Avec
Null, KEN Mode avait cherché à créer son album le plus nihiliste et ambitieux. Un objectif qu’il a tenu lors de certaines expérimentations – lorgnant du côté de la scène No Wave et des Swans en particulier – malheureusement contrasté par une perte d’identité lors des passages se voulant plus batailleurs, dépourvus du groove typique de la bande. C’est ça de « vendre son âme au diable » : elle finit par ne plus nous appartenir, s’époumonant dans l’abîme comme un fantôme de soi.
Void, lui, rappelle davantage l’adage « Chasser le naturel, il revient au galop ». Et à en croire son doublet introductif « The Shrike » / « Painless », les Canadiens ont pris l’expression au pied de la lettre ! Ce retour au dynamisme m’avait réjoui à l’époque de sa sortie, donnant enfin du sens au bourbier incohérent de son prédécesseur tout en le surpassant sur les buts qu’il s’était donnés.
Car, on s’en doute au vu de la pochette et de son nom,
Void ne lâche pas ce travail au noir que KEN Mode a pris à bras-le-corps depuis
Loved. Simplement, il en offre une variation plus cohérente – à la fois en termes d’ambiance que de qualité – que son grand frère de l’année passée. N'attendez pas pour autant l'énergie explosive et jubilatoire de
Entrench. Passés les deux premiers titres, sonnant comme des retrouvailles teintées d’excuses à mes oreilles (tout est pardonné, évidemment !), l’ensemble cherche une nouvelle fois à nous emmener vers des atmosphères nouvelles pour la formation. Cela est après tout une autre de ses marques de fabrique, chaque disque n’étant jamais tout-à-fait comme celui d’avant tout en le prenant pour base.
Une base que l’on retrouve sur le morceau « These Wires » et ses répétitions industrielles / post-punk, poursuivant l’appropriation réussie des années 80 par KEN Mode. Mais c’est ce travail envers les sonorités les plus agressives de leur musique qui s'avère payant,
Void jouant les trouble-fêtes par un mélange entre tabassage intense (on pense au Will Haven le plus écroulé sur « I Cannot ») et tristesse pointant ses yeux vitreux malgré l’orage qui gronde. Jesse Matthewson est au sommet de son art lors des hurlements noisecore, cf. le cri de mort sans fioritures de « A Reluctance of Being », construit sur un larsen solennel et des grondements de caisse claire pesants, se fondant harmonieusement dans « He Was a Good Man, He Was a Taxpayer » et sa basse mélancolique et méthodique.
La capacité à écrire de petits tubes – tel que « The Shrike » (une référence au roman
Hypérion de Dan Simmons ?) – sert désormais à accrocher pour engluer ; les morceaux longs et plus aériens permettent un clair-obscur qui rend l’ombre davantage oppressante quand elle s’affirme…
Void, pourtant composé et enregistré en même temps que
Null, parait une version en tous points supérieure de celui-ci, trouvant dans la nuance cet art d’équilibriste rendant KEN Mode si précieux. Cependant, l’écoute des deux volets transmet l’importance de leur dualité, le premier se voulant miroir de la noirceur du monde, le second résonnant comme l’état mental de l’humanité vivant au sein de cette Terre.
Il y a une leçon à tirer de cette approche, celle du compromis et de la retenue : éviter la tentation, si moderne, d'embrasser et de condenser toute une richesse musicale en une seule œuvre, privilégier la simplicité pour conserver sa personnalité. Une affaire de détail qui profite grandement à KEN Mode mais aussi ne rend pas
Void égal aux meilleurs albums de la formation, quelques points – le chant clair de Jesse Matthewson, moins convaincant qu’ailleurs ; une suite qui n’atteint pas les hauteurs d’un démarrage en trombe – atténuant la note finale. Tout de même de quoi rajouter une belle mémoire de forme aux multiples capacités du projet !
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