Malgré les années, je ne me suis toujours pas lassé de ces films indépendants américains et leurs histoires imitant le vécu d’anonymes perdus dans les campagnes états-uniennes. Ils sont pourtant tous un peu pareil, jouant tous sur les mêmes codes et les mêmes cordes : journal intime et grand panorama, la sensibilité crevant l’écran dans un pays jeune mais déjà fatigué de ses traumas, les grands décors solitaires devenant une extension des personnages en quête de sens.
Il n’est pas étonnant que Chat Pile, grand amateur de cinéma en tout genre (du plus bis à celui ayant les faveurs d’un festival comme Sundance), rappelle autant ce genre dans cet exercice intimiste auto-imposé. Certes, il n’est pas seul, le guitariste / politicien / mannequin Hayden Pedigo étant la seconde tête pensante de
In The Earth Again. Mais c’est bien à la discographie des noise-rockeurs que je pense en premier lieu tant cette incartade trouve naturellement sa place au milieu de leurs autres albums, faisant même le pont avec la bande originale expérimentale
Tenkiller.
Chat Pile, donc, pose les armes – majoritairement – et laisse à voir sa part sentimentale dans ce qu’elle a de plus nue. L’Oklahoma, sa terre natale, y est figurée d’une autre manière, plus contemplative, défilement de photographie captée par une guitare esseulée techniquement travaillée – le goût pour le fingerpicking de Hayden Pedigo a la part belle sur « Behold a Pale Horse » ou « I Got My Own Blunt to Smoke » par exemple – où l’émotion reste le cœur de cible. Cela peut donner l’impression de ne pas retrouver ce qui rendait
God’s Country et
Cool World si particuliers ; les écoutes répétées font voir la fluidité d’un ensemble où les névroses continuent de s’agiter (« Never Say Die! » et « The Matador » ) tout en se contrastant, prises dans le déroulement d’une vie quotidienne faite de ruminations sous le porche de son bungalow et de nostalgie pour les amitiés perdues en cours de route (« A Tear for Lucas », concluant le disque, sciant de sincérité).
La beauté typique de ce type de films est là et bien là, ces oubliés du capitalisme laissant riche de vie et d’expériences quand se terminent ces trente-six minutes à l’humilité aussi touchante qu’handicapante (on a beaucoup… et on en veut plus). Pour autant, cette poésie des grands espaces et de l’humanité infiniment petite en son sein a ses limites. Étiolé,
In The Earth Again possède pour pics ces titres où Chat Pile se montre tel qu’on le connaît, torturé et en constante évolution malgré une base bétonnée. Les autres instants s’écoutent avec distance, l’esprit sortant la longue focale pour habiller ce qu’il entend, une musique entre ambient, slowcore et folklore américain qui, en dépit des étiquettes qu’elles convoquent, sonnent trop comme elle est supposée être pour donner un goût particulier à l’ensemble.
C’est que, même si j’aime toujours ce cinéma, la recette est connue au point que la sensation d’inédit ne se fasse jamais présente. Exceptés « Never Say Die! », « The Magic of the World », « The Matador » et le final « A Tear for Lucas »,
In The Earth Again est un album qui s’écoute agréablement mais ne marque pas outre mesure, partant de la beauté qu’il y a dans le commun sans en donner une impression d’exception. Un objectif louable, atteint par une musique qui retranscrit parfaitement une existence où le banal cache ses propres trésors et secrets mais qui, sans surprise, garde un peu trop les pieds sur Terre.
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