance à ne plus faire confiance à mes avis à chaud concernant un disque. Ils ont pu, plus d’une fois, changer avec les années – regardez ce que je pensais de
Entrench à l’époque et ce que j’en pense désormais par exemple. Si la plupart des albums chroniqués ici ont été écoutés de nombreuses fois pour confirmer et approfondir mon ressenti les concernant – exception faite des mauvaises rencontres (je ne suis pas masochiste) –, certains ont pu révéler sur le temps long des choses, négatives ou positives, que je n’avais pas perçues à l’époque. Dans ce monde où tout va trop vite, prendre le temps devient de plus en plus compliqué dans plein de domaines alors que cela est essentiel. Ça vaut également concernant la musique.
Et ça vaut concernant les deux derniers albums de KEN Mode. Des œuvres qui s’abordent essentiellement ensemble, comme présenté par le groupe à l’époque,
Null étant à voir comme la face d’une pièce dont
Void est l’envers. Seulement, c’est toujours le risque quand on se décide à sortir un tout en plusieurs fois : cette première moitié m’avait fait l’effet d’une douche froide lors de sa sortie, approfondissant la noirceur de
Loved pour un résultat où KEN Mode semblait perdre son identité propre, délaissant son dynamisme si précieux, sa hargne contrastée, souvent sombre mais plus encore vitale, d'une élégance survolant différents sentiments, pour tomber dans les écueils du patchwork de « mec dur qui en a », une critique dure en réponse.
Aujourd’hui, mon avis est plus contrasté. Il faut dire que KEN Mode n’a pas eu de bol, à décider de sortir un disque de noise rock industriel grimaçant et martelant à qui mieux mieux la même année qu’un certain
God’s Country de qui-vous-savez. Peut-être aurait-il aimé sortir cet album, celui qui conte les heures sombres et veut rendre les comptes avec particulièrement de justesse. Ou peut-être est-il finalement incapable de créer autre chose qu’une œuvre de KEN Mode, de celles qui ne répondent pas à un autre agenda que celui de leurs créateurs et de leurs lubies du moment au même titre que ses prédécesseuses.
Une œuvre qui a pour principal défaut d’être presque bipolaire, convaincante par instants mais jamais sur la durée.
Null convoque, en plus des influences habituelles du groupe, l’aura des Swans sur des morceaux bruitistes et répétitifs. « A Love Letter », « Lost Grip » et « Unresponsive » sont tous trois des exemples du talent des Canadiens, faiseurs dont on devine les trucs et astuces avant de se laisser prendre comme par magie. Ils sont les plus belles réussites de cette grosse demi-heure, ouvrent de nouvelles possibilités chez cette formation qui n’a jamais cessé d‘évoluer dès ses débuts.
Seulement, et cela est triste à dire, ce sont bien les seuls morceaux où l’on ne trouve rien à redire sur
Null. L'album reste inégal, même lorsqu'il bascule en mode « Kill Everyone Now ». Hormis « Throw Your Phone in the River » – un titre survolté à la Converge – les morceaux les plus violents de
Null manquent de la fougue et du mordant habituels du groupe. Si mon avis envers lui est moins dur que par le passé, « The Desperate Search for an Enemy » ou « Not My Fault » possèdent des bonnes idées donnant l’impression de ne pas être pleinement réalisées, à l’image de l’album entier.
Null est ambitieux. KEN Mode cherche à abattre les murs de son propre style et explorer des univers sonores plus vastes et plus sombres. Dans cette entreprise, hélas, il a peut-être vu un peu trop grand, comme le montrera
Void où les Canadiens retournent judicieusement sur leur pas. Pas nul finalement, mais pas totalement convaincant.
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