Toujours la même corvée de parler de KEN Mode. Le groupe de Winnipeg mérite pourtant bien plus que trois chroniques de ses albums sur ce site, lui qui a magnifié les codes des scènes noise rock et hardcore, sorte de déroulé historique – on peut prétendre connaître l’ensemble de la scène en ayant juste jeté une oreille sur sa discographie – qui trouve toujours le dénominateur commun entre les différentes époques.
Mais l’écrire reste une tâche bien compliquée pour qui se décide à le faire. KEN Mode peut, si on l’écoute de façon superficielle, passer pour un faiseur de talent, fin connaisseur de l’alphabet du style, de A comme Amphetamine Reptile Records à Z comme Zeni Geva, en passant par B comme Botch et Big Black, C comme Converge, D comme Deadguy, H comme Helmet, U comme Unsane ou encore W comme Will Haven.
Entrench, suite logique du noise / hardcore tirant à toute berzingue de
Venerable, ne déroge pas à la règle. Dès « Counter Culture Complex », nous sommes pris dans des virages chaotiques et bruitistes typiques des années 2000 retranscrits avec les moyens et le langage actuel, fricotant avec le metal en ce qui concerne la puissance de feu (production signée Matt Bayles qui rend écrasantes la basse et les guitares du doublet « Figure Your Life Out » / « Daeodon »).
KEN Mode répond au même cahier des charges qu’il s’est établi depuis ses débuts, la succession de morceaux (à) vifs n’étant qu’interrompue par des plages instrumentales et / ou aériennes.
Entrench est peut-être le plus soigné sur ce point, surlignant les méthodes de compositions de la bande. Raison pour laquelle il paraît difficile de transmettre que, justement grâce à ce côté scolaire envers lui-même, le groupe parvient à se surpasser. C’est pourtant ce qui arrive sur ces quarante-sept minutes, les titres s’enchaînant sans lâcher la bride. « Your Heartwarming Story Makes Me Sick », « The Terror Pulse », « The Promises Of God »… toute la première moitié de l’album est un déchaînement de tensions, acculant de riffs anguleux et alambiqués, un tempo énervé comme rythme de course nous entraînant avec lui. D’une efficacité redoutable, ces court-jus électrisent d’emblée (écoute déconseillée en voiture tant la tentation de slalomer en vitesse accélérée est grande !).
Souvent synonymes de passages obligés chez les Canadiens, avec ce que cela suggère d’attente un brin ennuyeuse, les instants de calme sont ici à mettre parmi les plus prenants composés par KEN Mode, « Romeo Must Never Know » contenant des mélodies entêtantes et « Monomyth » concluant l’ensemble de façon plus émotionnelle (un point qui manquait à
Venerable et son final dans le même ton que le reste de l’album). Pour autant, c’est bien la générosité des titres musclés qui font de
Entrench un des pics discographiques de ce projet qui en compte quelques-uns : « Secret Vasectomy » en est un des meilleurs exemples, ce morceau s’inscrivant comme un de mes favoris dans le hardcore de façon globale.
Il n’y a que de légères baisses à déplorer et surtout des sommets de violence à acclamer ici. C’est d’ailleurs cette radicalité – que l’on pourrait qualifier de « brutale » tant elle fait du choc sa signature – qui fait la particularité de
Entrench. La voix de Jesse Matthewson, son débit rapide ainsi que des paroles ironiques, se moquant des travers psychologiques découlant du néolibéralisme (« No: I’m In Control » ; « Why Don't You Just Quit? »), sont au diapason de cette intransigeance, barbarie moderne où la méthode ne cache pas la férocité de son exécutant.
L’artwork reprenant une sculpture nommée
Cloudghoultrillghost de Ben Bonner, paraissant a priori un choix étrange pour habiller un tel album, va finalement bien à
Entrench par son aspect tentaculaire, fourmillant de détails derrière une première impression massive. Des mots qui qualifient également ce disque, à placer parmi les plus travaillés de KEN Mode, ce groupe qui reste toujours un secret d’initié – alors qu’il pourrait plaire au-delà des amateurs de noise rock / hardcore. Celles et ceux tentés peuvent commencer par ce petit classique du genre qu’est
Entrench.
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